Business Angel

Business AngelJ’ai failli avaler mon chapeau ce matin en voyant réapparaître, à la une de la Libre Belgique, mon grand ami Pierre Rion en compagnie de Jean-Claude Marcourt, Vice-Président PS de tout et de rien…

Je connais mieux Pierre Rion que Jean-Claude Marcourt… je vois d’ailleurs mal pourquoi l’ingénieur liégeois, recyclé en goupillon louvaniste vole soudainement au secours de l’équerre et du compas des loges mosanes… Les voies du Grand Architecte sont décidément impénétrables.

Notez bien qu’à Liège ou Charleroi tout fait farine dans les moulins maçonniques… Né à Awans-la-Rouge, en riante province de Liège, notre juvénile sexagénaire, Marcourt, aurait été, selon sa brève biographie, un quelconque avocat du barreau de Liège…

Comme il s’exprime assez mal en français, le maçon comprend rapidement que la voie royale pour un avocat, sans talents particuliers reste bien celle de la politique liégeoise, en famille… vous me suivez ?

Commence alors pour cette belle intelligence socialiste maçonnique… un pléonasme… une longue et magnifique carrière d’expert en tout et n’importe quoi… chef de cabinet de ténors que le PS impose depuis 1970 à la Wallonie agonisante… Willy Claes, un flamin utile pour débuter, ensuite Guy Mathot, Bernard Anselme, Jean-Claude Van Cauwenberghe, Elio Di Rupo, Laurette Onkelinx… Bref, un CV socialiste en or massif.

Puis viennent les hautes responsabilités… les PME, le commerce, l’éducation, l’emploi… Tout quoi… quand on ne sait rien sur rien, il faut rester généraliste… ce sont les généralistes qui font les carrières fulgurantes… les spécialistes sont rapidement bloqués à leur niveau de compétence…

Jean-Claude Marcourt est aujourd’hui connu comme ‘Monsieur Marshall’, le fameux plan qui n’a jamais rien relancé en Wallonie, même si j’en avais largement profité en 1996.

C’est dans ce cadre dynamique que Marcourt rencontre enfin notre entrepreneur wallon… un seigneur qui fut avec quelques acolytes l’initiateur d’une ‘success-story’ de l’UCL… IRIS-OCR… une société sur laquelle je pourrais écrire un roman policier si j’en avais le temps…

Elle m’avait intéressée un temps car sous des dehors extrêmement amicaux, ses dirigeants me préparaient un coup de poignard dans le dos que je n’aurais jamais imaginé… Tu quoque mi fili… d’un côté, ils me demandaient d’entrer au Conseil d’Administration dans lequel siégeaient Jo Lernout, Pol Hauspie, Rudy Hageman le fondateur de Real Software…

Je soupçonnais trop bien les pratiques de cette bande à bouboule… j’ai donc poliment décliné l’offre d’un mandat qui n’était même pas rémunéré… mal m’en a pris car, vexés, ils ont paralysé notre filiale Systemat à Luxembourg en débauchant notre directrice générale, Colette Darconnat, avec la bagatelle de vingt de nos meilleurs ingénieurs…

Il leur suffisait ensuite de courir chez nos plus gros clients pour leur expliquer que nous n’étions plus en situation de remplir nos obligations… ils se proposaient évidemment d’assumer le boulot à notre place…

Bref des pratiques assez classiques chez les voyous catholiques en affaires… la justice Grand-Ducale a, bien entendu, considéré ces méthodes comme parfaitement normales… classement sans suite… affaire suivante… Pierre Rion avait pris personnellement cette affaire en main avec le dynamisme entrepreneurial qu’on lui connaît… Peu après, il s’est retiré de chez IRIS-OCR, fortune faite, pour se consacrer à l’élevage de la vigne sur les coteaux mosans… Le viticulteur d’occasion restait également actif comme ‘Business Angel’ liégeois outre l’animation d’un cercle d’affaires sur les hauteurs de Namur.

Que le gaillard se transforme en Business Angel ne me dérange pas… j’avais fait exactement la même démarche en créant à l’époque ‘E-Capital I’ dont il faisait d’ailleurs partie jusqu’à ce qu’il donne sa démission…

Comme Président, je m’étais vigoureusement opposé à l’entrée de ce type dans le Comité d’Investissement… Qu’il participe au tour de table financier dans E-Capital ne me dérangeait pas… qu’il gère ce capital en fonction de ses intérêts cachés m’était juste insupportable… J’ai donc clairement fait savoir que c’était lui ou moi.

Ecœuré, le personnage sulfureux a finalement dégagé le tapis à ma plus grande satisfaction… à la grogne de ses quelques amis dont j’ai été débarrassé par la même occasion… les nettoyages de surface sont parfois utiles dans la vie…

Voilà donc, aujourd’hui, notre sémillant Pierre Rion qui revient avec l’expert Jean-Claude Marcourt dans un nouveau fonds wallon de capital à risque, doté tout de même de 50.000.000 d’euros… D’après lui, cela tournerait déjà… ‘à plein régime’… attendez que cela tourne en surrégime… j’en ris déjà sous cape.

Ce ne sont pas des montagnes d’argent, j’en conviens… mais c’est quand même beaucoup d’argent… je vous garantis qu’avec une telle somme ils ne vont pas s’ennuyer… on n’est certes pas dans la Pyramide Ponzi LSK… Thierry Leyne, Dominique Strauss-Kahn… qui laisse un trou de cent millions d’euros avant d’avoir entamé quoi que ce soit… mais à la modeste échelle wallonne, W.IN.G ne manquera quand même pas d’être une affaire à suivre.

Le problème n’est pas tant que Pierre Rion ait tout faux avec son Marcourt qui n’y comprendra jamais rien… le problème est que ce n’est pas l’argent qui manque en Wallonie, ce sont malheureusement les hommes, les idées, les entrepreneurs de qualité…

Nous l’avions rapidement compris chez E-Capital I… il était inutile d’investir des capitaux dans des paniers percés, dirigés par des balais… il fallait chaque fois changer les managers, prendre les manettes ou sombrer…

Nous avons perdu énormément de temps et d’argent dans des mini-opérations foireuses avant de nous refaire sur un très joli coup, Zetes, dont je n’étais pas fanatique… pour d’autres raisons… Errare humanum est.

E-Capital II continue aujourd’hui l’aventure E-Capital I sur de toutes nouvelles bases, revues et corrigées par les mauvaises expériences du passé… avec une équipe de management hyper-professionnelle, un nouveau tour de table financier autrement musclé, des investissements lourds dans des sociétés bien mieux structurées que celles de nos débuts…

Le concept W.IN.G du tandem, Rion-Marcourt, ne vaut, à mes yeux, pas un radis… Marcourt ne rira pas longtemps quand la machine W.IN.G va s’emballer…

Le problème ne sera évidemment pas de prêter de l’argent mais bien de le récupérer avec plus-value… Nous verrons bien si le Baron Rion mérite autre chose que mon mépris…

J’en doute fort… la Wallonie ne s’en portera clairement pas mieux… mais qui se fait encore la moindre illusion sur l’avenir numérique de la Wallonie ? Pierre Rion en viticulteur, soit… en Business Angel… aux abris.


(*article initialement publié sur Facebook le 21-05-2016)

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