Devenez riche, devenez banquier

Depuis lundi soir, on ne parle plus que de mini-krach boursier… le mouvement est parti, lundi dans la nuit, à Wall-Street pour se répandre ensuite à l’ouverture des bourses asiatiques avant de contaminer toutes les consœurs européennes… Rassurez-vous, bonne gens… la Libre Belgique vous annonce ce mercredi matin qu’il n’y a rien à craindre, que le rebond est déjà annoncé.

Pour ceux qui ont appris à lire la grincheuse catho – monarquo – hétéro – bourgeoise entre les lignes, voilà qui indique clairement qu’il est grand temps de prendre la poudre d’escampette, de courir aux abris, de tout vendre, de devenir enfin le propre gestionnaire de vos actifs… c’est d’une simplicité biblique… Coco vous l’explique sur ce blog qui décolle tel la fusée ‘Heavy Falcon’ dont je viens de récupérer les deux lanceurs pour préparer mon prochain feu d’artifice.

Résumons-nous… quelques milliards de dollars se sont envolés en fumée… des millions d’épargnants ont donc perdu ces milliards de dollars tout en amortissant la chute… mais, bon sang, s’il y a autant de perdants, il doit bien y avoir quelque part les gagnants de ces milliards de dollars ? Où sont-ils donc ? Pourquoi sont-ils aussi silencieux ? On jurerait les gagnants du Lotto qui garderaient l’anonymat pour éviter que leurs connaissances ne viennent les taper.

Réfléchissons un peu… Comme de coutume, le danger ne vient certainement pas de notre lointain mais, comme toujours, de notre prochain… Heureusement pour vous, vous êtes un épargnant prudent… le genre de type qui ne met jamais tous ses œufs dans le même panier, l’investisseur sage qui privilégie les stratégies à long terme sans s’inquiéter de ces vulgaires petits remous passagers… Ce ne sont que les épiphénomènes normaux dans de longues tendances conjoncturelles haussières… De quoi vous garantir un paisible revenu de quatre à cinq pourcents annuel.

Qu’importe donc, par exemple, la petite gifle que vient d’encaisser Madame Irma de la Verhaerenlaan à Knokke-Heist… elle en a vu d’autres, Madame Irma… ce trou d’air sera rapidement oublié puisque la Libre Belgique le lui assure… D’ailleurs, depuis sa raclée historique en Fortis Banque, Madame Irma n’investit plus sa fortune halieutique qu’en paniers d’actions diverses, en devises fortes, en belles SICAV chaudement recommandées par la seule banque digne de confiance, la Kredietbank, quand même située sur cette maudite avenue Lippens.

Ne manque plus à de telles pratiques prudentielles, vivement conseillées, que la tentation de confier à cette Kredietbank la gestion discrétionnaire d’un portefeuille de valeurs diverses… C’est pourtant ce que font plein de belges fortunés qui se cachent sous des comptes numérotés, des branches 23, des SPF, Société de gestion de Patrimoine Familial, au Grand Duché de Luxembourg, chez Pictet à Genève, chez Grimaldi à Monaco, chez Mossack Fonseca au Panama.

La gestion discrétionnaire est au gestionnaire de fortune ce que la gazelle est à la lionne, le saumon à l’ours blanc, le caviar beluga au SDF… ‘Cigarettes, whisky et petites pépées’… la fête peut commencer… ‘A moi les profits, à toi les pertes’… tout en prenant grand soin de te laisser juste de quoi manger pour que tu me gardes ta confiance, aussi aveugle qu’imbécile, pour que tu persistes et signes avec ton ennemi sympathique qui te veut tant de bien.

L’argumentaire sur papier glacé est juste luxueux… graphiques, courbes, tendances conjoncturelles, analyses des marchés globaux, comparaisons de rendements sur les dix ans passés, projections de rendements nets affriolants pour les dix prochains…

Cette débauche d’arguments auxquels vous ne comprenez pas grand-chose ont cet immense mérite de vous faire comprendre que vous ne devez surtout pas gérer vous-mêmes l’argent que vous êtes juste capables de gagner à moins que vous ne l’ayez hérité ou, pire encore, épousé…

Heureusement pour vous, vous avez confié cette mission délicate aux meilleurs professionnels du marché, de véritables orfèvres dans une matière qui n’est d’évidence pas la vôtre… Autre avantage, vous quittez ces paradis de la haute finance en vous sentant tellement plus intelligent que ces armées de ploucs puants qui n’ont aucun de vos soucis puisqu’ils ne possèdent rien.

