Le Mariage d’Eva à Boucotte

Journée  pour nous à Boucotte… Nous avons marié civilement notre technicienne de surface avec le beau-frère du Roi d‘Oussouye… Jusqu’ici notre charmante Eva n’était mariée que selon la coutume…

Un mariage coutumier, cela et rien, c’est à peu près la même chose… la compagne officieuse peut être répudiée du jour au lendemain sans le moindre droit.

Il semblerait que ce soit la situation stable d’Eva chez nous et notre visite d’il y a un mois au palais du Roi qui ait déclenché cette décision d’officialiser ce qui n’était qu’officieux… Tant mieux pour Eva…

Nous étions donc invités à assister à la cérémonie civile, avec une bonne quarantaine de membres de la famille, à la mairie d’Oussouye… une expérience mémorable à laquelle nous avions tenus à nous associer.

Une bonne heure de retard pour commencer dans un pays pour qui l’heure n’a que fort peu d’importance, du moins entre noirs… les blancs ont intérêt à être présents à l’heure indiquée pour attendre l’heure de la rencontre décidée par l’autorité noire que vous souhaitez solliciter…

Faire attendre est un signe de pouvoir souverain du maître… Le noir supérieur adore manifester ainsi sa différence avec les blancs inférieurs qui doivent connaître leur place.

Cette pratique est courante dans les milieux politiques de tous les pays, y compris en Belgique pour ceux qui ont eu l’insigne honneur de fréquenter Laurette Onckelinx ou Joëlle Milquet…

Si elles viennent au rendez-vous, c’est avec des heures de retard… Souvent, elles ne viennent même pas du tout… Au mieux, une vague lettre d’excuses torchée à l’as de pique… au pire l’envoi d’un zigoto qui n’a exactement rien à vous dire.

En Afrique, la personne vous reçoit à l’heure qui lui convient… Il suffit de vous armer de patience en gardant un parfait sang-froid… Toute manifestation d’énervement est vaine…

Elle ne vous vaudrait que des sourires condescendants pour votre impatience typiquement occidentale… Elle prouverait à suffisance que vous n’êtes pas encore habitué aux coutumes locales.

A titre anecdotique, j’ai attendu trois jours un rendez-vous au Koweït… des après-midis entiers au ministère de l’industrie à Bagdad en Irak de Saddam Hussein… Interdiction de bouger… attentes interminables sans la moindre information de qui que ce soit… Le noir s’amuse, l’arabe abuse…

Mais revenons à Oussouye… Mairie dans un état lamentable… jardins à l’abandon… toilettes innommables avec tous les classiques… lunette disparue, cuvette crasseuse, chasse d’eau vide, pas de pécul, lavabo sans savon, pas de serviettes… Situées à l’extérieur du bâtiment principal, les lieux sont relativement aérés… C’est inestimable.

Le mariage civil a lieu dans la Salle des Délibérations… Un local sans air conditionné mais doté de quelques méchants ventilateurs qui n’ont été allumés qu’à l’entrée du maire drapé dans son écharpe tricolore… Les échanges se font en langue Diola à laquelle vous ne comprenez rien avec quelques mots en français pour nous être agréable.

Le maire s’est longuement étendu, en français approximatif, sur la loi sénégalaise qui autorise le mariage musulman polygame sauf si les futurs époux confirment clairement qu’ils veulent un mariage catholique monogame…

Les catholiques sont plutôt monogames, les musulmans préfèrent la polygamie du prophète… Eva voulait un mariage monogame ou rien… Elle a parfaitement raison… ces mariages polygames sont de vrais cauchemars.

Ce détail étant réglé, venait la définition du régime matrimonial… Séparation de biens ou biens en communs… Eva et son mari sont catholiques en couverture de l’animisme classique…

Chez les cathos, on se marie jusqu’à ce que mort s’ensuive… donc on met souvent les biens en commun… Une séparation de biens serait une sorte d’aveu d’un noir projet, d’une prévision potentielle de rompre un jour ce lien sacré… Un lien qui nous unit pour le meilleur et pour le pire… souvent pour le pire.

Le divorce n’étant plus aujourd’hui l’exception mais plutôt la règle, on ne compte plus le nombre de malheureux pris dans les rets de stupides contrats de mariage… Ce n’est déjà pas facile de s’en sortir avec des contrats de séparation de biens pure et simple… mais alors, bon amusement, avec des communautés d’acquêts ou de simples communautés légales en l’absence de tout autre contrat.

Bref, notre maire d’Oussouye a tenu le crachoir une bonne heure avant de déclarer les époux mariés civilement… Eva est passée du statut de compagne officieuse au statut d’épouse officielle… Nous en sommes heureux pour elle… sa joie était évidente.

Nous espérions en avoir fini… Pas du tout… le maire passe ensuite la parole à tous ceux qui veulent s’exprimer publiquement sur ce mariage… Il y en avait beaucoup… en diola, avec les mains et les doigts pointés…

Il semblerait que des questions importantes ont été abordées… je ne les commenterai pas n’ayant pas compris un traître mot de ces palabres, n’ayant aucune confiance dans les traductions approximatives qui m’en ont été faites.

Tout étant réglé, on nous a servi une petite collation… boissons sucrées, un peu de bières, des vins, style ‘Saint Sernin’, que même mon frère refuserait d’ingurgiter…

Il était plus que temps de nous enfuir car une quarantaine de Diolas dans une petite pièce est un supplice que mes oreilles et ma cervelle ne supportent plus… le Diola ne parle pas, il hurle. Le mariage est la cause principale de divorce. (Wilde 1.1)Le Mariage d_Eva à Boucotte


(*article initialement publié sur Facebook le 13-08-2015)

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