Interdiction

On y est… décembre déjà… la neige en plus… on entre dans la dernière ligne droite de cette année 2017 qui reste avec 2016 la pire période de ma vie… une sorte de Moyen-Age obscurantiste qui doit annoncer la Renaissance de 2018… le calvaire vécu sur tous les fronts ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir si Aton, seul vrai dieu visible dans sa Trinité solaire, me maintient dans cette excellente forme physique dont j’ai évidemment besoin pour réaliser mes trop nombreux projets…

Décembre, ce mois des fêtes avec un Saint-Nicolas noir, sans croix, crosse, mitre épiscopale, accompagné de son Père Fouettard, colon blanc, pour semer la terreur parmi les petits enfants qui seront toujours sages comme des petits moutons pour recevoir plein de bonbons dans leurs petits souliers alignés dans l’âtre… Je fêterai Saint-Nicolas le 6 décembre à Sainte Elisabeth dans le tube d’imagerie médicale pour une résonance magnétique de contrôle… je dois vérifier ce maudit méningiome bénin opéré en 2014 à Erasme, puis à la clinique ‘la Madeleine’ de Dakar… Rien à craindre, je pense, mais un checking évidemment nécessaire.

Ce sera ensuite la Noël avec son Père Noël, inventé par Coca-Cola, dont mes parents ne voulaient pas entendre parler… Nous ne parlions jamais du Père Noël à la maison… Nous fêtions la naissance du petit Jésus avec distribution de cadeaux après une messe de minuit dans la chapelle du Sacré-Coeur d’Ixelles… Ma tante Geneviève, sœur aînée de Mamy, en était la mère supérieure… c’était fort long car, compte tenu de l’importance de cette événement peu banal, le prêtre célébrait non pas une mais trois messes successives, toutes agrémentées de lectures, chants et sermons.

A cette époque, j’aimais encore cette pieuse atmosphère familiale bercée des chants de Noël… je me souviens de… ‘Il est né le divin enfant, chantons tous son avènement’… ‘Les anges dans nos campagnes ont entonné l’hymne des cieux’… ‘Minuit chrétien c’est l’heure solennelle où l’enfant-dieu descendit jusqu’à nous’… ‘Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer’… ‘Entre le bœuf et l’âne gris’… ‘Douce nuit, sainte nuit’… Nous chantions à gorges déployées pour éviter de nous endormir durant la trop longue cérémonie.

C’était ensuite le retour à la maison de la rue Forestière… Mamy s’enfermait dans le salon du bel-étage pour illuminer son énorme sapin blanc, jeter un dernier coup d’oeil à la présentation de ses emballages-cadeaux… Maria Sarrachi, notre merveilleuse mère italienne, s’affairait en cuisine pour préparer un léger dîner de fête… les quatre fils Logé trépignaient d’impatience à la joyeuse perspective de découvrir enfin leurs surprises aux pieds de la sainte crèche sous le sapin.

Le lendemain de Noël, c’était un gigantesque déjeuner d’une famille au grand complet chez les Geradon de la place Leemans, présidé par la tante Mamite et l’oncle Pitou, un homme très impressionnant… les enfants jouaient de petites saynètes soigneusement mises en scène par nos cousines plus âgées… Cécile, Ginette, Chantal… ‘La cigale et la fourmi’… ‘Le chat, la belette et le petit lapin’… de quoi préparer mon éphémère carrière théâtrale avant d’exercer mes talents d’acteur dans le monde des affaires.

Très vite après Noël, les fêtes de la Nouvelle Année… Chez les Logé, elles ne donnaient lieu qu’à un dîner de famille… caviar osciètre de chez Bernard pour les parents, caviar pressé pour les enfants, les délicieux filets de biche ou de marcassin de Maria, le gâteau ou la glace à la meringue… le programme en noir et blanc de l’ORTF en attendant les douze coups de minuit qui donnaient rapidement le signal du coucher.

Les fêtes de décembre me paraissaient alors simples, douces, belles, joyeuses… Aujourd’hui, autant vous l’avouer, elles m’ennuient à périr… Autant j’aime m’amuser quand j’ai envie de m’amuser, autant cette espèce d’obligation de m’amuser quand on me le demande me donnerait plutôt l’envie de faire la gueule et d’aller me coucher… je sais que je suis contrariant comme le soulignait Maria, ma mère italienne… Elle me surnommait déjà… ‘Bastien Ccontrario’… que voulez-vous ? On ne se refait plus à mon âge.

