S Y S T E M A T

En lisant l’Echo de vendredi 2 février, j’apprends que mon bébé… Systemat… a été vendu à SPIE… la fin annoncée d’une triste histoire… Qui sait, peut-être le début d’une belle aventure dans ce groupe SPIE avec de nouvelles perspectives pour une Systemat déboussolée, démotivée, en recherche active des repères que pourraient lui offrir cet excellent partenariat.

Est-ce que je le vis bien… est-ce que je le vis mal ? A dire vrai, ni bien, ni mal… J’ai quitté Softimat-Systemat en janvier 2011 après avoir vendu le fonds de commerce Systemat à deux de nos meilleurs cadres dirigeants, associés à un groupe d’investisseurs luxembourgeois…

Le grand intérêt de cette opération de… ‘Management Buy-Out’… résidait dans le fait que rien ne changeait pour le personnel qui faisait la même chose, à la même place, le lendemain de la signature des accords de cession… il n’y avait que la direction générale qui changeait, assumée dorénavant par ces deux managers chevronnés, lesquels connaissaient parfaitement les rouages de l’entreprise, les caractéristiques de ses différents métiers.

Pierre Focant et Vincent Schaller ont-ils réussi leur pari ? Financièrement probablement… en fait, je n’en sais rien car on se garde bien de m’informer comme de me demander mon avis qui n’intéresse d’ailleurs personne… Preuve en est que leurs communiqués-presse ne mentionnent jamais le nom de leur fondateur… on finirait par penser que ces deux jeunes managers-repreneurs furent également les créateurs de l’entreprise… Je suis une sorte de péché originel dont il faut occulter les traces honteuses pour éviter toute comparaison malvenue avec leur virginité douteuse.

Peu m’importe d’ailleurs car il se fait que j’ai assez de contacts discrets pour connaître la position, largement partagée, de ceux qui ont travaillé avec moi… ils me disent que, humainement, le pari fut à l’évidence un pari raté… Normal d’ailleurs dans un monde qui ne privilégie plus que la finance… pour qui l’humain ne témoigne que d’un management aussi paternaliste que ringard… On ne parle plus aujourd’hui ‘d’actif social’ mais bien de ‘passif social’, une anonyme variable d’ajustement.

Dans une société en croissance, on engage… Dans une société en crise, on dégage… ‘As simple as that’… Systemat était en crise depuis trois-quatre ans, ils ont donc dégagé massivement avec des méthodes qui ne sont pas les miennes même si j’ai parfois été aussi obligé d’y recourir… Mes préférences vont pourtant clairement vers une sortie par le haut, en modifiant les stratégies, en améliorant le chiffre d’affaires, ses marges bénéficiaires, plutôt qu’une sortie par le bas en sacrifiant un personnel hautement qualifié que nous avions tant de mal à détecter.

Les collaborateurs de Systemat était d’une exceptionnelle qualité administrative, technique, d’une grande fidélité à l’entreprise comme en témoignait son faible taux de rotation… la moyenne d’âge ne dépassait pas trente ans malgré la présence de quelques vieux, volontiers accrochés à leur confortable fauteuil… il régnait dans cette entreprise un esprit de famille, un bel enthousiasme, un sentiment d’appartenance, qui se manifestaient joyeusement dans de nombreuses réunions amicales après les heures de boulot.

Chez Systemat, on savait travailler, on savait aussi s’amuser… je regarde souvent les vidéos de nos fêtes de fin d’année, de nos barbecues, de nos réjouissances parfois grandioses pour l’inauguration des deux phases de construction du centre technique de Jumet, l’ouverture de nos filiales d’Anvers, Liège, Luxembourg…

Nous organisions de splendides événements-clients avec des humoristes comme Roland Magdane au collège Saint-Michel, Bruno Coppens à la Maison Communale de Waterloo, à deux reprises la revue… ‘Sois Belge et tais-toi’… en exclusivité pour nos clients aux centres culturels d’Auderghem et de Woluwé, plusieurs concerts de musique classique.

