Ma vie avant Systemat

Bon, ce n’est pas encore la grande forme… mais cela va quand même nettement mieux… l’esprit un peu vasouillard sous l’effet des antibiotiques… mais néanmoins suffisamment alerte que pour en découdre avec le premier faquin qui tenterait de briser mon élan littéraire…

Je suis assez lent, j’aime donner du temps au temps… je vous signale, qu’agissant ainsi, vous réglez déjà au moins la moitié de vos problèmes par disparition d’un obstacle fixe dans un environnement changeant…

Un sergent-chef vous donne un premier ordre, écoutez– le avec intérêt… n’en faites surtout rien…Il vous le répète, il est temps d’y accorder un début d’attention…. Il le hurle une troisième fois, c’est le moment de lui affirmer que vous avez pris toutes les mesures nécessaires.

Un chef oublie généralement 85 % des ordres qu’il donne une première fois… même remarque pour 80 % de 15 % des ordres qu’il donne une seconde fois… ce qu’il ordonne une troisième fois constitue la véritable trame de sa pensée fulgurante… vous feriez alors mieux de l’exécuter en grande urgence pour la suite de votre carrière…

Pour avoir vécu avec de nombreux chefs d’entreprises, je peux certifier que vous vous éviteriez 95% des emmerdes hiérarchiques avec un minimum de discernement.

Mon premier patron, Kenneth Ross, était un homme merveilleux, caricature du Juif ashkénaze, grand commerçant… Il avait épousé la fille de Charles Breisdorff, le rédacteur en chef du ‘Soir’… une femme exceptionnelle qui fut la secrétaire du ‘Comte’ Paul De Launoit, un industriel-sidérurgiste important des années trente dont l’histoire complexe n’est pas encore écrite…

Paul De Launoit, gestionnaire de la fortune royale, avait confié la gestion de cette mission à mon oncle maternel, Paul de Géradon, depuis la holding Cofinindus…

Paul De Launoit fut un soutien discret du Pays Réel de Léon Degrelle, un impressionnant mécène ténébreux, patriarche d’une famille qui ne produira plus que des amateurs florentins de musique classique… Chapelle Musicale Jean-Pierre De Launoit, Concours encore Reine Elisabeth, etc…

Grâce à mon oncle, j’ai travaillé cinq ou six ans chez Inesco, filiale Cofinindus du Groupe De Launoit… Il promettait plus qu’il ne payait jusqu’à ce que la moutarde me monte au nez… je rapportais quarante fois ce que je coûtais à la société Inesco qui m’employait….

Les quelques parties de tennis accordées avec suffisance par Jean-Pierre Launoit sur son court privé de l’Avenue des Eglantiers ne compensaient guère mon manque de revenus…

De plus, il jouait assez mal au tennis… il fallait donc encore lui donner quelques jeux pour mériter un coca-cola chaud dans les salons de la villa… La douche et le vestiaire dans la conciergerie, à l’écart des suzerains… les odeurs de ploucs qui dérangent probablement.

J’ai quitté le Groupe du jour au lendemain sans prester le moindre préavis… ils étaient furieux… Moi, aussi d’ailleurs… Pour en finir amiablement, deux mois après mon départ brutal, j’avais refait pour eux un tour commercial de France, mettant mon point d’honneur à leur ramener des bons de commandes qui couvraient vingt fois mes frais de mission…

Je me souviens encore de Guy Mouton à Madrid me disant… ‘C’est regrettable, Jean-Claude, que vous n’ayez pas compris les énormes avantages à long terme de faire partie du groupe De Launoit.’… Je lui avais juste ri au nez alors que je ne faisais strictement rien d’autre que de bêcher mon jardin, semer ma pelouse, pour occuper mes loisirs…

Désolé, Guy Mouton… on ne m’achète pas… on ne m’exploite pas… on ne m’embrigade pas… surtout pas pour des clopinettes… Haydn s’est promené toute sa vie en tenue de laquais chez les Esterhazy, Mozart avait jeté aux orties l’uniforme humiliant de son père, domestique du Prince-Evêque… c’est toute la différence.

