Le dimanche du Christ-Roi

Il y a belle lurette que je ne fous plus mes pieds dans une église sauf pour aller y enterrer mes amis qui se font, bien évidemment, de plus en plus rares depuis que je préfère les suivre que les y précéder… Pourtant, vous ne me croirez pas, il ne se passe pas un dimanche sans que je ne consulte les élucubrations catholiques dominicales sur la toile… de délicieuses lectures de sottises à la mitrailleuse pour fortifier mon athéisme militant, coulé dans le béton de mes nombreuses lectures bibliques.

Dimanche dernier était donc le dimanche du Christ-Roi, ce fils du père invisible sauf pour ses rares disciples qui profitèrent de son hypothétique passage sur terre pour admirer ses extraordinaires tours de magie… un type qui marche sur l’eau, qui ressuscite les morts, qui multiplie les pains comme les poissons, qui transforme surtout l’eau en vin avant de mourir crucifié pour renaître aussitôt avant de monter aux cieux vers le Père… voilà qui n’est pas banal…

On peut ainsi comprendre l’enthousiasme prosélytique qui animait la quinzaine de pécheurs, pêcheurs pouilleux, qui se chargèrent de diffuser la bonne nouvelle soutenue par une abondante littérature surréaliste… vous comprendrez donc que je m’en régale comme je me régale de celle de ses ancêtres hébraïques, celle de ses successeurs islamiques.

Vous noterez qu’on passe du plus compliqué, étant les Torah-Talmud juifs, vers une version plus moderne, la nouvelle bible catholique, juste compliquée tout en se simplifiant, pour finir avec le Coran, le dépouillement maximum, une simplissime simplicité, la dernière version des religions du Livre à destination des masses incultes, de préférence analphabètes…

J’attends avec impatience une édition plus moderne, encore améliorée, que je suggérerais en seules images, genre bandes dessinées, quelques textes en Rap, la culture Hip-Hop d’une superbe jeunesse qui ne pourra bientôt plus ni lire, ni écrire, ni calculer, au point de se demander si elle sera encore capable de s’exprimer sérieusement dans une langue quelconque… il n’est pas interdit de rêver qu’elle se taise définitivement… la vieille garde n’y verrait pas grand inconvénient.

Mais revenons à la Sainte Liturgie de ce Dimanche du Christ-Roi… elle est importante car elle évoque en Saint Matthieu (25, 31-46) la manière dont nous serons traités lors d’un jugement dernier que nous aurions tout lieu de craindre… En effet, le Christ-Roi sur son trône glorieux rangera les gentilles brebis à sa droite, les méchants boucs cornus à sa gauche… les douces brebis iront à la sinistre vie éternelle tandis que les boucs, aux cornes du diable, se dirigeront, en larmes, vers le châtiment éternel… Ecoutons la Parole du Seigneur.

De tels sombres présages me glacent évidemment le bas du dos avant de me griller la plante des pieds dans les dévorantes flammes du Tartare… Croyez-moi tous, si m’en croyez… vous mesurez fort mal le drame qui menace chacun d’entre nous au jour du jugement dernier, au lendemain de cette Apocalypse dont la seule description biblique devrait vous emplir d’une religieuse terreur.

Ma pauvre mère décédée fort jeune, à 97 ans tout de même, me confirmait qu’elle craignait comme la peste cette comparution au tribunal de Dieu… ‘J’arrive au ciel, me confiait-elle sombrement, avec un bien faible bagage’… Pauvre Mammy qui avait complètement raté l’éducation chrétienne de ses chers petits… quatre garçons ratés… un suicidé, trois débauchés, un athée militant… Allez-vous défendre devant de célestes magistrats intègres, justes mais sévères, après une telle trahison du devoir féminin le plus sacré… l’éducation éminemment religieuse de son abondante progéniture.

