Il fait trop chaud pour travailler

Comment éduquer les filles alors qu’on n’a déjà pas les moyens d’éduquer les garçons prioritaires ?  La petite fille ne saura donc ni lire, ni écrire… elle sera rapidement mise au travail… nettoyage de la case… préparer en plein air le plat de brisures de riz avec de rares morceaux de poisson… Battue à la moindre désobéissance, elle apprendra vite le triste rôle qui sera obligatoirement le sien… Une vie de totale soumission aux hommes.

Quand vient l’âge nubile, on les marie rapidement pour augmenter les chances d’une progéniture nombreuse, seule richesse naturelle, assurance vieillesse, pour des populations qui n’ont rien sauf des rizières, quelques fruits, des cacahuètes, du bétail nourri dans les décharges…

La femme fait tout sous les regards distraits de l’homme qui ne fait rien… sauf le défrichage des parcelles cultivables, un peu de pêche si le temps le permet.

‘Il fait trop chaud pour travailler’ … sifflotent nos athlètes noirs, épuisés, en faisant chauffer le thé amer servi à l’ombre bienfaisante du fromager, là où se tiennent les palabres interminables entre les prières rituelles…

Il ne faut pas naître femme en Afrique… c’est une malédiction d’Allah… l’esclavage garanti malgré son abolition de pure forme… La situation est la même, voire pire encore, dans les pays Arabes, au Maghreb, aux Indes.

Dès leur plus jeune âge, les garçons noirs sont éduqués dans le mépris des filles avec qui ils ne veulent pas jouer, qu’ils rouent de coups en cachette… Même la femme adulte doit craindre ces petits monstres machos… Nous avions un moment tenté une expérience d’accueil d’un petit noir chez nous… Nous avons été obligés d’abandonner cette expérience malheureuse…

Pourtant, nous aimions tous beaucoup ce petit Ben… Mission impossible… Le fruit était déjà pourri… menteur, brutal, hypocrite, grossier, arrogant, khalife à la place du khalife, il a foutu un tel bordel dans la maisonnée qu’il a fallu nous en séparer, le reconduire dans son village… Pire encore, il en était absolument ravi… Avec toutes nos belles, bonnes intentions, nous avions juste perdu notre temps.

Toute l’histoire de la colonisation du Sénégal témoigne de cette totale incompréhension des occidentaux, souvent catholiques, des peuples animistes ou islamisés d’Afrique… Les colons français en Casamance ont été ridicules pendant 70 ans…

Cachés à Saint-Louis, Dakar ou l’île de Gorée, les colons ne parlaient pas un traître mot des nombreux dialectes locaux… se confiant aveuglément à des interprètes qui leur racontaient exactement n’importe quoi… Mépris des traditions animistes qui perdurent largement aujourd’hui sous les vernis musulman ou catholique…

Mépris des marabouts-féticheurs-guérisseurs, marchands de gris-gris… Mépris des structures du pouvoir coutumier… Incompréhension des systèmes de répartition, de transmission des terres cultivables comme des troupeaux…

Il ne suffit pas de débarquer pour comprendre, il eut fallu comprendre avant de débarquer.Il fait trop chaud pour travailler


(*article initialement publié sur Facebook le 28-07-2015)

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