Après avoir vendu des panneaux en fibres de bois Masonite chez Inesco… de l’optique, dont les fameuses lunettes Ray-Ban, aux Anciens Etablissements De Sutter… appris de solides notions commerciales avec Kenneth Ross… je me suis retrouvé, par hasard, dans le monde du courtage d’assurances, embarqué par Alain de Miomandre, un garçon intelligent, avec qui j’avais fait mes études à l’UCL en Sciences Commerciales et Financières à la Dekkenstraat de Louvain l’ancienne.

Alain est ce qu’il est… pas méchant… ceux qui le connaissent jugeront… Il ne m’a jamais convaincu… un petit qui joue au grand qu’il n’aura finalement jamais été…

Un homme qui patauge dans le ridicule conjugal qu’il persiste à nier… J’ai eu tellement d’emmerdements avec ce type que mon jugement n’est plus objectif… Il a encore fallu qu’il se rappelle à moi en témoignant stupidement contre moi dans mon premier divorce… Il est vrai qu’Alain est un orfèvre en matière de divorces.

Sa rencontre servile, sulfureuse, avec le ‘Chevalier’ Claude Desseille, le dictateur de la Winterthur, heureusement retraité, fut l’échec final de sa carrière personnelle… Claude Desseille est un des plus mauvais assureurs de sa génération… arrogant, incompétent, susceptible, éclaboussant, vulgaire, pétri des certitudes imbéciles de l’ingénieur provincial des bords de Meuse… Pour moi, juste une fort coûteuse   lithographie numérotée juste bonne à décorer les salons cossus du golf du Zoute.

Bref, donnons du temps au temps… il méprise ce qui se fait sans lui. (VC 1.1)

Parmi les adeptes du Livre, ceux qui ont encore une parole, même sans signature, ce sont les juifs… je sais que je vous étonne mais c’est mon expérience… et elle fut longue… J’ai commencé ma carrière avec Kenneth Ross… cet ashkénaze londonien m’a tout appris… Plus tard, j’ai travaillé avec Marka Szyfer, Maria Kruszel dans le courtage d’assurances…

Nous assurions tout le Triangle, les boutiques de mode près de la gare du midi… des juifs casses-couilles certes, capables de vous découper en dix le poil de barbe du rabbin… mais une parole était une parole… un accord négocié était un accord… Marka vous aurait emporté un bloc-notes, un crayon, un paquet de café, quelques sucrettes du bureau, le tout en frais généraux, mais jamais un franc sonnant et trébuchant.

Je ferais toujours mes affaires de préférence avec des sportifs, des laïcs athées, des juifs… parce qu’ils savent encore respecter une parole, une signature, un engagement, un fair-play qui fixe les règles du jeu dans la jungle… Coco exagère, Coco caricature, Coco sort de sa réserve naturelle… Bien évidemment que j’exagère, vous avez raison… mais c’est mon avis.

Dans une vie antérieure, j’étais assureur-conseil ce qui m’a donné l’occasion de collaborer activement à la vie d’une société cliente que j’ai toujours adorée… Extraction De Smet, EDS à Edegem…

Grâce à eux, j’ai pas mal bourlingué dans le monde pour surveiller, dans leurs filiales, la manière dont ils étaient assurés… je négociais également la couverture des grands projets industriels qu’ils remportaient sur les marchés internationaux… Irak, Koweït, Brésil, Argentine, USA…

Cette société discrète, peu connue en Belgique, était une perle de l’esprit d’entreprise dans la grande tradition anversoise francophone.

Tous risques chantiers, garantie décennale, responsabilité travaux… sous la supervision de Jean-Marie Gille, un brillant manager-esthète, un ami fantôme, toujours en voyage à travers le monde, une expérience inoubliable pour le jeune-homme que j’étais alors, au contact de personnalités impressionnantes…

Les conseils de Monsieur De Smet restent toujours gravés dans ma mémoire… EDS était un des plus beaux rassemblements de cadres intelligents… pourtant c’était souvent des ingénieurs… je déteste normalement les ingénieurs mais j’aimais pourtant beaucoup ceux-là.

