L’Argent

Pascal Bruckner est un philosophe que nous devrions tous lire… Juif modéré, curieusement fils d’un nazi convaincu, antisémite notoire… Pascal Bruckner devint en Fac un ami intime de Finkielkraut, Glucksmann, BHL, par hasard du cinéaste Polanski…

Bruckner, un penseur moderne, très accessible, style simple, discours calme, des idées originales, un philosophe intéressant… un hédoniste tragique, gauche modérée, plutôt pessimiste… Je le sens assez proche de Michel Onfray.

Ses théories du bonheur me plaisent… il n’y a pas de dictature du bonheur, pas de droit acquis… ce sont juste des moments privilégiés… il faudrait les savourer avant de replonger dans l’inconnu qui en préparerait d’autres… J’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant… disait Jacques Prévert.

Bruckner vient d’écrire un nouvel essai sur l’argent que je vais commander sur Amazon… l’argent a été très important au début de ma vie, né dans une famille qui en parlait beaucoup parce qu’elle n’en avait pas…L_Argent

Toute ma jeunesse, j’ai rêvé de l’argent que je posséderais un jour, de la liberté qui deviendrait alors la mienne, de l’usage luxueusement sobre que j’en ferais… je déteste le mépris de l’argent, pire encore la haine de l’argent des autres comme de ceux qui le possèdent… tant mieux pour eux à condition de l’investir, de le dépenser, de le donner.

L’argent est une invention merveilleuse, à la base de la civilisation judéo-chrétienne dans laquelle nous évoluons… je ne suis pas un adorateur du veau d’or… je suis un amoureux de ma grande liberté, du pouvoir de faire ce qui me plaît, de jouir des plaisirs de la vie, de réaliser mes rêves avec les personnes qui m’intéressent.

Je n’ai hérité que des dettes de mon père, avocat, accidentellement décédé à 57 ans alors que j’en avais 31… comme fils aîné, je devenais aussi le chef d’une famille en deuil, le soutien d’une mère désemparée, l’aîné d’un jeune frère, Tanguy, encore aux études…

Cette charge imposée en plus de ma propre famille… Marié à 23 ans, j’avais déjà trois enfants à 27 ans… il fallait assumer tout cela, comme beaucoup d’entre nous, sans l’aide de personne, vraiment personne… j’insiste bien sur ce stupéfiant… ‘personne’.

Mon point d’honneur fut alors d’assumer, même largement plus qu’assumer, quoi qu’osent en dire aujourd’hui   quelques        médiocres,    affreusement proches… Finalement, je me serais juste offert le plaisir raffiné de me regarder chaque matin dans le miroir de ma salle de bain… ce n’est déjà pas donné à tout le monde.

Tout cela est tellement loin avec quelques chances supplémentaires dont celle d’avoir été opéré deux fois du cerveau pour une tumeur bénigne… la perte partielle de ma mémoire immédiate… le renforcement étonnant de ma mémoire plus lointaine…

Cette mémoire qui fait dire à certains de mes amis… ‘Comment fais-tu pour garder ces souvenirs ?’… Vous ne me croirez pas… je revis des scènes du passé avec une précision dans de minuscules détails alors que je ne me souviens même plus de la date exacte de mes opérations chirurgicales.

Mais, revenons à l’argent… on ne vit pas avec des cacahuètes… personne ne l’ignore… il ne fait certainement pas le bonheur… son absence ou son insuffisance non plus…

Ce n’est une matière première comme une autre… il ne faut certainement pas l’adorer, il faut sûrement le respecter… comme un moyen rare, non comme une fin…

L’argent thésaurisé, compté, recompté, entassé ne présente aucun intérêt… l’argent intelligemment dépensé, investi, mobilisé, donné, est un outil précieux au service de ce qui pourrait se transformer en bonheur.

Il n’en faut pas des montagnes, il faut ce qu’il faut pour ne dépendre de personne, surtout pas de la pension minable de 1340 euros par mois en remerciements de mes signalés services rendus à une patrie qui adore ses entrepreneurs…

De qui se moque-t-on…vous n’intéressez la patrie que dans la mesure où vous lui donnez, sans discuter, tout ce qu’elle ne vous rendra jamais…

Demandez aux laborieux, aux invalides, aux malades orphelins, aux psychopathes, aux défavorisés, aux victimes du système ce que l’Etat a fait pour eux… la réponse est simple… rien ou presque rien qui est souvent pire que rien.

Comme le disait mon excellent ami, le Baron Bernard Delfosse, épisodiquement rayé de mes relations, j’aurais choisi de vivre riche parmi les pauvres alors que lui aurait choisi de vivre riche (?) parmi les très riches…

Je plains les riches qui devront subir le Baron… j’ai surtout choisi de m’engager là où je peux encore être utile avec la santé, les moyens qui sont encore les miens… La Belgique m’a bien fait comprendre qu’elle n’a plus aucun besoin de moi alors que je peux encore tant offrir à la Casamance.

Après trente ans de carrière, la plupart du temps derrière un écran d’ordinateur, la pire des punitions aurait été une retraite inutile, inactive, égoïste… celle qui se profilait d’ailleurs à pas de géant si je n’avais pas réagi.

Tristesse, dépression, ennui, alcool, mauvaise humeur, envie de rien, pensées nauséabondes… ce n’était pourtant pas l’argent qui manquait quand j’ai fermé, en pleurant, pour la dernière fois la porte de ma Systemat adorée en janvier 2011…

Amenez-moi des généraux qui ont de la chance, le reste, je m’en charge’ … disait l’Empereur en redingote à ses Maréchaux emplumés… Je fais partie de ces gens qui ont eu de la chance… j’ai toujours eu de la chance… sauf au casino.

La vie, c’est de l’argent, bien sûr… un peu de chance, beaucoup de travail, énormément de courage dans les graves décisions solitaires… les chances passent pour tout le monde… encore faut-il savoir les saisir, les enrouler autour de soi, les serrer comme le boa serre sa proie…

Laisser passer, échapper, la chance est un crime contre la réussite, contre le bonheur potentiel qui s’y associe souvent… que de chances gâchées par lâcheté, par paresse, par aveuglement, par bêtise, alors que les perspectives prometteuses étaient offertes sur un plateau… la chance passait…tant pis pour les imbéciles qui ne l’ont pas saisie.

Je poursuivrais ma chance jusqu’au fond de l’eau. (César 1.1)


(*article initialement publié sur Facebook le 20-04-2016)

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