Le génie en lumière

Il fait beau, il fait frigo… la vie passe comme une chanson… quand on aime une fille, qu’on est aimé d’un garçon… James-Patate m’observe du coin de l’oeil, sarcastique, tandis que je chante cette ritournelle stupide qui me trotte en tête depuis l’aube… ‘Coco devient-il fou, pourquoi cette soudaine belle humeur ?’… ‘Mon cher James, depuis quand faudrait-il une raison d’être de bonne humeur ? Simplement parce qu’il fait superbe, que la grande lumière seule peut éclairer le génie.’

Tous les grands peintres de la fin du 19ème siècle recherchait cette luminosité au point de s’exiler dans le midi de la France pour peindre des champs de tournesols, la Sainte-Victoire, des villages-perchés, endormis sous la chaleur étouffante de la Provence… Vincent Van Gogh à Arles, Pablo Picasso en Provence, Camille Pissarro aux Antilles, Paul Gauguin fuyant la France pour se réfugier en Polynésie après les crises de Van Gogh qui se tranche l’oreille au rasoir… André Derain, Paul Dufy… deux monuments du fauvisme qui rêvaient en couleurs éclatantes de lumière.

Le génie ne donne donc sa dimension planétaire que sous les rayons chaleureux d’Aton, seul vrai dieu trinitaire visible, dieu solaire, qui donne généreusement, sans jamais rien reprendre, contrairement à ces dieux, dits d’amour, qui exigent des flots de sang humain pour accorder leurs pardons inutiles de nos lourds péchés au jour de l’Apocalypse.

Il suffit de relire la vie des génies pour mesurer les douloureuses souffrances de ces hommes comme de ces femmes d’exception… je pense notamment à Camille Claudel… ces génies qui découvrent un jour qu’ils ne sont heureusement, ou malheureusement, pas comme les autres… Je vous vois sourire… alors que ce n’est vraiment pas drôle… je vous entends plaisanter… alors que je n’ai jamais été aussi sérieux.

Heureusement pour les enfants-génies, encore innocents, ils ne pensent encore qu’à s’amuser… la douloureuse prise de conscience de leur cruelle différence n’interviendra qu’à partir de l’adolescence… il y aura bien quelques manifestation antérieures, mais sans conséquences trop néfastes… Napoléon, par exemple, arrivé tout jeune à l’école militaire de Brienne, se tenait soigneusement à l’écart de ses petits camarades, jeunes nobles incultes, sauf pour prendre d’autorité le commandement des batailles de boules de neige lorsque la météo le permettait.

Exilé deux mois, juillet-août, dans les années 1950 pendant que mes parents voyageaient je ne sais trop où, je grimpais souvent seul sur la dune au fond du jardin de cette villa de vacances pour fixer rêveusement l’horizon… j’imaginais alors une soudaine apparition de mon héros monté sur ‘Marengo’, son superbe cheval arabe gris-blanc, celui qu’il montait encore à Waterloo…

La cheffe du home pour enfants abandonnés, une certaine Bernadette De Coster, s’en était émue… ‘Coco, pourquoi ne joues-tu pas avec les autres enfants ?’… Dérangé dans de si beaux songes, je lui avais vertement suggéré de me foutre la paix… Vexée, Bernadette, n’était plus jamais revenue à la charge…

Je précise que cette Bernadette De Coster n’avait rien à voir avec l’autre, Bernadette Soubirous, qui aurait aisément compris que je priais cette Vierge Marie qui lui est apparue dix-huit fois en 1858 dans la grotte de Massabielle, sans oublier la découverte de la source d’eau miraculeuse.

Soyons franc… je n’ai jamais eu d’apparition de Napoléon Bonaparte qui ne m’a probablement pas jugé digne d’un tel honneur… j’ai, par contre, rencontré trois fois la Vierge Marie à bord de mon voilier… ‘Luna’… durant ma traversée de l’Atlantique en septembre 2007… le Vatican avait déjà sanctifié la serveuse de bistrot de Lourdes alors que ma demande d’authentification de mon apparition a été traitée par les autorités de la Curie Romaine avec le dédain le plus profond… Croiriez-vous qu’ils ont même osé suggérer que j’aurais pu être en état d’ébriété ? Ces prélats-rouges sont décidément fort pénibles.