Je me souviens d’un voyage au Koweït… avec des documents importants dans une valise qui n’est jamais arrivée… impossible donc de les soumettre à la signature qui s’imposait…

Monsieur De Smet me convoque dans son bureau qui donnait sur un jardin magnifique… je tremblais de peur… ‘Monsieur Logé, quand on voyage, on garde toujours en cabine les documents dont on a besoin’…

Pas un mot plus haut que l’autre, souriant, une douceur seigneuriale… Depuis lors, mes documents importants sont toujours en cabine… Merci Messieurs De Smet, Groothaers, Gille… des grands pour le petit que j’étais…

Jean-Marie Gille m’envoie en Argentine dans les années septante… EDS y construisait des silos à grains… j’examine les contrats d’assurances de la filiale de Buenos-Aires pour constater qu’aucun véhicule n’est assuré… panique à bord…

Nous rencontrons les avocats locaux d’EDS qui m’expliquent que, en Argentine, tuer quelqu’un coûte quelques dizaines d’euros pour l’enterrer et qu’on n’en parle plus… je demande… Et si je tue le fils du Président de la République ?  ‘Vous irez en prison et on n’entendra plus jamais parler de vous’… vu sous cet angle, une assurance de responsabilité civile automobile est effectivement superflue.

Moïse Diondere Diatta est un de mes rares amis sénégalais… Avec quelques autres, ils ont sauvé la vie de l’Imam Atonique, victime d’une véritable tentative d’assassinat belgo-sénégalaise…

Moïse m’a accompagné du début à la fin de ma cavale rocambolesque, ne m’abandonnant qu’à l’entrée de l’aéroport Léopold Cedar Senghor dans lequel on ne peut entrer que muni d’un titre de transport valide… les mesures de sécurité sont draconiennes à Dakar…

Moïse m’avait proposé un sujet de papier amusant… un de mes sketches qui l’avait bien fait rire… ‘In tempore non suspecto’… j’évoquais alors un passé révolu, une autre vie… mon passage d’une quinzaine d’année de 1968 à 1983 dans le monde de l’assurance… question de Moïse… ‘Comment vendre une police d’assurance-vie à un type qui ne vous demande rien ?’   Enfantin, mon cher Watson.

Après avoir vendu des panneaux en fibres de bois de la… Masonite Corporation… dans la société Inesco du groupe De Launoit, j’ai vendu de l’optique aux Anciens Etablissements De Sutter, toujours pour le groupe Brufina-Cofinindus des Comtes Gothiques… De Launoit…

Fort de ces deux expériences commerciales, fatigué de travailler pour des ingrats, indépendant dans l’âme, j’avais pris mon envol dans ma propre société de courtage d’assurances…Sogeca… avec deux associés, Serge van Eetvelde, Alain de Miomandre… Serge est resté mon ami depuis plus de quarante ans, l’autre m’a trahi… je préfère l’ignorer tout en l’honorant de mon souverain mépris pour sa médiocrité.

Le courtage d’assurance est un des métiers les plus ennuyeux du monde mais j’y ai gagné mes premiers millions, ceux qui préparaient les suivants… A 27 ans, marié obligé, père de trois enfants, il fallait assurer le pain quotidien…

Ce pain que ‘Notre Père qui êtes aux Cieux’ ne distribue jamais qu’avec la plus grande parcimonie… j’ai eu beau réciter des chapelets, rien ne tombait jamais du ciel… j’ai finalement choisi de travailler… Attention… la prière ne coûte rien… elle ne rapporte pas grand-chose non plus, ce qui explique peut-être sa gratuité…

Je persiste d’ailleurs à prier trois fois par jour en brèves glossolalies, toujours en conquérant, debout, les bras levés vers le ciel pour saluer l’astre solaire, Aton, seul vrai dieu trinitaire visible.

Cela n’apporte rien non plus… sauf une sensation de sérénité intérieure… une complicité avec la nature… un dialogue concret avec Aton Solaire, Akhenaton pharaon, Néfertiti son épouse, ma déesse voluptueuse sur son trône en marbre de Carrare…

Une Trinité aisément explicable alors que l’autre reste d’une complexité parfaitement incompréhensible… surtout ce fameux Esprit-Saint qui se fait la malle chaque fois qu’il peut descendre sur terre.

