J’aime pas les Bagnoles

J_aime pas les BagnolesJe suis d’une humeur de cochon… deux voitures bousillées en huit jours… c’est du maraboutage à vil prix… la scoumoune… Je vous explique… Vendredi dans la nuit, je rentrais d’une audience royale à Oussouye en Casamance… Oui, bon, on ne va pas en faire un camembert… il se fait que le Roi est mon ami… c’est une monarchie simple, dépouillée, spartiate, non-héréditaire, plébiscitée par le Conseil des Sages locaux.

Républicain forcené, j’ai senti chez ce Roi indigène la vocation de la bonté, la fraternité, la solidarité… quelques oboles symboliques entretiennent cette amitié qui ne s’est jamais démentie…

Je rentrais donc vers Boucotte lorsque mon robuste véhicule Toyota 4×4 s’est mis à zigzaguer, avant de se retourner trois fois pour terminer sa course dans un marigot bien situé par Aton… Mieux vaut amortir sa course dans l’eau que dans un arbre… La peur d’un possible croco m’a encouragé à sortir rapidement de ce bourbier puant.

J’ai beau réfléchir aux événements… impossible de trouver une explication plausible… je n’avais pratiquement rien bu… j’étais attentif au volant sur une route en ligne droite… ma pensée s’est-elle une fois encore envolée vers les sommets ? Aurais-je fermé les yeux un bref instant ? Pas le moindre souvenir… La seule conclusion plausible restera donc que… ‘Ma Toyota, c’est de la merde’.

Je déteste les voitures qui ne vous mènent pas à bon port… J’attends avec impatience la Google Car sans chauffeur… Toutes mes Mercedes connaissaient la route par cœur pour rentrer à mon domicile lasnois…

Je rentrais souvent, titubant de bonheur, sans l’ombre d’une égratignure… De ce temps-là, on fabriquait encore de bonnes voitures… très intelligentes… Je me souviens de ma première Mercedes Classe S – W126, bleue marine, commandée en 1981 aux établissements Cousin, rue Maurice.

En ces temps-là, Madame Pachterbeke, les vendeurs de voitures venaient encore à votre domicile vous faire signer le contrat d’achat d’une automobile neuve… je ne me souviens plus du nom de ce Vendeur-Princier qui m’avait vendu cette première Mercedes… Je me souviens qu’il devait me livrer ma berline un mois plus tard…

Une semaine avant la date de livraison, le vendeur m’a supplié de lui accorder un mois supplémentaire pour pouvoir livrer d’urgence ma merveille à… Jacky Ickx… Considérant qu’un vulgaire chauffeur doit la priorité au talentueux pilote… j’ai concédé, non sans une certaine satisfaction, cette faveur insigne à ces deux seigneurs du monde automoteur.

Figurez-vous que, deux ans plus tard, j’ai revendu cette berline de luxe à Philippe Cryns, le patron des Laboratoires du Docteur Renaud, pour acheter mon premier PC IBM XT – 16K Ram – disque dur 10 Mb… 475.000 francs belges HTVA… Ce furent les débuts de la belle aventure Systemat en 1983… Les hasards de la vie…. Une Mercedes contre un Personnal Computer IBM… qui aurait deviné la suite ?

On papote, on papote, mais on s’écarte du sujet… Ma Toyota flottait donc tristement dans son marigot… j’étais indemne sur la berge… Comme dirait mon ami Borchgraeve après un frontal sur la route de Courchevel… ‘Coco, les taxis, ce n’est pas fait pour les chiens’… Serge n’avait même pas eu un regard pour la Peugeot 405, vingt ans d’âge, transformée en compression de César…

Le propriétaire contemplait tristement son antique bijou de technologie pensant comme Bourvil devant sa 2CV explosée… ‘C’est sûr qu’elle marchera moins bien qu’avant.’… Le Comte a traité ce manant furieux avec le mépris qu’il méritait…

Nous avons trouvé par miracle un taxi à 22h00 dans un village désert… Serge n’a pas arrêté de donner des conseils de pilotage à ce chauffeur dont il me disait se méfier… Nous étions pliés en quatre de rire alors que nous avions échappé au désastre.

Samedi donc, plus de Toyota… nous louons un sabot japonais que plus personne n’oserait afficher sur un site d’enchères… Elle roule encore, c’est bien sa dernière qualité…

Dimanche, Papisse, notre gardien, va faire quelques emplettes au Cap… De retour vers Boucotte, dans la dernière forte pente, les freins lâchent… Double tonneau avec réception sur le toit au beau milieu de la route étroite qui mène aux quelques maisons voisines…

Le poulet fumait sur la table, les frites dorées sortaient de la Frifri, le Mas Fleury respirait dans la bouteille fraîche, les convives se pourléchaient déjà les babines.

Adieu vache, cochon couvée… repas dominical massacré pour remettre, à huit malabars, cette charriote du diable sur ses roues… un désastre Toyota de plus…

Qu’on ne me parle plus de bagnoles… je crois qu’il en faut quatre pour être certain d’en avoir au moins deux en état de rouler… Toyota a définitivement perdu un adepte… Après six tonneaux, je décide de ne plus confier ma vie à ces tas de ferrailles nippones.

Swenna et moi avons décidé de nous offrir la Rolls de la piste, le Panzer de la brousse, la grosse Bertha du béton, le félin du goudron… La Land Rover Discovery Sport, V6, jantes ultra-larges, Edition limitée luxe… Rien à voir avec les 4×4 du Brabant Wallon, ces jouets fragiles pour poupées Barbie en visite chaque matin vers 11h00 au Delhaize de La Hulpe… Ici, c’est la vraie brousse, les pistes boueuses, pas le toc frimeur du Brabant Wallon.

Nous la réceptionnerons au bateau, Dakar-Ziguinchor, dans une quinzaine de jour… je me réjouis déjà de voir ma blonde piloter une caisse confortable, digne de ses talents… Elle adore conduire… moi, cela m’emmerde… on est fait pour s’entendre… Evidemment c’est des ronds mais ça je m’en fous… cela fera juste chier les héritiers suivants qui ne recevront, dans 20 ans, que ce qu’ils méritent… c’est à dire pas grand-chose.


*initialement publié sur Facebook, le 06-10-2015

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