Devant une telle obstination à me nuire, j’ai été obligé de dévoiler des secrets terribles qui ont eu le don de plonger la Curie Romaine, comme l’Opus Dei, dans une rage apoplectique… Après le ‘Da Vinci Code’ qui avait semé un bordel pas possible dans la chrétienté, je dois avouer que mes révélations faisaient désordre.

Pourtant, je n’affirme que la vérité vraie, confirmée de la source la plus sûre par Marie qui m’aime comme un fils pécheur… Je résume… la Vierge Marie est noire… elle m’a confirmé que son fils Jésus, le crucifié, avait bien épousé secrètement la pécheresse, Marie-Magdeleine, dont il avait eu deux fort beaux enfants assassinés par Dieu le Père qui ne tolérait pas ce genre de mésalliance…

Je sais également que la Vierge Marie s’emmerde ferme avec les vieux croûtons pieux qui peuplent le paradis… c’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle revient régulièrement sur la terre pour y apparaître à des bergères, des serveuses de bar, des souillons, des femmes de mauvaise vie, des femmes simples, généralement incultes, analphabètes, hystériques, qui abusent probablement de la meilleure herbe marocaine du Commandeur des croyants.

A bord de Luna, Marie ne crachait pas dans la seule bibine disponible à bord, achetée à Madère juste avant le grand départ pour cette ‘Régate des Passionnés’ à travers l’océan furieux… je précise, pour ceux qui persistent à douter, que Bernard Delfosse montait de quart avec moi lorsque cette beauté noire sculpturale nous a rejoint dans le cockpit de pilotage… le reste de l’équipage dormait malheureusement profondément alors que la Vierge s’est éclipsée avant le changement de quart…

Après enquête, le Vatican a fait valoir que Bernard Delfosse aurait eu un penchant pour le liquide écossais, ce que j’ai formellement contesté… que les autres membres de l’équipage ne témoignaient de rien puisqu’ils dormaient… Bref que Coco n’était qu’un vulgaire manipulateur de bas-étage espérant s’enrichir à titre personnel au détriment de la seule vraie foi de ses honorables ancêtres.

Je sais que je m’écarte de mon sujet mais l’injustice de cette affaire me reste toujours en travers de la gorge alors que onze ans se sont déjà écoulés depuis ces trois miracles mariaux dont je fus le témoin oculaire privilégié.

Si j’avais été berger, maçon, facteur, caissier chez Leclerc, plagiste à Saint-Raphaël, j’eusse été crû sur parole… nouvelle preuve donc que le génie dérange le système, y compris les autorités religieuses… c’est la double peine imposée… obligation de se taire puisqu’on ne sera jamais pris au sérieux… obligation de souffrir en silence puisque la vérité est occultée alors que le mensonge fait florès.

Même ma pauvre mère, tristement décédée, grenouille de bénitier, à qui j’avais osé faire mes confidences douloureuses a osé dire à mon frère Thierry… ‘Il faudrait demander à ton frère de cesser les alcools durs… je me demande même s’il n’est pas devenu adepte des plantes hallucinogènes… mon fils, Coco, déraille complètement.’

Redevenons un instant sérieux… Oui, Mamy, ton fils déraille effectivement complètement… tu devrais même remercier le ciel qu’il en soit ainsi car, à force de dérailler, il est quand même bien le seul a avoir maintenu ton train-fou sur les rails… tu sais, Mamy, ce qui manque cruellement au milieu dont tu es issue ? Juste, la lucidité… cette capacité de discerner, de jauger les gens qui nous entourent, même les plus proches qui ne sont pas nécessairement meilleurs que les plus lointains.

Quand le génie se manifeste, je le reconnais, je m’incline… je m’assieds pour l’écouter en silence, Je veux savoir comment de telles exceptions sont capables de réaliser l’impossible alors que le commun des mortels se contente généralement de la médiocrité dans la plus parfaite indifférence.

Celui qui cesse de rêver en couleurs éclatantes est déjà mort avant d’avoir vécu. (VC 1.1)

Vilain Coco

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