Les Managers

On ne construit rien avec la raison sauf des éternels étudiants, des managers opportunistes, des politiciens ventilateurs, des avocats égotiques, des curés allumés, des banquiers cyniques avec des business plans utopiques qui seront généralement refusés puisque même l’auteur semble ne pas y croire…

Les Managers

Il faut certes savoir raison garder, ne pas sombrer dans la mégalomanie, l’autosatisfaction aveugle… mais je confirme que la raison c’est moins bon que les bonbons de l’émotion.

Le véritable moteur de la création c’est l’émotion qui engendre la passion, l’addiction, la rage de réussir un projet que la raison refuserait… Lisez un business plan en souriant mais en analysant le body-langage de son auteur… regardez plus sérieusement son premier bilan… J’adore lire un bilan grâce à Urbain Vaes qui m’en a appris les enivrantes subtilités…

Un bilan, c’est un bon roman vécu après avoir compris que le débit est à gauche, le crédit à droite… servir chaud, mangez-en tous car c’est la mémoire vibrante de l’entreprise qui nécessite des entrepreneurs utopistes, du capital rare, un travail acharné pour donner un semblant de sens à une vie qui n’en a pas…

Ce n’est évidemment qu’un mirage mais cela occupe l’esprit tout en procurant du bien-être… le souffle de la ‘grande liberté’, un cadeau impayable de nos jours.

Comme jeune universitaire, employé chez Inesco, je me souviens des excuses, des mensonges pitoyables, que je devais inventer à Kenneth Ross pour pouvoir assister le vendredi après-midi aux deux premiers simples de Coupe Davis au Royal Léopold Club…

Quelle liberté plus tard, comme indépendant, de faire exactement ce qu’il me semblait bon de faire… ce ne sont que des petits bonheurs, me direz-vous, mais ils valaient leur pesant d’or… je les savourais en admirant les matches de nos deux grands champions, Philippe Washer et Jacky Brichant.

On se payait mal, on travaillait comme des brutes chez Sogeca… mais chez nous, entre nous, pour nous… A 27 ans, c’était inestimable… Nous en reparlons parfois avec mon fidèle ami, Serge van Eetvelde, en évoquant parfois notre ancien associé, Alain de Miomandre, que nous avons rayé de nos relations…

L’ennemi déclaré a le mérite de la clarté, le loup déguisé en mouton n’a aucune excuse… il faut l’éliminer… Depuis 1970, je me suis solidement endurci mais la trahison des amis reste la pire des souffrances… elle m’est malheureusement devenue coutumière.

Il me faut alors relire les bonnes pages du ‘Mémorial de Sainte-Hélène’… Relire les jugements lapidaires de l’Empereur sur les innombrables traîtres dont il s’était entouré… Pozzo di Borgio, Bernadotte, Marmont, Murat, Alexandre 1er Romanov, François 1er Habsbourg, Marie-Louise Bonaparte, Neipperg, Hudson Lowe sans parler des goinfrés de sa famille… Joseph, Louis, Lucien, Jérôme, Elisa, Caroline…

Ne parlons même pas de Talleyrand et Fouché… ‘Le vice appuyé sur le bras du crime’ écrivait Chateaubriand… ‘Le paquet de merde dans un bas de soie’ fulminait l’Empereur.

La trahison   des      ennemis vaincus est normale, supportable… la probable trahison des proches n’est qu’une certitude à surveiller pour fixer soi-même l’heure de leur mise à mort… l’heure qui vous convient… pas celle qui leur convient…

La trahison des ‘soi-disant amis’ est douloureuse… mais c’est une question d’habitude… les trahisons familiales ne sont généralement que des souffrances de riches… Il y a fort peu de trahisons familiales chez les pauvres.

La trahison des managers est une forte probabilité… elle est inscrite dans leurs gênes de carriéristes mercantiles… vous les payez pour tuer… ils tuent de sang-froid… avant de trouver un nouveau maître qui paye plus cher votre propre assassinat…

Ce sont en fait des mercenaires, des tueurs à gages… leur fidélité est fonction de leurs émoluments, donc proche de zéro car ces faquins sont très courtisés.

Par définition, le manager ne crée jamais rien… il préfère de loin manger dans votre gamelle, bien remplie… pourquoi risquer la création de richesses quand il suffit de la piller ou de la voler… on pourrait écrire des milliers de pages sur ces pilleurs de tombes… y compris en Belgique… avec la complicité de nos passoires… organes de contrôle chloroformés, labyrinthes de greffes poussiéreux au service d’une justice paralysée, lâchement abandonnée par les ventilateurs politiques à des rois paresseux.

Heureusement, les traîtres sont souvent maladroits, prévisibles… ils vous offrent alors le bonheur de choisir l’heure de la mise à mort… il faut apprendre à décapiter les félons… mon ‘ami’ Yves Dinsart, devenu conseiller conjugal, m’avait offert ce bonheur… Merci pour ce moment…

Colette Darconnat y a échappé grâce à l’incompétence reconnue de la justice luxembourgeoise… j’ai finalement abandonné cet agent-double à son douloureux combat contre la sclérose en plaques…

Alain de Miomandre est tellement risible dans la vie que je l’oublie volontiers… je lui laisse la compagnie de son ami, le Chevalier Gothique Claude Desseille, de très loin l’assureur le plus con que j’aie rencontré à l’époque où il terrorisait la malheureuse Winterthur…

Cet ingénieur Lidgeux avait résilié ma flotte de 350 voitures Systemat, pratiquement du jour au lendemain, parce qu’il ne gagnait que 25 % sur nos primes… avec de tels managers, pillards de surcroît, il n’est pas étonnant que Winterthur ait été vendue à AXA… plus c’est gros, plus c’est con… ils ne devront pas faire de gros efforts.

Il y a tellement de traîtres dans la vie qu’il vaut souvent mieux les laisser se regarder dans leurs miroirs… le spectacle de leurs affligeantes médiocrités, de leurs carambouilles, doit leur être un supplice quotidien… je préfère les oublier… penser aux autres, aux fidèles… La vieille garde, les barons, les grognards, les généraux, les maréchaux… ceux avec qui on pouvait tout envisager, sans nécessairement tout réussir… ce serait trop beau… mais ils étaient toujours là… dans les bons comme dans les mauvais moments, pour faire la fête comme pour sauver les meubles… Ils se reconnaîtront vite.

Lannes avant tout autre, Masséna, Davout, Soult, Berthier, Ney, Suchet, Bessières, Poniatowski… Avec des fidèles, on peut rêver construire des empires… Avec des mercenaires félons, c’est vite Waterloo puis Sainte-Hélène… Vive l’Empereur.

Voilà le sort des souverains… ils font des ingrats. (Napoléon 1.1)


(*article initialement publié sur Facebook le 19-03-2016)

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