La mort

Un retraité de 76 ans qui ne réfléchit pas à sa mort prochaine est un imbécile… l’Imam n’est pas un imbécile… il est donc assez normal qu’il vous livre sa pensée lucide sur un événement aussi normal.

La MortDans une autre vie, sénégalaise celle-là, j’ai pu constater la banalité de cette mort qui frappe sans arrêt des africains trentenaires, quadragénaires… on passe son temps à accorder des congés à une domesticité pléthorique qui se doit d’assister à l’enterrement d’un proche parent, décédé trop jeune.

Au moins ces jeunes morts auront du monde pour les accompagner dans la tombe… un jeune mort fait salle comble dans les lieux de cultes… comme d’incinération… un vieux mort n’attire plus à l’église que quelques vieilles bigotes égarées qui cherchaient le chemin de la boulangerie…

La mort étant un exercice solitaire, il faut pourtant se réjouir de mourir vieux pour éviter les hordes de casse-pieds qui oseraient encore troubler cet ultime moment de paix reposante après le dur labeur d’une vie bien remplie.

J’y pense chaque soir en m’endormant… J’imagine souvent que je ne me réveillerai pas… pourtant je m’endors sereinement dans cette petite mort qu’est le sommeil mérité après une journée épuisante…

Opéré à deux reprises du cerveau… huit heures durant… je n’ai pas eu la moindre hésitation à subir les deux anesthésies générales successives… deux autres petites morts, mais trop rapprochées… la seconde présentait même un sérieux risque d’accident cardiaque pour un homme de mon âge… même pas peur… rien à foutre… à la guerre comme à la guerre… la victoire en chantant.

Ce qui nous fait craindre la mort, ce n’est au fond que la souffrance potentielle qui l’accompagnerait… une mort paisible n’est souffrance que pour ceux qui vous aimeraient encore… ne craignez rien, ils seront rares à vous pleurer longuement…

Partout la vie reprend immédiatement ses droits… Comme les morts de Charlie Hebdo ou du Bataclan, les cadavres de Nice sont encore chauds… Voilà que les morts Turcs viennent déjà de les faire tous oublier… en attendant les suivants.

L’idée de la mort ne devrait nullement vous enlever le goût de remplir votre vie… Elle n’en est finalement que le couronnement, l’apothéose qui en définit très exactement le prix… une vie creuse ne vaut pas un radis… une vie pleine n’a pas de prix… c’est la qualité, la rareté, qui fait le prix du produit… le prix n’est payé qu’à la livraison de la caisse à domicile…

Inutile de vous préciser que la vie, qui s’achève, de l’Imam Atonique est impayable pour le commun des mortels même si certains cons ont imaginé pouvoir se l’offrir pour des cacahuètes dans leur infinie médiocrité répugnante…

Pauvre Imam triste qui ne demandait rien sauf de faire encore un peu de bien autour de lui… c’en était trop pour quelques escrocs pouilleux…

Alors, pourquoi pas une prochaine mort paisible sous le fin crachin belge après ce long calvaire d’imbécilités sénégalo-belge sous le soleil généreux de Casamance… Pourquoi pas encore une mort plus festive à Boucotte si mes rêves reprenaient forme… j’aimais bien mes rêveries.

Les choses qui me dérangent dans la mort seraient d’abord cette souffrance potentielle, mais surtout les regrets de tout ce que j’aurais voulu faire… ce que je n’ai pas fait… ce que je ne ferai plus jamais… mais d’autres le font déjà tellement mieux que je n’aurais jamais pu le faire… le reste m’indiffère complètement…

Ah, quand même… épargnez-moi cette atrocité, cette ultime torture de la vie éternelle à laquelle aspirent les plus cons d’entre nous… Le repos éternel, oui… la vie éternelle, non… pitié.

Rêver de dormir, ne rien foutre, profiter d’une misérable assistance sociale sur cette terre pour espérer la consolation d’une vie éternelle dans les paradis artificiels des religieux hystériques… voilà bien la proposition la plus terrifiante qu’on m’ait jamais faite…

Epargnez-moi les houris, les eaux cristallines, les fruits mûrs, les vertes prairies, les anges musiciens, les dieux vengeurs, les affreuses retrouvailles familiales… Pitié, Tomas de Torquemada… le bûcher, le sabre, la hache, la corde, la question, tout mais pas la vie éternelle… c’est trop de cruauté.

Je l’écris alors qu’Aton vient de percer l’épaisse couche de nuages gris sur le Royaume de Gotha… Soleil d’Austerlitz pour me rassurer durant ma brève glossolalie de ce midi… Aton à son zénith souriant… mon vieux complice trinitaire se marre en écoutant ma supplique… ‘Va vivre, Coco… ton heure viendra… l’heure du repos mérité… l’heure de la paix enfin trouvée.

Une chose qui m’emmerde est l’emplacement de ma tombe trop proche de l’océan… Il me faudra bien mourir un jour… mais si possible au sec, sur la terre ferme, sans devoir affronter ensuite les flots furieux de l’Atlantique déchaîné… Je ne le connais que trop bien… Sans alcool, l’océan est une perspective terrifiante…

Mourir alcoolique, obèse, fumeur, empoisonné, atomisé ou camé… cela change quoi ?   (VC 1.1)


(*article initialement publié sur Facebook le 17-07-2016)

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