Je racontais mercredi dernier à mon ami, Marc David, les vertes remarques du gérant de notre immeuble qui insistait pour que je cesse de marcher sur les pelouses de l’immeuble… elles sont en effet garnies d’un panneau qui en interdit l’accès, qui vous ordonne de tenir vos chiens en laisse… Je précise que les-dites pelouses ne sont plus que des paquets de mousses spongieuses étouffant quelques rares brins de mauvaises herbes…

Je qualifierais plus volontiers ces espaces verts de ‘prairies à vaches’, réservant le terme distingué de ‘pelouses’ aux tapis peignés des terrains de tennis anglais, l’herbe tendre de Wimbledon ou du Queens… En bon soixante-huitard attardé, j’ai bien retenu qu’il était interdit d’interdire… je circule donc sur les prairies à vaches de mon immeuble cossu… James-Patate Logé, mon bichon maltais, arrose joyeusement les pissenlits en savourant sa totale liberté…

Tout l’immeuble m’observe médusé… il faut reconnaître aux bourgeois belges une grande faculté d’adaptation moutonnière à toutes règles édictées par une autorité quelconque, même et surtout si ces règles sont complètement idiotes… Edith, ma concierge qui est également ma technicienne de surface, m’a fait part mardi dernier du vif mécontentement de mes cohabitants qui alimentent de sournoises rumeurs négative sur mon détestable comportement bucolique… la bêtise triomphe donc comme de coutume… Coeur de cible, résultat obtenu, j’en suis évidemment ravi.

Mon ami, Marc David, s’amusait mercredi midi de cette historiette bon-enfant soulignant l’erreur grave de ce gérant d’immeuble qui me connaît visiblement fort mal… ‘Ce gérant est assez con’ me confiait Marc… il lui suffirait d’enlever le panneau actuel pour le remplacer par… ‘Il est obligatoire de circuler sur les pelouses pour dégager la voie carrossable, il est interdit de priver les chiens de leurs libertés’.

Marc a raison… devant de tels ukases d’un patriarche autorisé, j’aurais immédiatement déserté les prairies à vaches, emprisonné mon adorable James-Patate pour me promener avec lui sur cette voie aussi déserte que carrossable… En fait, j’ai une sainte horreur qu’on m’impose des sottises tout en acceptant volontiers les rares obligations normales, évidentes, parfois intelligentes.

Plutôt que de faire la fête en décembre, je vais plutôt me concentrer sur la mise en ordre de mes multiples dossiers judiciaires, documenter mes avocats, préparer les actions suivantes si personne ne voulait finalement entendre raison… 2018 doit être l’année de la Renaissance, celle des projets retrouvés, celle de l’amitié vraie au soleil de Casamance.

En 2018, plus personne ne pourra venir troubler ma sérénité enfin retrouvée… ceux qui s’en aviseraient trouveraient en face d’eux une solide équipe soudée qui leur ferait regretter leur audace déplacée… A bientôt 77 ans, je pense avoir largement gagné le droit de demander qu’on me foute la paix… Attention, il ne s’agit plus de m’endormir sur mes lauriers, un sommeil dont je mesure mieux aujourd’hui les lourds dangers… il s’agit maintenant de profiter de cette paix intérieure retrouvée pour construire un nouveau cercle vertueux dans un pays que j’aime avec les gens, les amis que j’aime…

Le reste ne m’intéresse pas, je n’en ai plus le temps… il faut maintenant d’urgence terminer les travaux autrefois initiés, remettre en activité opérationnelle les responsabilités que d’autres ont lâchement abandonnées.

Il n’y avait pas moyen de faire pire que 2016 – 2017… 2018 sera l’année du bonheur retrouvé, une belle opportunité de faire la fête toute l’année au lieu de me contenter de la vulgarité commerciale de fêtes mercantiles obligées… le mois de décembre n’est finalement que le plus désagréable à vivre durant toute une année festive qui pointe déjà le bout de son nez.

On ne reçoit jamais la liberté, on la prend. (VC 1.1)

Vilain Coco

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