Avoir mal aux autres

Avoir mal aux autresGeorges Brassens, Léo Ferré, Jacques Brel, les copains d’abord, s’adoraient comme des frères… Trois écorchés vifs qui voulaient partir ensemble en croisière hauturière pour chanter la poésie au milieu des océans…

Un projet avorté puisque Jacques Brel est mort avant de pouvoir concrétiser ce rêve d’enfant.

En parlant de ses amis, le grand Jacques trouvait encore la force de nous dire… ‘J’aime ceux qui ont mal à l’autre’…

Coup de tonnerre dans ma tête… Pendant soixante-dix ans j’ai trop aimé ce qui me faisait mal à moi-même, pas assez ce qui faisait mal à l’autre.

Enfin un sens éclatant à la vie. L’heure est venue de ne plus aimer que… ceux qui ont mal à l’autre… ou mieux encore, d’avoir soi-même mal à l’autre… J’ai soudainement compris dans un éclair fulgurant pourquoi j’ai tant aimé l’Afrique. Elle m’a offert le plus merveilleux des cadeaux… ‘Avoir mal à l’autre’.

Charité bien ordonnée commence par soi-même vous diront les cathos qui rechignent à déposer quelques piécettes jaunes dans la barrette du curé. Ils n’ont pas complètement tort car il faut d’abord construire les moyens d’une stratégie altruiste.

L’ennui avec les cathos, c’est qu’ils démarrent assez bien pour généralement terminer assez mal…accumuler n’est pas leur problème… se dépouiller reste la très rare exception qui confirme leur règle charitable.

En fait, ils n’ont mal qu’à eux et leurs familles insignifiantes qui signifient pourtant tout à leurs yeux… Ces familles ne sont pourtant que la partie émergée de l’iceberg… pas nécessairement la meilleure partie même s’ils s’obligent à y croire, à le penser, bien à tort…

Se battre pour une famille est évidemment louable mais est-ce bien suffisant ? Je suis persuadé du contraire… il faut dépasser ce fruit trop incertain du cycle animal pour aller à l’essentiel. Avoir mal à l’autre, voilà qui donne un véritable sens à une vie humaine.

J’en avais auparavant vaguement conscience mais ce n’était pas prioritaire pour l’hédoniste égotique que j’ai été durant 70 ans. Je découvre aujourd’hui que c’était une voie sans issue. L’observation attentive de mes semblables m’a convaincu, un peu tard, que la toute grande majorité d’entre nous faisait aveuglément fausse route…

L’éternel retour du même, malheureusement en pire quand on entre en ‘Décadence’ comme l’affirme, à juste titre, Michel Onfray…ma salutaire lecture du moment.

Cette pensée lumineuse de Jacques Brel et de ses copains-poètes me donnera la force de me reconstruire moi-même… de préférence en mieux… Je veux dorénavant avoir mal aux autres même s’ils ont rarement eu mal à moi… je l’ai vécu dans ma chair comme tant d’autres… quelle banalité d’ailleurs.


(*article initialement publié sur Facebook le 21-02-2017)

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