Carrefour

Tremblement de terre en Belgique avec l’annonce par ‘Carrefour’ de 1233 licenciements secs avec fermeture de deux hypermarchés en pertes abyssales… la nouvelle a rapidement fait le tour de la planète soulevant un tollé général dans townships sud-africains… il n’y a heureusement pas d’hypermarchés Carrefour à Dakar, Abidjan ou Kinshasa, faute de quoi les camarades africains se seraient empressés de les bloquer à l’ouverture de vendredi matin…

Cela ne sert strictement à rien mais la chaleur humaine dégagée par ces journées de libations constitue un excellent réconfort pour les condamnés à la misère… Les permanents syndicaux dont nous nous plaisons à reconnaître les hautes compétences en matière de gestion d’entreprises en difficultés vont pouvoir s’en donner à coeur joie… ‘Allumez le feu’… chantent martialement les piquets de grève autour des amas de vieux pneus enflammés tandis que se vident les bacs de Cara-Pils, la cervoise incontournable des journées de revendications syndicales.

Soyons un brin sérieux… la terre entière se fiche bien de cette annonce Carrefour qui n’est que la première péripétie d’un séisme social annoncé depuis cinq ans… la grande distribution en périphérie des villes est un concept des années 1960, en voie de disparition… le phénomène n’est pas propre à la Belgique, il est planétaire… même les gigantesques malls américains sont condamnés à mort… un peu comme ces villes des chercheurs d’or en Californie, ces folies commerciales ne seront bientôt plus que des friches abandonnées, envahies par les herbes folles.

On en conservera quelques-uns comme musées touristiques… ‘Musée de la grande distribution’… Il faut que les futures générations puissent rigoler doucement en passant leurs commandes vocales, confortablement installées leurs fauteuils, choisissant leurs achats sur un écran géant, connexion Internet à 1000 gigabits/nanoseconde… la commande enregistrée sera livrée dans l’heure par drones sur la terrasse de la villa, le balcon de l’appartement… le paiement est automatisé par un simple… ‘Ok’… dans la boîte vocale d’un portable multi-fonctions… Que viendraient encore faire les hypermarchés dans cette galère ?

Les petits commerces indépendants sont déjà tous en voie de disparition, remplacés par les moyennes surfaces des grandes enseignes dont la puissance d’achat ne permet plus la moindre concurrence de l’indépendant seul, isolé dans son coin… Que peuvent faire les syndicats, les politiques, les médias, contre ce phénomène irréversible à part rouler les mécaniques, invoquer la loi Renault, se répandre en discours populistes à deux balles ? Toutes ces gesticulations sont juste grotesques…

Le monde change, les gars, il va falloir vous y adapter… Ceux qui vous font croire qu’un emploi offert est un emploi à vie ne sont que des escrocs… Après l’emploi à vie, pourquoi pas la vie éternelle en prime… Mettez-vous bien dans le crâne que Caterpillar comme Carrefour ne sont que les prémisses du séisme social qui se prépare dans tous les états-majors de la grande distribution… Je ne serais d’ailleurs nullement étonné que d’autres grandes enseignes passent très vite à l’action pour profiter de cette fenêtre d’opportunité ouverte aux dépens de Carrefour… C’est le moment où jamais.

La seule solution crédible à la crise inéluctable reste le Revenu Universel Garanti, le RUG, si nous voulons éviter le bain de sang de la révolte qui couve… Voilà un beau combat moderne pour ces syndicats passéistes qui passent leur temps à défendre de soi-disant droits qu’ils veulent considérer comme définitivement acquis… Rien n’est jamais acquis dans la vie… tout est sans cesse remis en question… ceux qui prétendent le contraire dorment sur un volcan en activité qui s’apprête à leur exploser dans la tronche.

La valeur du travail n’est égale qu’à la valeur de la nourriture nécessaire pour que la bête humaine le fournisse correctement, pour qu’il se reproduise régulièrement, naturellement, pour qu’il obéisse sans discuter aux directives de ceux qui créent son travail pour bénéficier de sa valeur ajoutée… l’actif social des entreprises n’est qu’une variable d’ajustement… on l’augmente quand les affaires sont bonnes, on la diminue quand le climat se détériore… qui pourrait sérieusement s’y opposer ?

Que je sache, les salaires sont payés par l’entreprise, pas par les syndicats, encore moins par les politiques ou les médias qui ont juste le droit de se taire dans toutes les langues… Lorsque les hypermarchés se sont installés en périphéries des grandes agglomérations au début des années 1960, ils ne faisaient que copier les modes américains de distribution.