Trois fois détenteur du challenge Victor Haps de la compagnie Assubel-Vie, je vendais chaque année environ 100 à 150.000.000 de capitaux assurés avec un revenu propre de trois à cinq millions de francs belges plus un rappel de fin d’année d’un à deux millions…

Nous en vivions sobrement, agréablement… l’assurance-vie reste un superbe débouché… cette branche Assurance-vie est indispensable pour couvrir le seul risque qui compte… la vie vitale, irrécupérable, irremplaçable, la vie du père nourricier qui disparaîtrait subitement suite à accident, maladie ou vieillesse… la prime est même immunisée fiscalement avec un plafond, à l’époque, de 45.000 francs annuel, déductible.

La stratégie de vente est simple… prospection téléphonique intense pour organiser vos prises de rendez-vous avec des maris que vous auriez convaincus de l’impérieuse nécessité d’aborder ce sujet brûlant…

‘Je ne vous le souhaite évidemment pas, cher Monsieur, mais, comme moi, nous pourrions faire ce soir une collision frontale mortelle… quelle serait alors la situation financière de nos charmantes épouses, de nos chers enfants adorés ?’… Vous avez, bien sûr, quelques exemples vécus de l’une ou l’autre connaissance proche décédée dans des circonstances dramatiques…

Le prospect prend peur… c’est la prise de rendez-vous… il accepte la rencontre toujours proposée sous forme de question fermée… ‘Je pourrais vous visiter le 18, le 24 ou, tiens, même le 27 si cela vous convenait… il faudrait que Madame assiste à notre entretien… ce sont des sujets graves qu’il convient de traiter en couple’…

Il ne faut jamais proposer une ’assurance-vie au mari seul, sans son épouse… la présence de l’épouse vous garantit le triplement voire le quadruplement des capitaux assurés alors que le mari seul se serait contenté d’une somme médiocre, jugée avaricieusement comme suffisante pour l’objet de son amour.

Le rendez-vous pris… les poissons sont dans la nasse du véritable vendeur… Muni de deux stylos-billes dans la poche intérieure de votre veston, pointes contrôlées en état de marche parfaite, vous sonnez, à date et heure exacte, chez le prospect… la porte s’ouvre…

Vous devez obligatoirement faire un pas en avant avec le traditionnel… ‘Bonjour, cher Monsieur, je suis Coco, votre conseiller en assurances’… Le pas en avant fait que vous êtes à l’intérieur de sa maison… il ne peut plus vous refermer la porte au nez, pris d’un soudain, dernier réflexe potentiel de rupture.

Commence alors une discussion souriante sur un sujet grave pour ce couple-cible… un baratin rôdé à bloc… la détermination du capital assuré que l’épouse terrorisée exigera au moins de doubler dans le pire des cas… quadrupler dans les meilleurs… il n’y a plus qu’à remplir avec eux la proposition indiscrète… tendre au mari la pointe Bic, en état de marche vérifiée, pour la signature indispensable…

Fixer enfin la date de l’examen médical obligatoire… prendre congé vers 11h00 du soir en félicitant un homme aussi prévoyant envers les siens… Jeu, set et match facile pour un ancien champion du challenge Victor Haps.

La partie toujours gagnée… sifflotant joyeusement… il ne me restait plus qu’à aller boire quelques godets dans les établissements de nuit où j’avais mes habitudes… la ‘Panthère’, le ‘Gibus’ à Bruxelles, avec Philippe De Vigne, Raoul De Kepper…

‘Chez Lola’ à Waterloo, je retrouvais un ami garagiste, Philippe Van Oldeneel tot Oldenzeel, qui ne manquait jamais les trois miteux strip-tease de minuit précise… c’était sa distraction de la journée en sirotant ses nombreux whisky-coca.

‘Coco, tu n’es qu’un vil commerçant… ‘…. Oui Papa.


(*article initialement publié sur Facebook le 14-05-2016)

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