La malchance est une chance

Je déjeunais hier midi au ‘T’Misverstand’, un des meilleurs restaurants de notre immense capitale… Jacquouille la Fripouille, mon ami, patron de cette maison de bouche se réjouissait d’avoir enfin touché la prime de 750 euros payés par la Commune d’Uccle en dédommagement aux commerces riverains ruinés par l’éventration prolongée de la chaussée d’Alsemberg.

Le ‘T’Misverstand’ n’aura perdu que 40 % de son chiffre d’affaires depuis un an de travaux… il fallait donc que les élus Ucclois interviennent financièrement en ajoutant l’insulte à la ruine de leurs victimes… on mesure là toute la bêtise atavique des intellectuels-imbéciles qui prétendent nous gouverner… il est exact que les Bruxellois en sont arrivés à un tel point de lassitude qu’ils ne réagissent même plus.

La Libre Belgique, meilleur journal catho francophone, remarque fièrement ce matin qu’il y aurait de moins en moins de voitures dans la capitale… n’y voyez surtout aucune volonté cachée de nos dirigeants… ils ne veulent que notre bien, ce bien qu’ils définissent pour nous sans tenir compte de nos avis-crétins qui ne présentent d’ailleurs aucun intérêt… depuis quand le peuple saurait-il où est son bien ? Le peuple se choisit des élus compétents qui décident pour eux de choix qui le dépasse

Le constat lumineux de la Libre Belgique n’étonnera que les aveugles alors que vélos – piétons ont conquis les dernières voies carrossables parsemées de bumpers-casse-amortisseurs, de passages pour piétons arrogants, de pistes cyclables désertes sauf surprenants vélos-surprises, de couloirs exclusifs prioritaires de trams-bus-polices-pompiers-ambulances, sirènes et sonnettes hurlantes.

Coco écœuré a longuement hésité entre l’achat d’un vélo électrique ou d’une Mercedes-Smart… compte tenu des déplorables conditions climatiques en Groland, il aura finalement choisi une Smart-Brabus 90 CV dans laquelle il se glisse en souplesse malgré son grand âge en heurtant brutalement la capote supérieure à chaque accident de voirie… cette minuscule bombe volante lui rend toutes les joies adolescentes du pilotage quand Coco démolissait consciencieusement les véhicules de ses parents atterrés par l’audace de leur jeune fils-pilote.

Bref, ce n’est pas mon sujet du jour… juste un petit rappel de la situation démentielle dans laquelle nous sommes obligés de vivre au Royaume des interdictions en cascade… tout est finalement interdit sauf ce qui est explicitement autorisé avant d’être prochainement interdit… inutile de vous préciser qu’à la première occasion, je quitte ce pays de malades mentaux pour aller me réfugier dans ma Casamance profonde, une région du Sénégal qui a besoin de moi alors que Groland me fait savoir clairement que je ferais mieux de déguerpir.

Je déjeunais donc avec quelques amis dans cet excellent T’Misverstand déserté, quoique vigoureusement soutenu par le Conseil Communal à hauteur de 750 euros… Bien m’en a pris puisque j’y ai vendu six exemplaires de mon bouquin… Systemafric 2.0… à des amis qui font encore la différence entre la littérature de gare et le génie littéraire du siècle.

Après quatre ventes réussies, j’allais quitter l’établissement pour ma sieste quotidienne lorsqu’une table voisine m’interpelle amicalement pour deux achats potentiels supplémentaires… des inconnus sympathiques, visiblement intéressés par ma plume alerte comme par mon ancienne carrière exceptionnelle… ‘Coco, comment faisiez-vous pour transformer le plomb en lingots d’or ?’…

A ces mots flatteurs, le corbeau ne se tient plus de joie… il se rassied immédiatement pour laisser échapper sa proie… Des jeunes qui témoignent un tel respect aux anciens sont devenus choses trop rares que pour ne pas satisfaire leur curiosité… la logorrhée didactique peut commencer tout en priant les élèves de ne jamais interrompre la pensée intergalactique du Maître de Musique, de l’ancien Manager de l’Année oublié.

