Tolérer l’intolérable

Bruxelles est actuellement en travaux sur pratiquement tous ses grands axes de pénétration… le centre de la capitale est en outre livré aux pillages organisés par une racaille cagoulée… Les petits commerces ferment les uns derrière les autres, avant faillite inéluctable, faute de clients, faute de stationnements supprimés, vu des plans d’immobilité surréalistes, des travaux paralysants, une désertification massive des zones de chalandises grâce aux décisions imbéciles de politiciens déconnectés, sourds, aveugles au sort funeste de leurs petits boutiquiers locaux.

Il est vivement conseillé aux Bruxellois de ne plus sortir de chez eux avant 10h00 du matin pour y revenir impérativement avant 17h00 du soir… à moins d’aimer patienter des heures à l’arrêt dans leurs limousines immobilisées en écoutant les dernières actualités des radios belges… Une belle occasion, il est vrai, d’admirer la nouvelle longueur des trams-fous, de compter le nombre de bus-bolides omniprésents, de jalouser les nouvelles pistes cyclables, de rester extrêmement attentifs aux innombrables passages de piétons menaçants, aussi inconscients que prioritaires.

L’avenir du véhicule automoteur à combustion est clairement remis en question dans nos bonnes villes du Royaume de Groland… Le véhicule électrique sera provisoirement encouragé pour faire rapidement nager les poissons dans la nasse objet de la future rage taxatoire… Idéalement, il faudrait évidemment abandonner le véhicule individuel pour fréquenter les transports en commun.

Problème… les transports en commun sont tous sous la coupe du terrorisme syndical qui se moque bien d’une clientèle de ploucs continuellement baladée entre les grèves de trains, trams, bus, avions, bagagistes, aiguilleurs, policiers, pompiers, cheminots, éboueurs, services publics… la Belgique doit certainement détenir un triste record annuel des journées de grève malgré sa longue pratique de ce qu’on appelle, non sans humour, l’indispensable concertation sociale.

Visiblement, le modèle du consensus mou à la belge tourne carré depuis que nos socialistes aux abois se sont jurés de chatouiller le grand Satan-Libéral… MR-NVA… dirigé par Charles Michel et Bart De Wever… les socialistes belges craignent évidemment de connaître le même sort que leurs camarades français laminés par la République en Marche vers les boues sombres de l’Achéron.

Les socialistes de Benoît Hamon avait imaginé comme planche de salut… le Revenu Universel de Base… une évidence futuriste qui n’aura pourtant pas séduit grand monde… Elio Di Rupo a retenu la leçon… c’est un rusé coquin… sa dernière trouvaille opportune n’est autre que la semaine de quatre jours qui devrait surtout sauver le socialisme agonisant en créant une casse-tête pratique dans les écoles, les hôpitaux, les administrations, les entreprises.

Autant j’étais favorable au Revenu Universel de Base, autant je considère comme grotesque cette semaine de quatre jours… Pourquoi pas zéro jour… cela ressemble à ces catastrophiques congés Récupération de Temps de Travail, les fameux RTT à la française… je me souviens avoir expérimenté cette trouvaille géniale dans notre filiale de Toulouse-Blagnac… il n’y avait plus moyen d’organiser une réunion de direction avec présence garantie de toutes le personnes indispensables… il a fallu menacer cette filiale de fermeture pure et simple pour pouvoir tenir nos réunions dans des conditions normales.

Mes cadres locaux ont rapidement compris qu’une absence justifiée par une telle sottise RTT était une véritable condamnation à mort prononcée par mes soins attentifs… Je n’avais pas une minute à perdre avec des cons qui se la jouent perso dans une organisation dont la principale force réside dans la cohésion de son équipe de management avec des troupes en ordre de bataille.

On ne réalise rien de grand tout seul… c’est une certitude… mais on ne réalise rien de grand non plus avec des saboteurs venus de l’intérieur qui ruinent l’esprit combattant, celui qui doit absolument régner pour simplement survivre… c’est tout le paradoxe du syndicalisme actuel qui sous couleur de prétendre défendre les classes laborieuses en devient rapidement son pire ennemi.

