Coco, tu n’es qu’un vil commerçant

Mon malheureux père m’avait prévenu quand il me disait… ‘Coco, tu n’es qu’un vil commerçant’… il avait raison… je détestais l’austérité, j’adorais l’argent que je n’avais pas encore.

La réaction de mon père était surtout le fruit de sa déception d’avoir un fils aîné qui refusait de faire son Droit pour devenir avocat comme lui… venir l’épauler dans son cabinet de ‘tôles froissées’… je connaissais trop bien nos difficultés financières que ma mère soulignait souvent à table en nous imposant le beurre mélangé à de la margarine Planta… pour faire des économies… plus jamais cette humiliation.

Pour me disculper, feignons de penser qu’un ‘vil commerçant’ est dans son rôle mercantile alors qu’un ‘vil mercantile’ serait un homme sans honneur… le style de Sven Mary, l’intégriste flamingant au service de Salah Abdeslam…

Coco, tu n_es qu_un vil commerçantAlors, oui, j’ai aimé l’argent… mais surtout comme un outil… pour le dépenser d’abord, l’investir ensuite, le perdre ou le gagner en réalisant mes rêves d’adolescent… jamais pour le regarder, le montrer, le compter, l’empiler, frimer, le recompter…

Le fameux… ‘Il en manque une’… de Louis De Funes après le… ‘Il est l’ore, Monsignore’… de son valet de chambre, Yves Montand, qui vient le réveiller en faisant tinter les louis d’or…

J’ai gagné et perdu beaucoup d’argent dans ma vie de bagnard… cela m’est assez indifférent… Je préfère évidemment le gagner, je n’aime pas trop le perdre, le gérer m’ennuie… Je le respecte, je ne l’adore pas…

On ne vit pas avec des cacahuètes, c’est une évidence… mais une fois les cacahuètes rangées dans le tiroir, je n’y pense plus… j’ai horreur qu’on me parle d’argent… parlez-moi plutôt de projets… la paupière du vieux lion se soulève alors, les réflexes reviennent à la vitesse de l’éclair… un vent d’éternité souffle sur les braises… mais ce n’est plus qu’un jeu… un jeu que j’ai aimé autrefois, un jeu qui a cessé de m’amuser aujourd’hui.

Le Baron Bernard Delfosse, avec qui j’ai traversé l’Atlantique à la voile, me disait il y a quelques semaines… ‘Tu n’es qu’un escroc qui a choisi de vivre en Afrique, riche chez les pauvres… moi j’ai choisi de vivre ‘riche’ (?) parmi les riches belges…. Rassure-toi, Coco, tu ne manques à personne en Belgique’.

Au moins… voilà qui était clair… venant de cet ‘ami’ que je raye régulièrement pour le reprendre ensuite dans mes amis Facebook… il m’énerve mais, au fond, je l’aime bien.


(*article initialement publié sur Facebook le 24-03-2016)

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