Apollon contre Dionysos

Mes innombrables lecteurs sont une mine d’or d’informations… je me nourris de leurs remarques, de leurs commentaires, qui viennent colorier mes réflexions matinales… Une jeune amie quinqua m’adresse hier soir un des plus jolis compliments qu’il m’ait été donné d’entendre depuis longtemps… je la cite avec une joie mal dissimulée… ‘Outre d’être un brillant entrepreneur, tu avais cette intelligence émotionnelle qui manque dans les sociétés actuelles.’

Enfin une femme qui me comprend… qui me qualifie ‘d’entrepreneur’, pas de ‘manager’… qui insiste sur ma brillante créativité… qui décrit mon indiscutable intelligence comme étant émotionnelle… un de mes thèmes les plus chers… Apollon-Raison contre Dionysos-Emotion.

Pourquoi n’ai-je pas épousé une femme aussi perspicace, aussi clairvoyante, au lieu de me fourvoyer dans des labyrinthes hébraïco-érotiques… Mystère insondable… j’ai longtemps essayé de définir ce qu’était la meilleure forme d’intelligence pour un entrepreneur… mon amie me fournit la bonne réponse… En PME-PMI, il faut impérativement jouir d’une intelligence émotionnelle pour réussir… En grandes entreprises, je crains la disparition progressive des émotions pour une rationalité pure.

Surtout pas de premiers de classe en PME… les premiers de classe font parfois de bons professeurs, parfois de bons curés, parfois des bons- à-rien… ils ne font en tout cas pas de bons entrepreneurs… Notre premier de classe en rhétorique au collège Saint-Servais à Liège, un certain Renaud, est devenu jésuite après notre ‘retraite de vocation’… grand bien lui fasse… tant mieux pour Ignace de Loyola comme pour notre bon Pape François.

Notre plus grande distinction, quatre années durant, à l’Université de Louvain l’Ancienne, n’était autre que le Chevalier François-Xavier de Donnéa, député libéral, plusieurs fois Ministre, Bourgmestre de Bruxelles, Ministre-Président de la Région Bruxelles-Capitale, Ministre d’État, couvert de médailles amusantes, de diverses distinctions honorifiques…

Le type n’est pas désagréable, il est juste péteux comme un flageolet, imbu de sa haute personnalité, emmerdant comme un pot de chambre… Si, par malheur, de Donnéa créait un jour sa propre PME, je n’y investirais même pas le prix de mon paquet de cigarettes… Autant le fumer plutôt que de le perdre stupidement… ce ne fut heureusement jamais sa vocation.

François-Xavier ferait, par contre, un manager fort présentable dans les grandes entreprises publiques belges… Ces sinécures adorent s’offrir la carte de visite, la visibilité, les services d’un politicien couvert d’honneurs… Un Bourgmestre, figurez-vous, qui a marié en 1999 notre bon Roi Philippe 1er avec la charmante Reine Mathilde… une belle cerise sur la carrière admirable de notre Chevalier.

Le QI, Quotient Intellectuel, de ces premiers de classes est indiscutable mais leur niveau IE, Intelligence Emotionnelle, IE, est souvent proche de zéro… c’est bien la raison pour laquelle ils font des managers acceptables mais pas de véritables entrepreneurs, une race qu’ils jalousent tout en prétendant l’encourager alors qu’ils la détestent positivement, qu’ils ne pensent qu’à l’éliminer.

Apollon est parfait, lisse, raisonnable, froid, trop intelligent… il faut en faire un banquier, un assureur, un évêque, un manager, un politicien, un professeur, un expert… il n’est bon qu’à cela… Dionysos est bizarre, tordu, émotionnel, chaleureux, charismatique, inventif doué… voilà les pépites qu’il faudrait rechercher pour faire les bons créateurs de PME – PMI performantes.

Je ne me suis jamais pris pour un manager de grosse boîte mais bien comme un patron de PME… un agitateur d’idées, un coach de talents identifiés, un homme heureux dans l’action, malheureux dans ces réunions continuelles, ces débats interminables, qui défigurent les meilleures initiatives quand ils ne les enterrent pas définitivement…

J’écoute toujours avec beaucoup d’attention les prises de positions, les discours hypocrites, des représentants du grand patronat… je les partage rarement tant ces idées me sont étrangères, tant elles me semblent généralement dictées par les seuls intérêts des plus grandes entreprises qui sont également les principaux financiers de ces organisations patronales avec des agendas cachés qui ne sont pas les miens.

Je déteste tout autant les attaques frontales des organisations syndicales contre… ‘Le Patronat’… pris dans son sens global comme s’il y avait une parfaite communauté de vues entre grands, moyens et petits patrons… En réalité, il y a souvent opposition d’intérêts mais la position défendue reste finalement celle des seules grandes entreprises alors que la musique des PME-PMI est complètement inaudible dans cette mauvaise symphonie monochrome.

Les multinationales ont complètement étouffé leur intelligence émotionnelle qui reste l’apanage des seules PME-PMI en marche vers la réussite… Malheureusement l’ intelligence émotionnelle semble inversement proportionnelle à la taille de l’entreprise… elle s’atténue progressivement avec la croissance jusqu’à disparaître complètement lorsque la taille est acquise.

Les multinationales sont des poissons froids, lisses, anonymes, tranchants, apolliniens… les décisions sont prises à distance sans qu’on sache exactement où, ni qui les a prises, ni pourquoi on les a prises… le silence, le mystère, le brouillard, les fumigènes, enveloppent une stratégie qui ne veut pas dire son nom… ce n’est qu’avec le recul du temps que l’analyse devient possible alors qu’il sera trop tard pour encore pouvoir réagir.

En face de ces gros porteurs, il y a cette masse de petits et moyens porteurs… des espèces de poissons pilotes qui tentent de profiter de la puissance de déplacement des requins dont ils espèrent se nourrir, aux risques de finir dans la gueule du monstre avec qui ils espèrent vivre en symbiose… Pour rester en vie, ces petits-moyens porteurs devront se montrer rapides, agiles, flexibles, utiles… Il faut servir le requin qui veut juste se débarrasser de ses parasites, combler ses failles que la masse lui impose nécessairement.

Bref, la multinationale est apollinienne, dotée d’une intelligence rationnelle imposée par sa taille alors que les PME-PMI sont dionysiaques pour chanter, danser sur un volcan, traiter avec le diable, grâce à une intelligence émotionnelle qui caractérise leur différence.

Rares sont les entreprises qui arrivent à marier taille et émotion… elles essayent peut-être mais elles peinent à y arriver… la décontraction apparente des vedettes technologiques de la… ‘Silicon Valley’… cache mal la discipline de fer qui y règne, la brutalité inhumaine des stratégies déployées, l’exploitation méthodique de leurs sous-traitants, le déséquilibre léonin de toutes leurs relations contractuelles.

Croire que l’importance de la relation commerciale constituerait une assurance tous-risques, une garantie de longévité, de cette relation déséquilibrée n’est qu’une naïveté courante… le requin sait très bien comment en profiter… il multipliera ses partenaires pour affaiblir les plus importants… il soutiendra les petits pour concurrencer les grands… il réduira progressivement les rations de pitance pour ne consentir que le strict minimum vital… il imposera ce que bon lui semble…il finira par dévorer tout crû ceux qui deviendraient gênants.

Apollon gagnera, Dionysos perdra, c’est malheureusement la règle du jeu. (VC 1.1)

Vilain Coco

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