Bernard Lescot

Mais parlons un peu de ce Bernard Lescot avec qui j’ai passé presque trente ans de ma vie active… si on en disait du mal… il y aurait tant de mal à en dire que je m’en abstiendrai…Bernard Lescot

J’ai trop d’indulgence pour ce garçon qui a tout de même le mérite de m’avoir supporté avec une fidélité qui mérite quelques louanges… vous devez savoir que je suis souvent insupportable, versatile, lunatique, paranoïaque… d’une grossièreté qui frise parfois l’indécence…

C’est ce que j’appelle le management à… ‘l’électrochoc’… mon interlocuteur s’en prend plein la tronche… la moindre réplique maladroite peut lui valoir un torrent d’insultes supplémentaires tandis que je l’observe, cynique, narquois…

J’attends qu’il craque pour ramasser les morceaux… ma technique consiste à écrabouiller l’adversaire en gardant une porte ouverte pour la réconciliation quand la partie sera gagnée.

Cela ne marche plus avec Bernard… il me connaît trop bien… il s’éclipse immédiatement pendant l’orage pour mieux revenir à la charge quand la tempête s’est apaisée…

Bernard est un sybarite florentin-byzantin, probablement issu de la famille Médicis qui en a connu d’autres… Ce midi de juin 2016, il m’a de nouveau menacé de quitter la table en me laissant l’addition… c’était mal me connaître… Il était temps de faire marche arrière pour déjeuner à ses frais dans sa gargote… l’Opéra à Waterloo.

Après presque trente années passées ensemble chez Systemat, je le connais aussi bien qu’il me connaît…

Ce midi-là, j’avais besoin de ses confidences croustillantes… je les notais soigneusement sous son nez en pleurant de rire chaque fois qu’il essayait de me faire prendre des vessies pour des lanternes… ‘Pas à moi, Bernard’… il en riait lui-même, le faquin… Globalement, j’ai donc appris tout ce que je voulais savoir.

Bernard et moi, nous avons joué mille fois le jeu… ‘du gentil et du méchant’… en inversant les rôles en fonction de l’adversaire… un numéro rôdé à bloc qui donnait des résultats à la hauteur de nos espérances… on s’amusait comme des fous en regardant le poisson glisser dans la nasse dont il ne sortirait jamais… que de beaux souvenirs.

J’ai dix mille reproches à faire à ce jeune-homme… je sais qu’il en a dix mille autres à mon sujet… mais nous avons toujours conservé cette complicité, le bonheur de travailler ensemble, ce plaisir de nous revoir au-delà de tout ce qui nous sépare…

J’aurais, me dit-il, osé le traiter de ‘laquais’, ce qui l’indiffère… je n’en ai nul souvenir tout en lui rappelant que le laquais d’un génie fulgurant reste un homme de grande qualité… je ne choisis pas mes laquais dans le médiocre… Haydn fut bien le laquais en livrée du Prince Esterhazy.

Bref, j’aime bien ce garçon au-delà de ses défauts évidents, bien cachés sous une éducation bourgeoise qui m’amuse toujours…

Sans Bernard Lescot, Pierre Herpain, nous n’aurions rien fait de grand… Ce trio à cordes fut un des meilleurs jamais constitué dans le pot de chambre gothique de Groland…

Vous m’avouerez tout de même qu’inviter un génie fulgurant dans un restaurant italien au lendemain d’une raclée footballistique historique prouve l’absence de vision de cet homme dans la force de l’âge…

La vision ne fut jamais son fort, la gestion mercantile ne fut jamais la mienne… nous étions donc faits pour nous entendre… ce fut notre cas… merci Bernard.


(*article initialement publié sur Facebook le 15-06-2016)

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