Napoléon

Napoléon

La nuit s’achève, le jour se lève lentement sur la Casamance pendant que je bois mon café obligatoire en fixant distraitement l’océan… ce matin, l’Atlantique est un lac que déchirent déjà les premières pirogues de pêcheurs courageux qui espèrent remonter quelques paires de Nike usagées au milieu d’une dizaine de sardines échappées aux filets des gros chalutiers chinois et russes qui croisent honteusement au grand large… des contrats de pêche juteux pour les élites sénégalaises.

Retour en soi et pensées solitaires sont des moments de bonheur et de souvenirs dans le silence total qui ressemble à celui d’une cathédrale déserte que vous auriez visitée en profitant d’une chaise pour vous reposer…

La magie étudiée du lieu favorise cette introspection bienfaisante qui ressemble à une prière sans en être une… j’entends la douceur d’une nocturne de Chopin qui envahit le granit tandis que l’esprit rêvasse et s’envole dans l’histoire.

S’imaginer sous l’Empire ou à la Belle Epoque… Les jolies femmes descendent de leurs sulkies dans les allées du bois de Boulogne, corsetées, tailles de guêpes, larges robes à paniers, ravissants chapeaux enrubannés, des ombrelles aussi décoratives qu’inutiles…

Elles dévoileront peut-être de fins mollets gainés de soie proustienne ? Le phantasme romantique absolu…

L’Empereur est seul sur son caillou désert… il arpente pensivement le perron de Longwood… le génie prépare sa dictée, à l’opportuniste Las Cases, d’un chapitre du Mémorial qui doit couronner la légende… il pense à l’Aiglon, le roi de Rome, qui meurt seul à Schönbrunn pendant que sa mère Marie-Louise se donne à la hussarde au médiocre Neipperg…

Neipperg, un petit général borgne glissé dans son lit par beau-papa François… traître Habsbourg… une vieille habitude dans cette famille aussi catho qu’haineuse.

Cons, cathos et snobs comme des billes, les Habsbourg n’ont jamais supporté la proximité de la plèbe… il leur a pourtant fallu vendre une de leurs vaches à cet usurpateur maudit sorti d’une détestable Révolution qui leur avait déjà coûté une autre vache vingt ans plus tôt.

L’Empereur n’était pas un amant délicat… il culbutait les filles pour prendre un plaisir rapide avant de les abandonner sur les couches spartiates de ses bivouacs ou de ses bureaux… La vache habsbourgeoise en avait fait les frais au soir de sa première rencontre à Compiègne…

Peu soucieux des conventions aristocratiques et religieuses, l’Empereur, de fort joyeuse humeur, avait brutalement défloré l’autrichienne dans la chambre ’française’… le lit était plus confortable que celui de son train de campagne…

Marie-Louise semble avoir apprécié ces culbutes impériales… elle riait à son lever… sa fougueuse sexualité repue avec cette niaiserie qu’elle affichera sa vie durant.

Mais que diable est allé faire Napoléon dans cette galère autrichienne ? Pourquoi cette charmante île d’Elbe, dont je me serais volontiers contenté, ne trouve aucune grâce à ses yeux…

J’ai accompli à plusieurs reprises le pèlerinage au modeste palais abandonné des ‘I Molini’ qui domine Portoferraio… il y flotte un parfum de Malmaison, des arômes de gloire et l’ombre rassurante des fantômes impériaux… Pauline y étalait sa célèbre beauté avant d’aller se baigner nue sur la plage proche.

Famille Bonaparte que j’ai sortie du ruisseau, que j’ai élevée aux honneurs suprêmes… où sont tes dons, tes lettres, tes visites, tes compagnons, tes médecins, tes confesseurs honorables ? Lucien, pourquoi tant de haine, de jalousie du seul autre Bonaparte intelligent… Louis, Joseph, Jérôme pourquoi si bêtes à côté du génie ?

Restait le souvenir des femmes… la rigueur de Laetitia, l’élégance de Joséphine, l’intelligence d’Hortense, la beauté de Pauline, la fidélité de Marie, les exigences mesquines d’Elisa et Caroline, les deux arrivistes qui jouaient les princesses impériales dans de basses intrigues de leurs cours de pacotille… Laetitia, Marie, Pauline, Hortense sont les seuls souvenirs heureux.

Mon épouse aimante, déteste presque autant l’Empereur que Éric Zemmour… elle reproche à l’Empereur le nombre de morts, le rétablissement de l’esclavage aboli par la Révolution.

Pour mes lecteurs, je voudrais préciser que Napoléon n’a sacrifié que deux à trois millions de français alors que la seule guerre de 40-45 a coûté 50 à 70 millions de morts à l’Europe.

J’ajoute que plus de mille généraux et maréchaux d’Empire sont morts glorieusement au combat, devant ou au milieu de leurs troupes…

Ils n’étaient pas cachés dans leurs bureaux de Downing Street         ou       de        la         Maison Blanche… MacArthur, Eisenhower, Delattre, Bradley, Montgomery, Truman, Bush, même de Gaulle… où étiez-vous quand les ploucs mourraient pour la patrie et le drapeau ?

Pour ce qui est de l’esclavage, il est vrai que l’Empereur a cédé aux supplications des propriétaires et de Joséphine qui voyaient la ruine prochaine de leurs plantations martiniquaises en friche, faute de main d’œuvre qualifiée…

Ce fut une erreur mais une erreur pardonnable à mes yeux… surtout pour un homme de génie qui construisait l’Europe de Paris à Moscou il y a 200 ans… la bêtise de son entourage direct et les trahisons des élites européennes ont ruiné ce projet grandiose et possible.