Une immense majorité de petits et moyens patrons, sobres entrepreneurs créatifs, reconnaissent évidemment la nécessité d’entretenir un climat de confiance, un dialogue constructif, avec leur personnel… Par contre, ils ne peuvent pas tolérer un cancer syndical qui viendrait ruiner leurs efforts de vaincre les montagnes de difficultés extérieures pour les PME-PMI dans un pays en crise perpétuelle.

De nos jours, l’entrepreneur-créateur a malheureusement souvent cédé sa place décisive à des managers-gloutons, à des fonds d’investissements voraces, à des actionnaires trop anonymes… ces patrons-voyous perdent souvent complètement de vue ceux qui les ont fait Rois…

Dans la vie des affaires, j’étais parti avec un à-priori favorable à cette action syndicale, à ce soi-disant dialogue constructif… Naïvement, je le trouvais normal, utile, salutaire, voire même rentable… l’hostilité affichée, l’agressivité coutumière, la familiarité déplacée, les exigences impayables, la bêtise de leurs élus, m’ont rapidement fait déchanter en mesurant les graves dangers de ces saboteurs de l’intérieur… il a donc bien fallu les mettre au pas par tous les moyens disponibles… ils sont heureusement nombreux.

Une fois encore se pose un véritable problème de taille… le gigantisme veut ignorer la dimension humaine de nos activités économiques… la course meurtrière à la croissance détruit, sans le moindre état d’âme, le tissu social pour ne laisser derrière elle que misère, malheur, champs de ruines… Nous vivons aujourd’hui dans cette démesure anonyme, inhumaine, qui pourrait alors expliquer la virulence insupportable de l’action syndicale…

Non seulement nous subissons les conséquences dramatiques du gigantisme mais nous en sommes souvent, directement ou indirectement, les principaux artisans… Nous voudrions tous retrouver nos sympathiques petits commerces locaux mais nous préférons faire nos courses, à bas prix, dans les grandes surfaces… Nous voudrions tous des produits de qualité mais nous refusons d’en payer le juste prix… Nous détestons tous la dictature des multinationales qui nous considèrent comme un vulgaire marché potentiel, une bouillie d’humanité malodorante, mais nous pleurons tous pour qu’elles viennent s’installer dans nos villes ou nos campagnes en voie de désertification.

Nous sommes perdus dans nos contradictions intérieures, nos individualismes forcenés… ils nous empêchent de construire collectivement un raisonnable bonheur de vivre mieux partagé… En route donc vers la ferme des mille vaches, les porcheries géantes, les poulaillers gigantesques, les œufs aux glyphosates cancérigènes, les viandes empoisonnées aux farines gorgées d’antibiotiques, les poissons imbibés de mercure, les beaux légumes à base d’OGM, les déforestations ravageuses, les cultures intensives.

Zeus rend fous ceux qu’il veut perdre… nous sommes clairement devenus fous, nous allons donc nous perdre… ce n’est même plus un risque, c’est une certitude… il me suffit d’apprendre hier soir que l’Europe, dans son immense sagesse proverbiale, vient de prolonger pour cinq ans l’utilisation des glyphosates criminels de Monsanto-Bayer… En fumant ma quarantième Marlboro, j’ai compris que nous péririons demain sous les décombres délirants de notre aveuglement collectif.

Le Léviathan est en marche pour les pessimistes… Les optimistes, qui auraient toujours raison, continueront à le nier, l’ignorer, à savourer leurs minuscules bonheurs individuels dans un océan de misères collectives… la stratégie des trois singes, le sourd, le muet, l’aveugle, nous aideront à tolérer l’intolérable contre lequel il est effectivement devenu vain de vouloir se défendre.

La misère du monde est trop lourde pour le pessimiste, trop légère pour l’optimiste. (VC 1.1)

Vilain Coco

 

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