Mourir sur mon bureau…

Mourir sur mon bureauJe sais que je devrais apprendre la patience mais, voilà, ce m’est littéralement impossible… au-dessus de ce qui reste de mes dernières forces dépensées dans des combats incessants, des combats à mort depuis le 21 mai 2016, date du Hiroshima de ma vie de retraité qui se voulait paisible… Alors là, je suis servi… pour être paisible, cette retraite fut paisible…

Finalement j’aurais mieux fait de mourir brutalement sur mon bureau Systemat comme John Cordier, John Goossens, Johan Mussche ou le bâtonnier Marc Wagemans… la retraite est un exercice trop difficile pour un véritable entrepreneur habitué à régler cent cinquante problèmes par journée de douze heures d’intense labeur…

Le manager d’opérette aime prendre sa retraite, l’entrepreneur buriné la déteste car il n’aime que son bébé… le reste l’indiffère… à tort ?

A défaut de pouvoir profiter sereinement des fruits abondants de ma carrière, la retraite m’aura au moins fourni la situation la plus extravagante que j’’ai jamais rencontrée… une expérience somptueuse, une extraordinaire leçon de vie que je n’aurais même pas imaginée dans mes pires cauchemars… il faut l’avoir vécue pour y croire… il y aurait de quoi réveiller un mort…

Ce fut d’ailleurs précisément le cas… j’étais un mort vivant entre les sales pattes d’une bande d’escrocs… Voilà que je ressuscite, tel Jésus-Christ au tombeau, pour constater les dégâts importants, minimiser la catastrophe, renaître à la vie avec une vision complètement transformée, infiniment supérieure à la précédente…

Un chemin de vie lumineux, le chemin de Damas de l’avorton paulinien, un chemin qui n’appartient qu’à moi puisque je suis pratiquement le seul à le voir… une évidence qui m’aurait fort probablement échappée si je m’étais contenté du détestable petit confort bourgeois qui pouvait aussi être le mien.

Je ne regrette donc strictement rien… non, rien de rien… au contraire, je remercie tous ceux qui m’ont offert ce dernier combat d’une existence pourtant bien remplie…

Agissant ainsi, ils m’ont ouvert les yeux sur la médiocrité de mon passé consacré à l’argent, au pouvoir, sur l’ignoble ingratitude de mes proches, sur l’indifférence totale de mon environnement, sur le souverain mépris des nantis à l’égard de la masse des précaires…

Grâce à ces malotrus, je sais aujourd’hui qui sont les épiciers, qui sont les grands seigneurs… je peux affirmer que les seigneurs sont extrêmement rares malgré un carnet d’adresses dont vous pouvez penser qu’il est passablement bien rempli… la précarité temporaire qui fut la mienne m’a tout appris… la leçon vaut bien le fromage, sans doute.

Tombé de haut, pour le plus grand plaisir de beaucoup d’amis qui se réjouissaient, derrière mon dos, de voir une grande gueule se casser la gueule… un bonheur pour les commères… vous n’imaginez pas la somme de grossièretés subtiles, d’humiliations infectes, de parfaites indifférences, de méchancetés gratuites que j’ai endurées ces treize derniers mois…

Je pardonne à tout le monde… je les remercie même d’avoir fait étalage d’une telle médiocrité… je n’oublierai plus jamais rien.


(*article initialement publié sur Facebook le 20-03-2017)

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