La Vie au Zoute

Déjà la fin des vacances pour les juilletistes qui vont croiser les aoûtiens sur les autoroutes du soleil… Moi, je serais plutôt juilletiste dans le Midi car le mois d’août au Zoute ne manque vraiment pas de charmes.

Toute la Belgique qui compte s’y donnait autrefois rendez-vous pour le tournoi international de tennis avec les meilleures raquettes amateurs, avant les pros de l’époque, sur l’adorable court central à côté du clubhouse.

Gonzales, Segura, Sedgman, Emerson, Rosewall, Hoad, Emerson, Laver, Okker, Davidson ont fait les beaux jours du Tennis Club du Zoute, blotti aux limites du Zwin…

Quel plaisir de se balader dans l’allée centrale, au milieu des terrains de tennis, vers le Club-House et sa terrasse aérée… On y croisait tous les peoples de Bruxelles, Liège, Anvers, Gand… les gens qui comptent quoi…

Pendant que les ploucs faisaient leur shopping avenue Lippens, buvaient une Duvel place Albert, se risquaient parfois jusqu’au mini-golf en zone qui leur est normalement interdite.

Tout ce beau monde a vieilli… en tous cas pour la pratique du tennis… je suppose qu’ils se retrouvent aujourd’hui au golf… Avec ma bonne foi légendaire, je dois admettre que le golf du Zoute est un endroit magnifique… dans la mesure où, pour votre santé psychologique, vous vous épargnez l’ennui du grand ou du petit parcours…

Optez plutôt pour un déjeuner, un superbe cabillaud poché, sauce hollandaise, pour un prix qui cessera vite de faire rire les petits retraités harcelés par les sales gamins du Mouvement Réformateur au pouvoir.

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Les Lippens ont les qualités de leurs défauts… ils ne transigent pas sur la qualité de la table… Il faut reconnaître à Léopold le mérite des soins attentifs qu’il prodigue à sa station balnéaire favorite…

Pour attirer ce qui se fait de mieux en Belgique, Léopold est un génie du raffinement, bien secondé par les propriétaires millionnaires, adeptes des gazons anglais, des haies soigneusement taillées, des parterres fleuris, des villas soigneusement repeintes.

Relativement méprisant pour la clientèle des frigo boxes, le genre plouc qui n’a pas son million d’euros sur son compte dans l’agence Fortis la plus proche… Léopold a bien piégé cette riche classe moyenne que Maurice a détroussée sans aucune pitié…

Les critères d’admission à la High-Life sont linguistico financiers, des barrières infranchissables sauf le hasard d’une rencontre chez Madame Irma, l’impératrice de la poissonnerie fine, également rincée par Maurice qu’elle refuserait dorénavant de servir.

Madame Irma n’a pas la classe de la poissonnerie Baels, ni de notre princesse de Rethy, l’heureuse découverte de notre Reine Elisabeth pour dérider son veuf de fils Léopold III…

Cette mission de confiance fut ensuite, malheureusement, confiée au Cardinal Suenens avec d’autres résultats… Ce fut ainsi Fabiola dont on ignore si elle déridait notre saint Roi Baudouin… Les Saxe Cobourg Gotha sont une famille royale si compliquée qu’elle intéressera certainement les historiens.

Muni de votre kilo de crevettes, de vos pistolets chauds, il ne vous reste qu’à sauter dans votre voiture électrique de golf pour rejoindre la villa douillette… Mon ex-belle-mère louait la villa Passerinette sur l’avenue Elisabeth…

C’était confortable, sympa, avec ce petit côté désuet qui est de bon ton au Zoute, à Deauville, Trouville, au Touquet… Le genre vacances familiales qui faisait encore fureur dans les années soixante… J’y étais aimablement invité.

Une terrasse à l’arrière de Passerinette permettait la bronzette à l’abri des regards indiscrets en sirotant son café…

On observait aussi les allées-venues de la famille Du Vivier dans la villa adjacente… Que faire au Zoute quand on a vingt ans, qu’on ne joue pas encore au golf ? Les activités sont si nombreuses que j’hésite à les aborder.

Soyons franc pour une fois, sans en faire une habitude… la principale activité consiste à draguer les filles qui, elles, draguent les garçons… Encore faut-il les épater ces rusées car elles discernent très vite les avantages et les inconvénients des adolescents entreprenants… Quelle loterie que la vie…

Chaque matin, vous avez d’abord la promenade obligée, traditionnelle, en vélocipède vers le Zwin… aller admirer quelques rares canards migrateurs en milieu humide, une fantaisie du grand-père Lippens qui fait, encore aujourd’hui, l’admiration exagérée des écologistes, pour une fois d’accord sur un sujet sans aucune importance.

Après l’épuisante promenade en vélo vient ensuite l’heure du bain de mer… A mon époque, de préférence au Lekkerbeek, dernière rampe donnant accès à la digue piétonnière le long de l’ancienne piscine à l’abandon… Cette piscine fit pourtant les joies de la station… Un véritable mystère administratif… Cette piscine en ruines n’est pas dans le style des Lippens… Cherchez l’erreur.

Le Lekkerbeek a perdu son succès d’antan avec les Hanssen, les Grondel… Mes collaborateurs me parlent aujourd’hui d’un certain Riverwoods, plus élégant, mieux fréquenté, confortable, propice à la dégustation des meilleurs crus de blancs ou rosés de Provence par de joyeux quinquas aisés…

L’apéritif à la place ‘M’as-tu-vu’, pour enfiler quelques ‘Pimm’s’, reste-lui aussi un ‘must’… en espérant autrefois échapper au photographe de Photo-Hall qui harcelait les jeunes amoureux transis sur la digue.

Vélo, bain, apéro… il est l’heure de rentrer à la villa pour un déjeuner préparé par l’honnête petite bonne flamande… Madame privilégie bien sûr les plats de poissons achetés chez Madame Irma… On n’est pas à la mer du nord pour jouer les viandards…

Déjeuner, café sur la terrasse, bronzette en forme de sieste, l’après-midi sera consacrée au tennis, au karting, au bowling, à l’Etrier, à la gaufre de chez Siska.

Le dîner prépare les sorties dont je ne me souviens plus bien… Scotch, Cinq Anneaux, Tortue, Petit Casino, surboums privées… les jeunes s’éclatent s’ils en ont les moyens, ce qui n’était pas mon cas…

La vie au Zoute se passe souvent derrière les portes des élégantes villas… Il n’y a plus de grands hôtels sur la digue du Zoute… Ils ont tous disparu pour faire place aux cages à poules bétonnées…

Les derniers hôtels subsistants sont juste sympas sans plus… L’ancien Pavillon du Zoute n’offre plus qu’un confort très relatif… genre pension de famille en province… Rien à voir avec les palaces Barrière du Touquet, de Deauville, Trouville, La Baule… des merveilles que la côte belge n’a pas méritées.

Regarder la mer, c’est regarder le tout. (M. Duras 1.1)

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(*article initialement publié sur Facebook le 30-07-2015)

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