Quel malheur tout de même que d’être riche, de devoir subir tant d’inquiétudes patrimoniales alors que la vie des pauvres est tellement plus sereine… ces gens n’ont même pas le temps d’entrer dans une grande banque que la téléphoniste les prie fermement de déguerpir… Ces ploucs ne connaissent pas leur bonheur.

Moralité, les riches sont malheureux, les pauvres sont sereins… Mais alors, oh Coco visionnaire, où sont finalement ces grands gagnants ? Je ne devrais pas vous le dire… comme vous êtes mes amis qui me voulez tant de bien, je vais vous le dire quand même mais en stricte confidentialité…

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Il vous suffirait d’aller déjeuner de temps à autre chez d’éminents financiers qui vous rappelleront probablement quelque chose… Rothschild, Lambert, De Groof, Lazare, Warburg, Worms, Goldmann-Sachs, JPMorgan, Rockfeller, Chase-Manhattan, UBS, Citygroup, Wells Fargo, Merryl Lynch, Fanny Mae, Freddy Mac, BNP-Paribas, Société Générale, Barclays, Dreyfus, Soros, Warren Buffet, Paulson, Carl Icahnn, Wilbur Ross… sans oublier le lépreux Lehman Brothers.

Vous devriez visiter leurs salles de marché où s’activent des centaines de traders dont on se demande ce qu’ils peuvent bien bricoler nuit et jour… C’est pourtant bien là que se situe toute la clef du miracle… le plus gigantesque casino de la planète… un Las Vegas à la puissance mille… un gigantesque jeu de Monopoly avec de vrais billets en grosses coupures alignés sur des cases bien plus onéreuses que Mayfair ou Park Lane.

Tous ces gourous ont un point commun que je vous laisse deviner… il explique pourquoi ils sont infiniment plus intelligents que le commun des mortels qu’ils ont littéralement chloroformés pour en faire leurs victimes consentantes… c’est le syndrome de Stockholm… le sourire Mengélé.

Ces génies diaboliques ont tout inventé… commissions, frais de gestion, droits d’entrée, bonus, stock-options, participations bénéficiaires, courtages, sous-agences, délits d’initiés, optimisation fiscale, couvertures de risques, ventes à découvert, fusions-acquisitions, conseils financiers, expertises, fairness opinions, junk bonds, subprimes, investment funds, SICAV en tous genres.

Quoi qu’ils fassent, la règle du jeu est une loi d’airain… ‘les profits pour moi, les pertes pour toi ou pour ton pays’… ce qui revient exactement au même puisque c’est toi qui finance ton pays… je suis trop gros pour faire faillite… ‘I’m too big to fall’… la belle garantie de Lehman Brothers, de Fortis Banque… Les leçons du plan Paulson n’ont donc servi à personne… ils sont encore plus riches, encore plus arrogants aujourd’hui qu’avant la catastrophe.

Ils ne pratiquent la diversification que parce que leurs investissements sont tellement pharaoniques qu’ils ne peuvent plus les concentrer sur un seul secteur… ils pratiquent donc toutes les opportunités avec la même voracité… par contre le coup de l’objectif à long terme est une vaste fumisterie servie aux gogos qu’ils doivent apaiser pour pouvoir s’enrichir… Eux ne travaillent même plus à court terme mais à la nanoseconde dans leurs salles de marché… c’est tellement rapide qu’ils sont obligés d’utiliser des robots, des algorithmes complexes, des softwares d’intelligence artificielle, tant l’esprit humain est dépassé par la vitesse de ces opérations.

Moralité… Vous voudriez devenir crapuleusement riche ? Vendez tout ce que vous possédez… devenez votre propre banquier… gérez vos actifs vous-mêmes, éventuellement avec quelques amis… Achetez et vendez sans arrêt, dans la tendance du marché… Entrez et sortez toutes les deux minutes au maximum… c’est du boulot ?

Evidemment que c’est du boulot… mais je ne vous ai pas proposé de devenir scandaleusement riche sans rien foutre… c’est bien la seule véritable vertu des banquiers… ils travaillent très dur pour mériter leurs fortunes colossales, celle que nous leur offrons sur un plateau d’argent… une sorte de sablier, une clepsydre, dans lesquels nous balançons nos économies pour qu’elles s’écoulent lentement, mais sûrement, dans la gueule des squales affamés.

Le meilleur moyen de devenir honteusement riche, devenez vite votre propre banquier. (VC 1.1)

Vilain Coco

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