Je me souviens de ma thèse de fin d’études universitaires… ‘Les phénomènes d’attraction cumulative dans les zones de chalandise’… sous la supervision de Jean-Pierre de Bodt, devenu ensuite professeur à l’ICHEC… A cette époque, les pionniers du libre-service en hypermarché avaient rejoint le grand visionnaire, Maurice Cauwe, pour lancer les deux premières installations bruxelloises à Anderlecht et au Boulevard du Souverain…

Avec Emile Bernheim, François Vaxelaire, Jacques Dopchie, Pierre Delhaize, ils vont transformer le visage de la distribution classique d’après guerre… Soixante ans plus tard, leur système est à l’agonie sous les coups de boutoir d’Internet épaulé par la distribution robotisée de géants comme Amazon ou Alibaba… la clientèle a massivement emboîté le pas… Quelle est la réponse des syndicats, des politiques, des médias, confrontés à une telle évidence ?

La victoire a simplement changé de camp… elle laisse des morts sur le champ de bataille… Carrefour doit tout remettre à plat ou disparaître… c’est aussi simple que un et un font deux… les nouvelles armes tirent plus vite et plus fort… on ne fera pas la guerre commerciale de 2018 avec les pétoires de 1960.

Mais me direz-vous à juste titre… ‘que ferons-nous demain de tous ces licenciés au chômage ?’… la réponse est relativement simple… pas grand-chose avec nos méthodes actuelles… mais beaucoup avec deux nouvelles possibilités… d’abord et surtout le Revenu Universel Garanti qui permettrait à ces chômeurs de se prendre eux-même en main, sans rien attendre d’autre de la société…

Pour libérer cette créativité individuelle, cette prise en main par chacun de son sort personnel, il faut impérativement commencer par leur payer le fameux RUG… Il remplacerait bien plus efficacement toutes les formes existantes d’assistanat, évidemment supprimées, remplacées par le RUG… il ne s’agit nullement d’une vision utopique, ce sont plutôt les approches actuelles qui sont rétrogrades, passéistes, obscurantistes, sans la moindre chance de réussite.

Le RUG est une formidable idée moderne, novatrice, qui décuplerait le sens des responsabilités de chaque individu en lui permettant de choisir son destin, de moduler son activité, de réveiller sa créativité… l’assistanat tel que nous le connaissons est un poison mortel, un endormissement dans la dépendance, un étouffoir des meilleures idées qui ne verront jamais le jour.

Les managers de Carrefour ont mille fois raison de vouloir restructurer complètement leur entreprise pour qu’elle puisse survivre, pour qu’elle retrouve les chemins d’un succès qui fut le leur alors qu’il n’est plus le leur … On ne paye personne pour accompagner une lente agonie diagnostiquée… Carrefour devait réagir, il le fait avec la casse sociale normale qui en résulte… c’est une question de vie ou de mort… les spectateurs ont juste le droit de se taire.

Ceux qui ont fait les succès d’hier ne sont pas nécessairement ceux qui feront les succès de demain.  (VC1.1)

Vilain Coco

2 commentaires

  1. Bien vu, JC !
    Au premier degré, je comprends l’émotion suscitée par ces licenciements. Mais qui était là, au moment de la création de ces grandes (gigantesques) surfaces, pour dénoncer avec force les pertes d’emplois privés (très très nombreuses) que cela allait engendrer immanquablement, au profit des mêmes diktats ? Et cela sans compter le séisme social (du vrai social, ici : je parle du tissu social qu’entretient entre ses habitants un quartier rempli de petits commerces) engendré du même coup par l’essor de ces mammouths à fric : quartiers déserts, incivisme croissant, place à l’insécurité, déclin relationnel, peur etc. Alors, « grâce » ou « à cause » de ces licenciements actuels, va-t-on assister à une renaissance de ces petits commerces de proximité, orientés nature/bio/produits locaux/etc. et, partant, à une nouvelle ère ponctuée d’un retour vers l’humain, (jamais trop) humain ? Wait and see.
    Patrick

    1. Bien vu, Patrick… le retour à l’humain n’est pas pour demain… j’en rêve avec toi mais je n’y crois plus du tout… le problème de l’âge est qu’on revient de tout… comme tous les créatifs, on voulait changer le monde… peu d’entre nous l’ont fait…. Gates, Jobs, Zuckerberg ?… Les autres ne peuvent que constater leur échec… il ne faut évidemment pas le dire aux jeunes… mais la vie n’a aucun sens sauf cette volonté de vouloir lui en donner un en marchant sur du sable humide alors que la marée monte… Bonne chance à toi… (VC 1.1)

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