L’hôtel Mermoz de Saint Louis

J’avais quitté, bien à regret, l’hôtel Mermoz de Saint Louis ainsi que son propriétaire, Philippe Legrand, Monsieur le Consul de Belgique, qui m’avait réservé un accueil royal dans sa région…

Vous devriez tous connaître le Mermoz, un hôtel de charme noyé dans les palmiers, les cocotiers, les filaos chevelus qui stabilisent les dunes fragiles de la Langue de Barbarie… un endroit de rêve pour les fatigués de la Belgique… refaites-vous une santé au Mermoz…

L_hôtel Mermoz de Saint Louis

La veille, j’avais survolé en Autogire, avec le Consul aux manettes, le fleuve, l’île, le continent… un spectacle éblouissant de l’estuaire du fleuve Sénégal, de sa jonction avec l’océan…

Le soir, dîner dans un des haut-lieux de la gastronomie locale… La ‘Rora’ de Peggy et Philippe… un restaurant adorable au cœur du vieux Saint Louis… des œufs cocottes moelleux à souhait… un tartare de bœuf qui vaudrait le détour à lui seul, le tout bien arrosé comme il se doit…

Le Consul ne crache pas dans la bibine, uniquement le soir… je l’accompagne, vous vous en doutez, par pure courtoisie…

Ce matin départ en berline 4×4 conduite par Fati, une Mauritanienne spécialiste du voyage de retour vers Dakar, mais par la plage cette fois…. 160 kilomètres au bord de l’eau, dans les flaques, à la lisière de la dernière vague qui vient léchouiller la plage…

Des kilomètres de sable sans âme qui vive, puis des villages de pêcheurs avec leurs pirogues… des hordes de mouettes… en hameau, en villages et en villes… il faudrait un jour lancer une étude sérieuse sur les regroupements de mouettes qui vont du plus petit au plus grand… c’est surprenant…

Inutile de klaxonner… les mouettes dégagent le terrain en fines connaisseuses à votre approche… ma crainte obsédante reste toujours la défécation des mouettes…

Mon bateau à La Napoule a été conchié des années durant par ces sales bêtes malgré tous les trucs pervers que j’avais imaginé pour les éloigner de mon yacht…

La mouette chie sans arrêt… le caca agressif de ce volatile nuisible laisse des marques indélébiles sur les tecks des ponts, sur les confortables coussins de nos luxueuses embarcations.

Fati se joue des mouettes, des pirogues, des pêcheurs au filet depuis la plage… deux ensablements seulement avec son fils au désensablement… j’ai proposé d’aider mais Fati a refusé avec hauteur estimant probablement qu’un prix Pulitzer en dessous d’un 4×4 n’était absolument pas nécessaire…

Il faut vous dire que ces Maures détestent tout le monde… Blancs, Noirs et surtout Arabes. Juste retour des choses… détestant la terre entière, la terre entière les déteste.

Le spectacle est superbe… à gauche les forêts continues de filaos qui consolident les dunes… une bande de sable fin… une bande de sable humide… puis l’océan… Magnifique… mais rien ne ressemble plus à un bord de l’eau qu’un autre bord de l’eau… au bout de deux heures de route, vous commencez doucement à en avoir marre… à rêver d’un bon Bordeaux à échanger contre ce lassant bord de l’eau… Prier Allah évidemment pour qu’on en finisse.

Nous avons donc certainement évité la route de l’intérieur avec ses casses-vitesse et ses innombrables villages ralentisseurs… mais nous avons finalement mis une heure de plus que par la route nationale tout en zappant le Lac Rose, une saline que j’avais déjà vue il y a vingt ans….

Retour au Terrou-Bi, meilleur hôtel de Dakar… deux ou trois jours pour les dernières emplettes à Dakar avant le retour en Casamance à la baie de Boucotte.

Je garderai le meilleur souvenir de Saint Louis, ancienne capitale du Sénégal aux temps de la colonie française… il règne là-bas une atmosphère New Orléans ou La Havane… un parfum de la colonie avec ses maisons à balcons pour exhiber les élégantes… des maisons de commerçants d’esclaves semblables à celles de Gorée…

L’hôpital des nonnes de Sainte je ne sais quoi… le palais du gouverneur… le pont Faidherbe construit sur le modèle Eiffel… le monument aux tirailleurs sénégalais, martyrs brocardés par les européens comme les tirailleurs… Bref, un patrimoine historique fabuleux et complètement sous-exploité par manque de moyens et surtout de volonté politique.

A l’aéroport de Saint-Louis, déserté de tous avions, j’ai entendu une des phrases les plus drôles que j’ai entendues ces trois dernières années en Afrique… le responsable du site me signifiait, ainsi qu’au Consul de Belgique très attentif… ‘Maintenant, assez parlé, il faut agir’…  Je lui ai explosé de rire en pleine tronche… impossible de me retenir dans un pays où il ne se passe jamais rien… cela valait largement… ‘Le changement, c’est maintenant’… de François Hollande.

L’Afrique serait une leçon de vie fantastique pour tous les européens qui en parlent sans l’avoir jamais vue ni vécue… ceux qui viennent ici doivent savoir qu’ils n’en repartiront peut-être plus jamais… quand on a connu l’Afrique, plus rien n’a d’importance…

L’Afrique est mythique, magique, musique… Elle ne s’adaptera pas à vous… c’est à vous de vous adapter à elle… cela prendra peut-être du temps… ici le temps n’est pas de l’argent… c’est juste du temps qui passe… hier n’a plus aucune importance, demain n’en a pas encore… mais le thé que nous buvons ensemble, là, maintenant, est un moment de convivialité primordiale… qui, seul, a de la valeur…

Les africains ont cette sagesse de vivre dans l’instant présent… mais la faiblesse de croire qu’Allah pourvoira au lendemain… le jour où ils prendront leurs lendemains en mains, l’Afrique progressera au lieu de régresser… comme je reste persuadé que c’est le cas actuellement…

Cela arrange malheureusement trop de monde… les exploiteurs noirs et blancs d’abord… les multinationales du crime ensuite… les banquiers vérolés enfin… on avance donc en marche arrière… cela changera un jour… quand ?

Tous les blancs ont une montre mais ils n’ont jamais le temps. (Proverbe africain 1.1)


(*article initialement publié sur Facebook le 17-02-2015)

Laisser un commentaire