Symbolique d’un cauchemar

Je préfère rêver éveillé que cauchemarder endormi… Cauchemar donc la récente nuit de samedi à dimanche… cauchemar que j’essaye d’interpréter avec un succès mitigé succès sauf quelques hypothèses hasardeuses qui relèvent plus de la masturbation freudienne que de la logique raisonnable.

Plantons le décor… je me retrouve dans un immense stade bondé qui se lève soudainement, les bras tendus vers le ciel, pour entonner le Horst-Wessel-Lied, l’hymne officiel du troisième Reich… Comme j’en ai des frissons dans la moelle épinière, j’en déduis aisément que je participe à un grand rassemblement nazi… je serais donc devenu, sans le vouloir, un affilié du NSDAP.

Jusque là tout va bien même si cela démarre mal… plusieurs de mes amis m’ont déjà fait remarquer que j’avais une tendance fascisante… c’est complètement faux mais je dois admettre un vague penchant pour les dictatures éclairées au détriment de ces démocraties molles, incapables de défendre leurs acquis… l’ennui des dictatures éclairées restant bien qu’elles conduisent souvent à des situations intolérables… les camps de concentration d’Adolf, les goulags du petit père des peuples, la révolution culturelle de Mao… bref, c’est pas gagné.

Le silence se fait dans le stade pour permettre à un hélicoptère de se poser au milieu de la pelouse… je suis trop haut dans les gradins que pour discerner les sommités qui montent rapidement à la tribune d’honneur… le discours musclé, repris sur deux écrans géants, me rappellent les interventions de Lou Gerstner, Bill Gates, Steve Jobs, lors des grandes ‘Conventions’ de leurs sociétés respectives… il s’agit alors de motiver les troupes hystérisées au marteau-pilon.

Brusquement, je me retrouve en bordure de la pelouse face à l’hélicoptère au repos… personne ne dit rien lorsque je prends place dans le poste de pilotage pour faire décoller la machine vers les hauteurs du stade… je le dépose dans un fourré avant d’éteindre le contact… je reprends une place assise avec l’air distrait du type qui se prend pour un oiseau… personne ne me dit toujours rien alors qu’un fort sentiment de culpabilité m’étreint la gorge… combien va me coûter la remise en état de cet hélico certainement endommagé ? Qui va venir m’arrêter, me questionner, me torturer ? C’est le ‘Procès’ de Franz Kafka.

Je me lève pour aller me réfugier dans une enfilade de salons où des serveurs s’affairent sans me prêter la moindre attention, préparant activement un gigantesque cocktail dînatoire… Vautré dans un fauteuil, je fume nerveusement cigarette sur cigarettes tout en notant qu’il ne s’agit nullement d’une convention nazie mais celle de la société… ‘Siemens’… un fournisseur avec qui j’avais fait de nombreux voyages agréables, notamment à Saly sur la Petite Côte du Sénégal dans les années 1990.

Apparaît brusquement mon neveu furieux qui me reproche vertement d’avoir bousillé l’hélico de la multinationale… ‘Cela va te coûter un bras’… je ne dois pas compter sur lui pour régler la facture… en pleine discussion arrive le plus con de mes deux fils qui raconte qu’il vient d’engager mon ancien directeur de l’informatique interne chez Systemat…

Mon neveu ne bronche pas alors que je lui avais chaudement recommandé d’engager cet informaticien d’une compétence au-dessus de la moyenne… il ne l’a pas fait, ce qui ne m’étonne pas car ce neveu, que j’aime comme le fils que je n’ai pas eu, n’écoute que fort rarement les avis éclairés que je lui donne gracieusement.

Mon fils, que j’aurais volontiers donné en holocauste à Aton si l’archange Gabriel n’avait retenu mon bras patriarcal dans le désert de Moriah, ce fils semble donc ravi de s’être approprié les services d’un technicien de cette qualité, un de mes anciens plus proches compagnons de route… une façon de me faire comprendre que le jeune Calife-con aurait pris la place du vieux Calife génial…

Dans un coin d’un bar, je remarque la tronche de cake de mon beau-fils narquois, grommelant ses dernières imbécilités tandis que le pilote de l’hélico m’embarque brutalement pour lui indiquer l’emplacement exact de mon atterrissage de fortune.

