L’abandon de poste

Incroyable, l’Empereur du Japon, Akihito, aurait décidé de démissionner… tremblement de terre au pays du Soleil Levant… Un dieu vivant, un dogme de foi, qui abandonne ses fonctions, ce n’est pas une mince affaire… Vous me direz que nous avons bien vécu la mise à la retraite du Pape Benoît XVI, ce bon vieux Joseph Ratzinger épuisé, ce pape dogmatique qui a préféré les douceurs culinaires d’un couvent de bonnes sœurs, bigotes contemplatives, aux brutalités toutes cardinales des caïmans de la Curie Romaine.

Cette propension à l’abandon de poste, en pleines forces de l’âge, doit tout de même être sérieusement examinée avant qu’elle ne devienne une vilaine habitude… Ces monarques de droit divin sont pourtant rémunérés de manière exemplaire… Il ne s’agit donc pas d’invoquer des précarités financières qui les pousseraient à retourner dans le privé vu le peu d’attrait salarial des emplois publics… Je pourrais mieux comprendre une certaine lassitude à force de jouer les pots de fleurs dans des obligations protocolaires, toutes plus assommantes les unes que les autres.

Mais, bon sang, il y va quand même de tous les enthousiasmes d’un bon peuple aimant ou d’une communauté religieuse hallucinée… ils observent avec gourmandise ces symboles sacrés de la Patrie éternelle, de la Foi des charbonniers…

Vous imaginez Madame Chapeau se retirer dans sa propriété de campagne, au château de Balmoral, alors qu’elle viendrait de se commander trois nouvelles marmites à fleurs chez Harrod’s… Vous imaginez le Dalaï-Lama se retirer à Jérusalem alors que ses derniers bonzes tibétains, pas encore immolés par le feu, viendraient de lui offrir trois tuniques neuves taillées dans les rideaux d’un Temple de Katmandou, deux paires de tongs sorties d’un pneu recyclé, origine certifiée Goodyear.

Non, mais nous allons où comme cela ? Si nos élites se mettent à quitter les navires dans la tempête, il ne faudra plus s’étonner que les peuples hypnotisés partent en sucette… je dis cela et je ne dis rien mais je sais qu’il faut empêcher ces dieux sur terre, ces dogmes vivants, de se retirer dans des paradis artificiels auxquels ils accéderont sans nul doute, mais lorsque l’heure sera venue…

L’Empereur du Japon devrait donc rester en poste comme son vénérable ancêtre Hiro-Hito qui fut l’associé des bœufs américains lorsque Mac-Arthur, immense vainqueur du Pacifique, lui en fit poliment la demande au lieu de le traduire devant un Tribunal Pénal International pour crimes contre l’humanité… je prône, par contre, une certaine indulgence pour Joseph Ratzinger, devenu complètement sénile à force de pondre des encycliques illisibles sur les sujets les plus variés, en ce compris l’homosexualité patente, souvent pédophilique, de son clergé occidental… Heureusement pour lui, le clergé africain sacrifie encore très volontiers au culte de la culbute d’Aphrodite.

Epuisé par la sexualité déviante de son clergé comme par l’obstruction systématique de ses cardinaux gâteux, Joseph Ratzinger s’est finalement retiré, proche du coma végétatif, au monastère Mater Ecclesiae dans les jardins soignés de la Cité, juste à côté de Radio Vatican… Une radio de divertissement dont je vous recommande l’excellente émission hebdomadaire qui consiste à réciter le chapelet deux heures durant… la répétition est clairement un élément du comique religieux… une manière assez élégante d’affirmer récemment le curieux dogme de la virginité de cette Marie de Nazareth dont nous fêterons tout prochainement l’anniversaire de la naissance à Bethléem de son fils unique, Jésus, l’enfant-dieu né d’une vierge.

Joseph dit le Juste, l’époux cocu de Marie de Nazareth, ne s’en serait jamais remis… Sur les conseils de Gabriel, mieux connu comme… la Poutre de Ouagadougou, il a fallu sanctifier Joseph pour acheter son précieux silence… ce charpentier pouvait aisément déclencher un cataclysme doctrinal, voire même un schisme… on comprendra donc la sage décision des autorités religieuses de l’époque qui décidèrent d’en faire un allié partant du principe de base que si vous ne pouvez pas le battre, il vaut alors mieux se l’associer.