Les anciens de Systemat vous le diront presque tous… ils ont souvent passé les plus belles années de leurs vies chez Systemat… ils ont rarement retrouvé dans d’autres sociétés les ambiances chaleureuses qui étaient les nôtres… S’ils nous quittaient parfois pour de meilleures perspectives de carrière, ils devenaient alors souvent nos meilleurs relais dans ces nouvelles sociétés…

Nos ‘Alumni’ formaient une diaspora sur laquelle nous pouvions toujours compter quand nous en avions besoin… Nous avions d’ailleurs plaisir à les revoir… je me souviens qu’ils nous visitaient parfois, avec un détour obligé dans le bureau du Pacha qui aimait les recevoir, s’intéresser à leurs vécus, évoquer les bons moments partagés ensemble.

Pour être franc, j’appréciais modérément qu’on quitte Systemat sauf à obtenir une offre irrésistible, l’offre qui ne se refuse pas… j’insistais alors toujours sur la valeur de leur carte de visite Systemat qu’ils ne devaient pas brader, qu’ils devaient monnayer âprement s’ils avaient définitivement décidé de nous quitter pour ce potentiel bond en avant.

Les ‘Boys de Systemat’ étaient d’ailleurs très demandés dans le marché informatique-télécoms, surtout durant l’année 2000 au cours de laquelle les chasseurs de têtes s’en étaient donnés à coeur-joie pour débaucher les meilleurs éléments dans nos équipes techniques… la bataille avait été rude.

Plus tard, j’ai mieux compris l’intérêt de laisser partir certains cadres sans trop s’accrocher, sans le leur reprocher… en apprenant à se quitter dans les meilleurs termes pour préparer l’avenir… les transfuges infiltraient d’autres sociétés importantes dans lesquelles ils se révélaient souvent plus utiles pour nous que s’ils étaient restés en poste chez Systemat…

Ce fut d’ailleurs toujours une vieille tactique IBM qui recommandait ses propres cadres dans des postes à hautes responsabilités chez ses clients les plus importants… Le cadre IBM recevait une fort belle promotion… En échange du cadeau offert, il assurait à IBM la consolidation du compte-client tout en bénéficiant d’un large soutien IBM dans la mesure où il se montrait fidèle à ses origines… Un Win-Win deal… bien joué IBM.

Il ne me reste qu’à espérer le plus bel avenir pour ce qui reste de Systemat… mes remontées du terrain me donnent à penser que SPIE pourrait effectivement être une fort belle opportunité pour cette société que j’ai adorée… je veux évidemment y croire… si j’avais un seul conseil à donner à SPIE, je leur recommanderais de reprendre les listes des nombreux collaborateurs sacrifiés ces dernières années.

Il y avait dans ces licenciements économiques des perles rares dont SPIE aurait grand besoin pour retrouver les chemins de la croissance souhaitable… je n’en dirai rien d’autre qu’on ne me demande pas… Tout de même, une dernière chose… d’aimer cette belle Systemat comme je l’ai aimée durant presque trente ans… de la faire revivre dans la lumière qu’elle mérite alors qu’elle a été éteinte depuis janvier 2011.

Je les regarderai à distance comme je les ai toujours regardés, en imaginant un jour mon buste en plâtre véritable dans le hall d’accueil pour évoquer le souvenir d’un entrepreneur qui a consacré toute sa vie à créer, puis à développer cette entreprise depuis 1983, il y a près de 35 ans déjà… de nombreuses sociétés respectent leurs fondateurs… ce n’est tristement pas mon cas chez Systemat… c’est regrettable mais ce n’est pas très grave.

Qu’importe le passé pourvu que l’avenir nous comble. (VC 1.1)

Vilain Coco

2 commentaires

  1. Qu’en peu de mots, tout est dit !
    Évocation d’une pépinière de talents, initiée par un vrai capitaine d’industrie, humain et fédérateur… elle était ma voisine, de l’autre côté de la chaussée… elle était aussi ma plus importante cliente en volume >>> jusqu’au départ de JCL, dit Vilain Coco et auquel je voue un respect et une amitié sans borne !!

    Ravi de te lire, Francis… je n’ai plus eu aucune nouvelle de toi depuis si longtemps !

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