Je me réveille en nage, 06h00 du matin, pour réaliser qu’il n’y a pas d’hélico, pas de réunion fasciste, juste ma lourde couette d’hiver sur laquelle James-Patate s’étire en m’observant d’un oeil curieux… vite un café pour oublier cette aventure rocambolesque, sans grande chance de décrypter ces hiéroglyphes que Jean-François Champollion déchiffrait pourtant sur la Pierre de Rosette.

Les cauchemars vous indiffèrent… vous ne perdez pas votre temps de les interpréter… vous avez probablement raison mais ils peuvent devenir obsédants au point de vous poser quelques énigmes… Il se fait que j’ai en effet pas mal voyagé avec un groupe Siemens… nous étions devenus des amis qui aimaient se retrouver chaque année à Zaventem pour s’envoler vers Saly, Cuba, Bangkok, Nairobi, le Masai-Mara, Mombasa…

De beaux souvenirs en pagaille, notamment avec Marcel qui deviendra ensuite notre Directeur Systemat-Sud au Parc des Hauts-Sarts sur les hauteurs de la Meuse… un grand amateur de ce gluant sirop qui colle les doigts, de ces pékets aromatisés qui rendent aveugle… Marcel connaît même la Vierge Noire d’Outremeuse… Elle lui est apparue à plusieurs reprises avant de quitter sa Wallonie chérie pour découvrir la Hongrie profonde avec sa deuxième épouse, une adorable jeune Vierge Blanche qu’il épuise à faire du vélo sur les berges du lac Balaton.

L’hélico était mon meilleur mode de locomotion pour aller skier tous les glaciers de la Tarentaise, du Parc de la Vanoise, les sommets en face au Mont-Blanc… Ruitor, Miravidi, Ouye, côté français vers le col du petit Saint-Bernard, direction La Rosière… Côté italien vers La Thuile dans le Val d’Aoste pour déguster les antipasti, les pâtes aux truffes, les vins corsés du pays.

Mon neveu symbolise certainement ces fils que j’aurais tant aimé avoir, donc ceux je n’ai pas eus… ces membres d’une détestable famille qui viennent ajouter leurs sarcasmes déplaisants à leurs grossières ingratitudes coutumières… on ne choisit malheureusement pas sa famille mais il n’est pas interdit de rêver celle qu’on aurait voulu avoir même si elle ne partage pas nécessairement nos opinions… c’est évidemment regrettable mais, avec l’âge, j’ai appris à m’en accommoder.

En résumé, cette traduction de mon cauchemar… dégoûté de cette démocratie molle qui nous conduit au précipice, j’aurais donc une furieuse tendance anarchiste- extrémiste dont il y aurait clairement lieu de se méfier… l’hélico ne symboliserait que mon amour immodéré des sommets enneigés, un amour de la montagne que j’ai d’ailleurs généreusement transmis à mes héritiers avec celui de la mer et du sport de compétition… Ils ne m’en sont aucunement gré mais ils le savent parfaitement.

Mes nombreuses amitiés m’ont sauvé la vie alors que cette famille haïssable ne pense qu’à ma disparition qui tarderait trop à venir… mon beau-fils, borgne sournois, n’apparaît que pour me narguer avec ses dernières manœuvres de coulisses pour capter les fruits d’une vente que j’avais réalisée il y a un an déjà, qu’ils ont évidemment refusée pour la négocier eux-mêmes, avec le même acheteur potentiel, mais discrètement, derrière mon dos, pour détourner les sommes qu’ils considèrent déjà comme les leurs si la course contre la montre pouvait leur donner raison.

Ces apprentis-zozos me prennent donc pour un jambon… ils ne me donnent que la sous-leçon médiocre de la grande leçon vécue que j’étais seul à pouvoir offrir à ces fils-à-papa, beau-fils à beau-papa, le seul qui leur avait tout donné, sans jamais rien recevoir, alors qu’ils ne rêvent aujourd’hui que de tout lui voler.

Ce cauchemar n’était donc que la terrifiante symbolique d’une réalité vécue. (VC 1.1)

Vilain Coco

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