Les dogmes de foi sont des concepts spécieux qui me remplissent de joie intellectuelle… vous vous contentez de répéter, ‘ad nauseam’, les pires conneries… Vous les confirmez dans une encyclique papale dont les dix premières lignes constitueraient déjà un excellent somnifère… Vous confiez ensuite le bidule à la Curie Romaine qui prépare la rédaction précise du texte dogmatique à faire entériner par un Concile comme dogme de foi… Vous jetez aux flammes du bûcher tout hérétique schismatique qui oserait mettre en doute le magister pointu de notre Très Sainte Eglise Catholique Romaine… un dogme est né… vous êtes priés de le respecter, de vous en accommoder, de le croire, de le répéter sans cesse à votre tour… le tour est joué

L’Église de la Rome d’Hélène et Constantin était assez avare de dogmes… il fallait d’abord consolider la fragile base installée, solidement décimée par les fauves affamés du Colisée… ce n’est que vers 325 après J.-C. que les autorités, enfin installées dans le fromage, se sont sérieusement mises au travail avec des élucubrations stupéfiantes d’inventivité.

– 325 : Le Fils, ‘vrai Dieu de vrai Dieu’, engendré non créé, consubstantiel du Père.
– 381 : Même bastringue pour le Saint-Esprit consubstantiel du Père… la Sainte Trinité était née.
– 431 : Marie est bien la Mère du Fils de Dieu… pas mal.
– 451 : Double nature du fils, à la fois Homme et Dieu… répétition inutile.
– 786 : Légitimité du culte des icônes… Un truc bizarre… mais après tout, pourquoi pas ?
– 1563 : Transsubstantiation lors de la consécration du pain et du vin en corps et sang du Christ.
– 1854 : Immaculée Conception de la Vierge Marie… Jésus conçu sans sale péché originel de chair.
– 1870 : Infaillibilité Pontificale… pas mal celle-là.
– 1950 : Assomption de la Vierge Marie montée au ciel avec son corps terrestre… surréaliste.

Finalement les pères fondateurs de l’Église étaient plus réservés que leurs successeurs récents… ils se sont contentés d’essayer de définir la Sainte Trinité, un bazar tellement compliqué qu’elle donne lieu à des explications masturbatoires, toutes plus tordues les unes que les autres, des acrobaties dialectiques à côté desquelles les cent meilleures positions du Kamasutra font figure d’exercices érotiques pour débutants boutonneux.

Le coup de la Sainte Trinité n’était à mes yeux qu’un coup d’épée dans l’eau… personne n’y comprenait déjà rien en l’an 381… tout le monde s’en foutait d’ailleurs cordialement… le sac de noeuds est donc passé comme une lettre à la poste… rien n’a changé depuis lors… Pour rire un peu, il faudrait organiser un micro-trottoir devant l’hôtel Métropole pour constater que personne sur le piétonnier bruxellois ne pourrait vous donner une explication canonique oprthodoxe de cette fameuse Sainte Trinité.

Pas mécontents des premiers résultats trop facilement obtenus, nos ecclésiastiques se sont alors lancés à la conquête de sommets vertigineux, partant du vieil adage connu… ‘plus c’est gros, mieux cela passe’… En avant pour la Transsubstantiation dans la consécration suivie par le sacrement de communion… l’Immaculée Conception de la Vierge Marie qui rejoint son fils en divine fusée interplanétaire… le clou de mon cercueil d’athée laïc reste tout de même le dogme de l’infaillibilité du pape quand il affirme sérieusement toutes ces balivernes à dormir debout.

Il ne faut pas chercher plus loin la raison des démissions récentes sans parler de celles qui surviendront probablement… A force de jouer des rôles qui ne correspondent pas nécessairement à leurs natures profondes… A force de raconter des sottises pour donner de la consistance, de l’épaisseur à ce qui n’en a pas… A force de se prendre pour un dieu, de se torturer les méninges pour imaginer les nouveaux dogmes de demain… les types craquent psychologiquement, physiquement, émotionnellement.

Les dogmes tuent les croyances alors qu’ils devaient les bétonner. (VC 1.1)

Vilain Coco

Laisser un commentaire