Des menottes en or

Des menottes en or,La voyance est un art sérieux, mise à mal par la disparition de Francis Blanche capable de prédire l’avenir grâce aux dons surnaturels de Pierre Dac… j’ai malheureusement oublié ma boule de cristal dans un ancien domicile dont j’ai été spolié par une famille hébraïque contrariante…

J’en possède une autre dans mon ancien bureau Systemat, offerte par un fournisseur avisé, si mes anciens collaborateurs reconnaissants n’ont pas encore transformé ce musée du génie en dépôt d’archives poussiéreuses.

Mon ami Aubry qui fut l’artisan de notre communication durant les années difficiles m’avait offert une lithographie dans laquelle on discernait péniblement la phrase… ‘Ils ont des yeux, ils ne voient point’… avant de m’expliquer son admiration pour la réussite d’un homme en qui il ne voyait au début que folie, mégalomanie, faillite probable…

J’en étais fort touché tout en le rassurant sur la normalité de ses appréhensions… il est tellement plus facile de convaincre un environnement lointain que son environnement proche.

Les proches ne voient rien parce que, le nez dans le guidon, ils n’ont pas la distance nécessaire pour envisager la suite… la vision demande de la hauteur, du recul, de la réflexion, des marches solitaires, des lectures, de la musique, des doutes… il ne me manquait qu’une femme aimante et un chien mais je me suis rattrapé depuis, à ma plus grande satisfaction.

Je me souviens de l’introduction en bourse de Systemat en mars 1997… Les plus faciles à convaincre ont été les banquiers avec une équipe ING de ‘Merge and Acquisitions’, des Ferrari intellectuelles sous la houlette de Michel Tilmant, Georges Walckiers, Jacques de Vaucleroy, Yves Dinsart… que de bonheur, que d’émotions fortes, de pouvoir vivre ces moments privilégiés avec des experts lumineux dans un domaine qui n’était pas le mien…

Je pleurais presque d’émotion le jour de la première cotation de notre beau bébé… un hapax existentiel… un aboutissement provisoire car il n’était que le début d’une aventure tellement plus difficile.

Je me souviendrai toujours de la remarque de Jacques de Vaucleroy, devenu un ami, satisfait de la mission accomplie pour nous avec ses équipes… ‘Voilà, Coco, tu avais des menottes en plomb, maintenant tu as des menottes en or… mais ce sont toujours des menottes’…

C’était un visionnaire, Jacques… Il devinait la suite… il savait que le parcours serait semé d’embûches que nous franchirions du mieux que nous le pouvions… la vie n’est pas un long fleuve tranquille… rien n’est définitivement acquis sauf pour les syndicats… un entrepreneur se bat chaque jour pour sauver son rêve, sa peau, celles de ses proches… avec ses couilles sur la table.

Mes proches n’ont fait que douter quand ils ne se sont pas fermement opposés jusqu’à tenter de tout faire capoter pour éliminer un chauffard considéré comme dément, voire même débile mental profond ainsi que j’ai même été qualifié, par écrit au Conseil d’Administration, peu après mon départ à la retraite…

J’avais osé donner mes derniers avis avant mon départ sur ce qui n’était qu’une évidence à mes yeux… cela n’a pas plu.

Tout cela n’a plus aucune importance… j’ai appris à me taire en me contentant de l’écrire parfois… je devrais même écrire le contraire de ce que je pense pour espérer qu’on fasse finalement ce que je souhaiterais qu’on fit… il suffirait que je recommande quelqu’un pour qu’on s’en débarrasse… mes proches ne sont que des espions nuisibles à ma solde… mes avis déplacés seraient mieux au chaud dans mon caleçon.

Tout ceci pour vous dire que mes conseils sur l’avenir sont insignifiants, peu souhaités, puisque tous les actuels génies aux manettes sont habités par leurs certitudes idiotes, souvent criminelles… Vous me voyez proposer un rendez-vous à Madame Christine Lalouette-Lagarde pour lui demander si elle est devenue folle ?

Je serais raccompagné ‘manu militari’ aux pieds de son palais, 19ème Rue à Washington DC, jeté sur le trottoir comme un malpropre, prié de disparaître, de baiser son cul, de fermer ma grande gueule… tel est le sort réservé aux visionnaires retraités… les ‘Has Been’.

Ma vision… qui ne présente pas le moindre intérêt… est d’une simplicité coranique vu la complexité biblique… ne parlons même pas des masturbations hébraïques… La micro-informatique a remplacé les gros ordinateurs, les mainframes, depuis le début des années 1980… Pourquoi ? Parce que la grosse informatique fonctionnait mal, lentement, bêtement… elle chiait des paquets de listings que personne ne lisait.

Les cadres se sont réveillés un beau matin de 1980 quand on a déposé sur leurs bureaux des micro-ordinateurs IBM qui faisaient exactement ce dont ils avaient immédiatement besoin… ce fut une révolution totalement imprévue, foudroyante, planétaire à laquelle je m’honore d’avoir participé avec passion… La micro-informatique est une science subtile, personnalisée, adaptée aux rythmes, aux besoins de chaque utilisateur…

La micro a remplacé la macro avec le succès qu’on lui connaît… A l’inverse, toutes les grandes organisations mondiales pratiquent la macro en négligeant toutes les micro-situations individuelles, toutes les particularités locales, tous les rythmes de vie…

La mondialisation est une catastrophe dans tous les domaines… la main invisible du marché est une infecte hérésie satanique… la transparence est devenue celle du marécage… la démocratie est une farce de mauvais goût inventée par les possédants qui la manipulent.

Alors où va-t-on, Coco ? Avec les certitudes de la Macro, certainement nulle-part… avec les subtilités de la Micro, tout serait encore possible… Entretemps… surfons les vagues de la vie… elle est si belle… nous n’en avons qu’une… nos visions n’intéressent quand même personne… Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard… pensait Louis Aragon.

Sans catastrophes, la bêtise des élites est invincible. (VC 1.1)


(*article initialement publié sur Facebook le 15-03-2016)

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