En un clin d’oeil je retrouve les vieux automatismes, ceux qui étaient les miens du temps où on m’écoutait encore volontiers… des dizaines de présentations magistrales avaient alors rôdé un discours brillant d’une clarté exemplaire…

La fragile réussite dans le monde des entrepreneurs n’est que le résultat d’un cocktail de facteurs objectifs et subtils… j’adorais l’évocation de ces ‘facteurs subtils’, un concept génial qui reste une de mes meilleures trouvailles exclusives, vingt ans après l’avoir inventé durant mes promenades nocturnes dans le salon silencieux d’une villa endormie .

Trois facteurs objectifs d’abord… L’argent sonnant et trébuchant car sans un début de capital rien n’est possible… le choix des hommes de qualité pour ‘faire faire’ ce que vous ne ferez jamais tout seul… un management à l’électrochoc, habité par l’urgence du temps qui passe sans jamais se laisser capturer.

Trois facteurs subtils surtout, peut-être plus importants encore alors qu’ils sont généralement négligés… Primo, l’image que vous donnerez de votre entreprise est fondamentale… ordre, décoration, propreté, clarté, sourires, accueil, bâtiments, jardins, voitures, sont des véhicules d’image qui marquent la volonté du client de travailler avec vous plutôt qu’avec un de vos concurrents.

Secundo, le relationnel que vous allez créer est capital… n’oubliez jamais que vous ne recevrez pas deux fois l’occasion de faire une première fois bonne impression… depuis votre téléphoniste jusqu’à vos meilleurs commerciaux, chacun doit imaginer qu’il est décisif dans la naissance de cette première bonne impression qui construira votre succès.

Tertio, la chance ou plutôt les chances… ces chances qui passent pour tout le monde alors que la plupart des cons ne font que la regarder comme des vaches qui observent distraitement les trains en broutant l’herbe tendre… quand les chances passent, il faut au contraire les saisir, s’enrouler autour d’elles comme le boa constrictor s’enroule autour de la proie qu’il veut déguster.

La chance prend souvent l’allure de la malchance alors que cette malchance s’apparente en fait à une chance qui choisirait de se déguiser en malchance pour mieux vous égarer… vous faites dans la provocation, Coco, me diront beaucoup d’imbéciles… pas du tout… j’affirme, par exemple, qu’une mise à pied peut être une chance extraordinaire pour la victime qui retrouve une soudaine liberté de faire des choix bien plus intéressants que celui de perdre son temps chez les patrons aveugles qui préfèrent le licencier.

Un banquier qui coupe ses lignes de crédit est une véritable chance de consolider les bases financières de votre entreprise avec des capitaux bien plus fiables que ceux de ces zouaves qui n’ont jamais rien compris au monde des entrepreneurs.

Dans une opération de fusion-acquisition ratée, il y a des pépites bien plus importantes que l’échec que vous subissez temporairement… ces pépites sont peut-être demain les catalyseurs de réussites futures même si vous les discernez encore mal…

Une mauvaise idée de départ peut être source des plus beaux succès dans l’avenir… un métier parfaitement banal peut être porteur de succès si vous l’exercez mieux que les autres… il suffit d’observer la banalité des professions libérales pour constater que certains les pratiquent tellement mieux que d’autres.

Enfin, avec le Pape Jean-Paul II, je vous dirais… ‘N’ayez pas peur’… il a raison… Soyez juste ‘terrorisé’ mais en dominant cette terreur qui fera de vous le héros unique d’aventures fantastiques que le commun des mortels ne vivra jamais… plongez vers les profondeurs, grimpez vers les cimes, défiez les tempêtes, saisissez vite les chances… là sont les trésors cachés que vous serez alors seul à découvrir.

Des clefs en or volontiers transmises aux entrepreneurs qui me respectent encore. (VC 1.1)

Vilain Coco

Un commentaire

  1. Bien dit ! J’ai toujours défini la chance comme étant l’opportunité qui rencontre la préparation, si ont est pas près elle nous échappe et nous nos rendons compte quand c’est trop tard… Ton blog est un vrai régal

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