Anarchiste utopiste

Anarchiste utopiste

De manière générale, je déteste qu’on m’invite au restaurant… par contre, je ne suis pas hostile à visiter mes amis gastronomes s’ils ont une cave à la hauteur de mes sobres exigences…

Si vous avez de hautes ambitions dans la vie, il faut vous habituer à toujours payer au restaurant pour asseoir votre réputation… ne vous laissez jamais inviter sauf par les banquiers, les assureurs, les fournisseurs, qui ne sont généralement que des escrocs…

Vous pouvez à la rigueur accepter une invitation de ceux qui passent leurs notes de restaurants en frais généraux… déjeuner aux frais de Didier Reynders est un joli cadeau car il ne vous en fera jamais…

Sachez aussi que les Réformateurs Libéraux vous diront toujours… ‘Non’… alors que les socialistes vous disent toujours… ‘Oui’… ce n’est pas une raison pour voter socialiste, ce n’est qu’une remarque utile pour ceux qui cherchent une solution rapide, positive, à leurs problèmes existentiels.

Les socialistes aiment la ‘Cara Pils’… les libéraux préfèrent des honoraires pharaoniques pour prix de leurs rares onéreuses interventions…

Je me souviens d’un Ministre Libéral à qui je demandais un important service stratégique… la réponse fut cinglante… ‘Je ne vois pas bien quel est mon intérêt politique dans cette affaire’…

Etonné de ma réaction brutale, ce Seigneur m’avait lancé… ‘Coco, tu n’es qu’un anarchiste utopiste’… ‘Oui, votre Majesté, c’est exact… même assez fier de l’être resté’.

Par contre, si vous passiez à l’aéroport de Charleroi Jumet, vous devriez aller visiter ma cathédrale Systemat construite grâce à l’intervention du fameux Plan Marshal… 4.000.000 d’euros généreusement offerts en 1997 par mes amis socialistes en échange de quelques dizaines d’emplois supplémentaires dont nous avions besoin.

Des emplois malheureusement disparus aujourd’hui depuis la revente de nos affaires juste avant mon triste départ à la retraite début 2011.

Les presque 2000 emplois que nous avions créés chez Systemat de 1984 à 2010 ont été de très loin ma plus belle satisfaction… avec celle de l’introduction de notre bébé adoré en Bourse de Bruxelles suite à l’élection du Manager de l’Année en 1996 grâce à l’hebdomadaire ‘Trends Tendances’ de mon ami Tony Coenjaerts…

Des moments de bonheur intense… trois grammes d’alcool pur dans le sang d’un homme qui rêvait encore de conquérir le monde avec ses équipes magnifiques.

Comment imaginer, aux faîtes de l’excitation entrepreneuriale que déjà les nuages sombres, les orages violents s’annonçaient sur un esprit aveuglé par une réussite trop brutale…

Quel manque de lucidité pour un si grand Manager qui mesurait mal à quel point une telle réussite n’était peut-être que les prémisses d’une affreuse descente aux enfers…

D’autres se seraient empressés de quitter le bateau qui sombrait sous les torpilles des sous-marins multinationaux avec la complicité de syndicats aussi imbéciles qu’ils peuvent généralement l’être.

Tandis que les rats fuyaient le navire dans la furieuse tempête, le Condottiere resta stoïque à la barre pour sauver ce qui pouvait encore l’être…

Le résultat ne fut pas à la mesure d’une ambition exagérée mais à la hauteur du courage moral déployé par ceux et celles qui restèrent fidèles à l’idée, trop naïve, que nous nous faisions encore du monde immonde des affaires.


(*article initialement publié sur Facebook le 24-11-2016)

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