Le Christianisme

Le ChristianismeQuand un catho se penche vers moi pour m’embrasser à l’église avec son… ‘Donnons-nous la paix’… je me retire brusquement avec des mots que je regrette immédiatement, du style… ‘Non mais ça ne va pas ?’… Je sais que c’est blessant mais c’est plus fort que moi… c’est vrai quoi… qui est ce plouc ?

Après tout lors de la dernière Cène, Jésus avait embrassé Judas et nous connaissons tous la suite… avec ce genre de pratiques érotiques, on finit sur la croix… moi, je préfère mon canapé dans le salon… Je n’ai aucun goût du martyr….

Vous, c’est vous qui voyez.

‘J’ai pleuré et j’ai cru’… proclamait Chateaubriand dans le ‘Génie du Christianisme’, une sorte de plaidoyer en faveur du christianisme, pilier d’une heureuse évolution de notre civilisation, après avoir écrit un ‘Essai sur les Révolutions’ qui réduisait la religion à un simple fait historique… Il s’est ensuite cru obligé de se faire pardonner son péché mortel, sa culpabilité… la base même du système chrétien… On ne peut évidemment pas nier les apports du Christianisme en matière d’architecture, de musique, de sculpture, de peinture, de littérature, de philosophie, de pensée, de rhétorique, de solennité… On pourrait suivre Chateaubriand si on acceptait de fermer les yeux sur tous les désastres, tous les crimes commis au nom de cette religion d’amour… Je ne peux donc en aucune manière suivre Chateaubriand dans ses délires hallucinés… ma participation un dimanche à une messe sénégalaise de Diembéring m’avait clairement fait comprendre que rien n’avait changé… c’est peut-être même encore pire qu’avant… je n’ai pas pleuré, je n’ai pas cru… j’ai juste trouvé cela désespérant.

J’avais espéré des chants africains, des tambours, des danses, une sorte de joie enfantine communicative, une piété exaltée… Il n’en fut rien… juste un bide, encore plus ennuyeux que les célébrations nordiques… Dans un français massacré par un grand curé élégant qui s’imaginait parler notre langue… une langue bizarre qui nécessiterait des interprètes chevronnés… immédiatement doublé du même texte en Wolof ou en Diola, deux sabirs locaux auxquels je ne comprends rien sauf qu’ils doublent la durée de la cérémonie.

Au bout de 45 minutes, nous terminions l’évangile centré sur la parabole du ‘Fils Prodigue’… j’ai écouté stupéfait de cette coïncidence… voilà 55 ans que je n’ai plus foutu les pieds dans une église sauf pour les cérémonies nécessaires… Il faut que j’y aille par curiosité pour tomber sur cette parabole du fils perdu, indigne, ingrat, qui dilapide sa part d’héritage avant d’aller demander pardon à son père… Un père qui pardonne, tue le veau gras en son honneur, affronte l’autre fils fidèle mais furieux… car, moralité, il y aurait plus de joie au paradis pour un pécheur repenti que pour 99 autres soigneusement restés sur les rails. Curieuse parabole, étrange justice, toute une symbolique délicate qui fit l’objet de nombreuses masturbations intellectuelles dont celle de Benoît XVI… un Pape qui adorait expliquer l’inexplicable… Je me fiche bien de cette histoire mais le hasard de l’évangile du jour m’a évidemment étonné… on peut pardonner à des enfants qui demanderaient ce pardon… comment pardonner à des égarés qui persistent dans leurs erreurs sans rien ne demander à personne ?

Pour le reste, j’ai noté une abondance de jeunes, assez peu d’anciens… le contraire de l’Europe où les églises sont remplies de personnes âgées, désertées par les jeunes sauf ces grands rassemblements JMJ, patronnées par Saint Jean-Paul II, qui me sont des rencontres absolument insupportables d’hallucination collective… des jamborees de Baden Powell… des célébrations fascistes comme les fêtes païennes de Nuremberg.

La chorale était exécrable, européanisée, épurée de toutes ses chaleureuses couleurs locales… On se serait cru au feu de camp scout dans une prairie ardennaise en train de chanter les grands airs du Faidoli… Mauvais, très mauvais… Finalement la messe nordique n’est battue que par les messes de Harlem avec leurs superbes négros spirituals… Nos amis africains ont malheureusement copié toute la triste monotonie de nos célébrations ennuyeuses… Ils finiront par vider leurs églises comme nous avons vidé les nôtres… Au fond, c’est la bonne nouvelle…tout n’est pas perdu…Les Africains comprendront un jour que Dieu ne fera rien pour eux s’ils ne se prennent pas en main eux-mêmes… l’optimisme reste donc de mise.

J’ai échappé au sacrilège de la communion, en état de péché mortel, car le célébrant s’est ensuite lancé dans un sermon en langue barbare qui a donné le signal de notre départ… Un sbire-concierge qui surveillait les entrées et sorties du hangar-église voulait en plus m’imposer le silence… la goutte d’eau fit déborder le vase… Nous sommes tous partis sous les yeux ébahis du portier, sous ses regards méprisants pour des païens blancs hérétiques…

Je déconseille donc l’assistance à la messe dominicale de Diembéring… le spectacle n’en vaut pas la peine… c’est long, c’est mauvais… le folklore est anéanti… le personnel ne respecte pas la clientèle… cérémonie à proscrire. Après cette messe ratée, nous étions allés faire une belle balade en voiture sur les quinze kilomètres de plages désertes… de Boucotte à l’embouchure majestueuse du fleuve Casamance, avec l’île de Carabane en toile de fond… le berceau de la colonisation Casamançaise, le sud du Sénégal, par ces Français venus du nord, de Saint-Louis, Dakar, Gorée. Retour à la résidence pour l’apéro, le poulet-frites-salade-compote, les papotes animées sur tout ce qui bouge en Belgique, baignades au soleil, siestes à l’ombre… le temps passe trop vite… il faut encore visiter notre élevage de cochons, le poulailler modèle avant d’embarquer sur le yacht présidentiel pour une navigation sur les bolongs… le déjeuner chez Tonton Gilbert.


(*article initialement publié sur Facebook le 06-02-2015)

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