Qui défendrait une telle cause perdue d’avance… les meilleurs ténors du Barreau de Groland savent qu’il ne leur reste plus qu’à reconnaître des faits avérés, plaider à la rigueur les circonstances atténuantes, tenter d’émouvoir un jury élitiste qui choisirait alors entre une affreuse condamnation pour l’éternité ou une indulgente perpétuité qui permettrait d’espérer, peut-être un jour lointain, une remise de peine pour bonne conduite après un passage dans les affreuses géhennes de Lucifer…

Avec sœur Marie-Dominique Trébuchet (sic), sœur Marie Noëlle Thabut (sic), le Révérend Père Fournier… chantons ensemble le sublime Psaume 22/23 du prophète Ezekiel… ‘Le Seigneur est mon berger… je ne manque de rien… sur des prés d’herbe fraîche… il me fait reposer.’… cette vision toute bucolique d’une création proprement immonde ne manque jamais de séduire les misérables miséreux qui s’endorment épuisés, affamés, le soir en haillons troués sur de puantes déchetteries, les décharges encore fumantes du Caire, d’Alep, Raqqa ou Calcutta.

Jean Guitton, éminent philosophe catholique, adorait discuter de Dieu et de la Science avec Igor et Grichka Bogdanov, deux discutables scientifiques aux allures d’extraterrestres… Moins bon que les conversations du penseur athée, Jean-François Revel, avec son fils Matthieu, scientifique bouddhiste malgré le Ricard… Jean Guitton avait même tardivement imaginé des dialogues humoristiques décrivant sa propre inévitable comparution au Tribunal des Sages…

François Mitterrand aurait consulté Jean Guitton six mois avant sa mort pour éclairer sa réflexion sur ‘l’Au-Delà’… Inutile de vous préciser que le Président inquiet en était sorti bredouille avec des élucubrations du vieux sage sur une échelle des mystères qui ne conduisait nulle part puisque le dernier barreau restait bien la seule mort qui précédait cet ‘Au-Delà’ dont le philosophe fumiste avouait ne strictement rien savoir.

A entendre Jean Guitton, la religion ne serait pas ce monument d’absurdités Mitterrandiennes mais plutôt le mystère nécessaire pour donner du sens à notre passage sur cette terre de misères… l’absurdité, elle, ne serait qu’un néant qui ne justifierait alors qu’une balle dans la tempe… le mystère, lui, serait une échelle mystique dont il faut patiemment grimper les barreaux successifs jusqu’au dernier… le barreau de la mort, celui qui précéderait le grand mystère d’un ‘Au Delà’.

Le ‘Credo quia Absurdum’ de Tertullien, le ‘Credo ut Intelligam’ de Saint Augustin… ‘Je crois parce que c’est absurde’, ‘Je crois pour comprendre’… Réconciliation de la Foi et de la Raison ? J’adore lire ces masturbations intellectuelles des sommités philosophiques catholiques qui tentent de nous démontrer l’indémontrable…

Mais entre l’absurdité et l’ineptie, les frontières deviennent rapidement fragiles comme nous l’aurait certainement confirmé un François Mitterrand affaibli, grand expert en branlettes politiques, venu mendier une lumière inepte dont il savait pertinemment bien qu’elle allait définitivement s’éteindre au royaume de l’absurdie.

La dernière tentation philosophique n’est plus alors que celle du pari de Pascal, la lâcheté ultime de ceux et celles qui refusent d’admettre le non-sens de la vie sauf l’immense bonheur de pouvoir la vivre sans être obligé de devoir donner un sens religieux sous forme d’une épuisante éternité alors que la finitude du néant athée devrait nous apparaître comme tellement plus reposante.

Pourquoi la perspective du néant ne mériterait-elle qu’une balle dans la tempe ? Nous aurions plutôt tout à craindre de cette éternité dont il nous serait alors impossible de nous débarrasser par cette balle dans la tempe… Alors, condamnation à mort ou condamnation à l’éternité ? En ce qui me concerne, condamnation à mort sans la moindre hésitation… vous, c’est vous qui voyez… mais il ne faudra pas revenir vous en plaindre.

Mon Dieu, pour une fois soyez enfin bon, épargnez-moi votre calvaire éternel. (VC 1.1)

Vilain Coco

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