Concernant l’esclavage, remarquons que rien n’a changé depuis… sauf une version améliorée, plus moderne de l’esclavage qui ronge le village global…

Napoléon aurait-il donné les quelques euros, que nous payons à regret à nos esclaves actuels, qu’il eut été pardonné… il ne l’a pas fait… cela reste donc une faute… un détail de l’histoire.

Je peux faire quelques concessions tardives à Huguette au sujet de Éric Zemmour qui n’est effectivement pas à la portée des innombrables analphabètes… mais je ne céderai pas un pouce de terrain sur l’Empereur auquel je pense souvent en buvant mon café dans le petit matin qui se lève… preuve que les morts vivent éternellement dans nos pensées depuis que les paradis ont disparu.

La confiance se mérite, elle ne se donne pas… non seulement elle se mérite mais elle doit même se mériter dans la durée… une fois accordée, le pire des crimes, assez classique, reste bien la trahison de la confiance donnée…

Depuis Judas Iscariote, seul traître convenable, puisque sans lui toute la fable s’écroulait, la race des traîtres s’est multipliée, complétée par les corrupteurs, les criminels et les cinglés.

Ne riez pas, amigos, nous vivons dans un monde de cinglés et nous l’ignorons la plupart du temps… vous n’imaginez pas les ruses de ces cinglés pour paraître normaux, dignes de votre confiance, prêts à trahir par amour de l’argent, des femmes ou du pouvoir… les cinglés sont partout et je ne débloque pas… c’est vous qui débloquez si vous n’en prenez pas conscience.

J’ai été tellement trahi dans ma vie que j’ose à peine faire confiance à mon chien… Wouaki, mon adorable dogue allemand, sait qu’elle doit aujourd’hui, comme chaque jour, mériter mon affection… la majorité des humains va trahir… ce n’est pas un risque… c’est une certitude… la seule vraie question est… quand ?

J’espère que personne n’a manqué hier soir ‘Secrets d’Histoire’…. Stéphane Bern, la bouche en cœur, nous a raconté l’Empereur… un documentaire historique que je vais savourer en boucle si j’arrive à l’enregistrer…

Outre ses deux épouses légitimes, Napoléon n’aurait eu que cinquante-deux maîtresses et deux bâtards… C’est la ravissante Pauline Bonaparte qui rabattait les jolies biches vers la couche impériale… juste pour emmerder Joséphine que les Bonaparte haïssaient sans raisons.

Cinquante-deux maîtresses à un tel niveau de pouvoir me semble une fort modeste performance… Nous en aurions mieux usé, je pense… Stéphane nous en remet une couche, en grand spécialiste de la femme… L’empereur n’aurait été qu’un mauvais amant, une sorte de violeur à la hussarde…

Pire, la nature ne l’aurait pas gâté au niveau des organes… inutile de vous préciser que j’ai trouvé cette information intime du plus mauvais goût… on ne critique pas impunément la majesté d’un organe impérial… qu’importe la taille pourvu qu’elles aient apprécié l’orgasme offert au pouvoir.

Tout y est passé… les châteaux, les amours, les victoires, la gloire, les défaites, les trahisons, l’île d’Elbe, les cent jours, la plaine de la rencontre, Grenoble, Waterloo, Sainte Hélène et l’infâme Hudson Lowe que l’histoire jugera sévèrement quand elle en aura le temps…

Bref, un moment de bonheur intense pour Vilain Coco qui s’est longtemps pris pour une réincarnation du grand homme jusqu’à ce que les héritiers de Freud l’en guérissent difficilement…

Ce n’était en fait que l’état d’un subconscient compressé par un méningiome bénin… Voilà qui se soigne mieux, plus facilement, que le conscient incurable.

Je me suis endormi ému, au bord des larmes, en rêvant Lodi, Arcole, les Pyramides, Jaffa, Austerlitz, Wagram, Eylau, Borodino, Moscou, Paris, les adieux de Fontainebleau, la villa Molini à Portoferraio, le retour, la rencontre près de Grenoble, Waterloo, Longwood à Sainte Hélène… la mort de son seul amour, sa créole Joséphine, dans son adorable Malmaison… les débauches éhontées de la nymphomane Habsbourgeoise qui se roulait dans la paille entre les bras de Neipperg, un officier borgne, ou des laquais vigoureux… lamentable chienlit après avoir étreint la gloire.

Abandonné de tous, Napoléon s’éteint douloureusement sur son rocher… l’Aiglon impérial, honteusement rebaptisé duc de Reichstadt, agonise seul à Schönbrunn, en uniforme blanc d’officier autrichien…

Cette famille de dégénérés autrichiens ne mérite décidément que le mépris des braves… Si nous évoquons les grognards, il faut aussi citer les traîtres… J’adore les histoires de trahisons, ces incontournables traîtres, humains, trop humains…

Alexandre d’abord, le versatile Tsar bellâtre du radeau de Tilsit… La perfide Albion toujours à l’affût d’un coup pourri… Ney, l’imbécile courageux… Murat, le beau-frère aussi emplumé que prétentieux… Grouchy, sourd aux canons… Bernadotte, oublieux de qui l’avait fait roi… Talleyrand – Fouché, les corrompus de l’époque, les Blatter, Platini, Valcke de la FIFA impériale…

La famille Bonaparte, enfin… des incapables goinfrés de richesses et d’honneurs, un clan de corses médiocres, enrichis par ses soins, dans lequel il n’avait, comme d’habitude, pas fait le tri obligé…


(*article initialement publié sur Facebook le 05-01-2015)

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