L’école des filles

L_école des fillesNous avons vécu ce samedi un des plus beaux moments de ma vie en inaugurant l’école maternelle Facoly à Cabrousse.

Accueillis par des dizaines d’enfants qui chantaient, qui dansaient en présence de toute les autorités locales… de Madame Facoly, la marraine de l’école, invitée chez nous pour quelques jours…. Une star locale d’une gentillesse et d’une simplicité totale… Jamais de ma vie en Europe je n’ai vécu un moment aussi émouvant.

Merci à ceux qui ont orchestré cet événement…. Je me demande encore comment c’était possible…. En moins de quatre mois, nous avons récolté et distribué 33 mètres cubes de dons, créé une école qui compte déjà une centaine de petites filles….

C’est tout bonnement incroyable… ce matin j’étais au bord des larmes en voyant ces petits bouchons qui vont aller à l’école alors que cela semblait impossible il y a quelques semaines. Bravo et merci pour ce moment de magie africaine qui est impensable en Europe.

La liberté sexuelle est une de nos valeurs fondamentales… l’Afrique en use et en abuse visiblement, l’enfant étant une sorte d’assurance-vie pour le grand âge lorsque le vieux père sans retraite ne pourra plus conduire les troupeaux, que sa femme épuisée rechignera au travail des rizières ou la récolte des cacahuètes.

Les enfants sont abandonnés à eux-mêmes dans la poussière des places de villages au milieu des chiens errants, des biquettes, des porcelets, des poules qui tapissent ces lieux de leurs déjections…

Le repas classique est composé de brisures de riz, sorte d’épluchures de pommes de terre, cuites à l’huile de palme avec des oignons, quelques têtes ou queues de poissons rigoureusement invendables… le bon riz est évidemment soigneusement conservé pour l’exportation à des prix chinois.

Dès que l’enfant mâle est en âge de travailler, on arrête normalement sa scolarité pour lui permettre de garder les vaches, de surveiller les rizières infestées d’oiseaux voraces… les gamins, encore illettrés, doivent chasser ces volatiles grâce à des jets de cailloux catapultés… pas d’eau, rien à manger, sous le cagnard, un paradis pour ces gosses qui devraient aller à l’école, jouer au ballon, essayer de rouler en vélo.

Les petites filles ne sont généralement pas scolarisées… pourquoi dépenser de l’argent pour éduquer une fille ? Son avenir normal est le mariage, la prostitution éventuelle, surtout la reproduction qui permet de continuer indéfiniment le cauchemar de la vie terrestre avant de rejoindre le paradis des croyants… Imaginer qu’une fille puisse faire autre chose dépasse l’imagination courante en Afrique.

L’idéal, bien sûr, serait le mariage avec un vieux blanc bedonnant, si possible riche, qui prendrait alors en charge la famille au sens large… le blanc mesure mal ce ‘sens large’ qui prend vite des proportions inquiétantes… la solidarité africaine est une réalité salvatrice dans la misère mais elle devient aussi un frein majeur au développement dans une modeste aisance.

Suite à un décès familial, un de nos bons amis casamançais, Aimé Assine, se retrouve à la tête d’une famille comptant 16 enfants… bagatelle… vous mesurez bien les problèmes de logement, études, frais de bouche, vêtements… etc… avec son épouse dépressive, il fait courageusement face… solidarité africaine d’un homme de bien.

Les hommes de bien sont toutefois rare et de nombreux enfants sont abandonnés ou obligés d’aller mendier quelques piécettes dans les rues… avec punitions à la clé s’ils rentraient les mains vides…

Beaucoup de ces gamins préfèrent donc dormir à la belle étoile pour échapper aux raclées qui les attendent à la maison… ce sont les ‘talibés’, souvent confiés à des hommes d’Allah qui prétendent leur assurer une solide formation coranique en échange de leur travail d’esclave… spectacle infâme, mollement combattu par un pouvoir politique dépassé.

Les orphelinats sont tristement nombreux… pas toujours honnêtes d’ailleurs… il faut éviter de les visiter pour ne pas fondre en larmes devant l’amour que mendient ces enfants magnifiques… vous les quitterez avec un goût de cendres dans la bouche… c’est la vie d’ici… vous n’y changerez pas grand-chose… c’est l’Afrique.


(*article initialement publié sur Facebook le 28-07-2015)2

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