Surtout, tais-toi

Ce lundi de Pâques, nous avons déjeuné sur la plage de la Paillote avant de faire nos valises pour déménager à… ‘Amigo Bay’… dans le palais casaquais de mon ami Laurent Minguet… Laurent m’a proposé sa villa personnelle au bord de l’océan… un paradis terrestre dans une nature fleurie, bercé par le bruit régulier des vagues de l’Atlantique… Difficile de faire mieux pour redémarrer en fanfare ma deuxième vie en Casamance.

J’y vois même le fameux… ‘signe indien’… c’est dans cette même villa que je séjournais en avril 2012 avant d’acheter ma propre résidence à la baie de Boucotte… J’y demeurais alors avec ma jolie compagne blonde, encore adorée, Huguette von Elsocht und Liberchies qui n’était pas encore mon épouse officielle… Madame Huguette Coco Elsocht…

Nous avions passé ici un bon mois de longues recherches pour découvrir le bijou, la villa de nos rêves, celle qui nous convenait parfaitement alors qu’elle ne symbolise plus aujourd’hui que le repaire hanté du malheur, la demeure maraboutée de la sorcière Karaba dans les aventures du petit Kirikou, la cage dorée dans laquelle cette ‘Grande Peste Noire’ séquestre ma fille Alice au Pays des Horreurs.

Dans le combat sans merci que je mène en Casamance pour récupérer ma fille, cette villa de Laurent Minguet est évidemment un immense réconfort pour se détendre en fin de journée dans une piscine à 36° avant d’aller regarder mes matches de football qui annoncent un sommeil réparateur… Vous m’avouerez que la raclée mémorable donnée mardi soir à la Juventus de Turin par la furia du Real de Madrid méritait toute mon attention…

Le deuxième goal en ‘ciseaux retournés’ de Cristiano Ronaldo, avait de quoi remettre de bonne humeur le… ‘Grumpy-Grincheux’… des sept nains dans le conte de Blanche-Neige… N’en déplaise au Comte Jean-François Dumonceau, le danseur de claquettes du Théâtre Bolchoï m’aura littéralement cassé les noisettes dans son célèbre ballet.

Avec la ‘Paillote’ de Françoise et Christian Jacquot… les ‘Bougainvilliers’ de Nicole et Jean-Claude Pinard,  ‘Amigo Bay’ de mon ami Laurent Minguet reste bien un de ces endroits magiques dans un Cap Skirring-Cabrousse-Boucotte-Diembering qui ressemble plus souvent à un bidonville qu’à une station balnéaire dans sa conception européenne.

Le boss de la Paillote, Christian Jacquot, est un fin philosophe cynique de cette Afrique qu’il observe depuis sa plus tendre enfance… Sarcastique, il me regarde évoluer en Afrique avec ce regard dubitatif qui me rappelle celui de mon vieil ami Diogène… le masturbateur frénétique, nu dans son tonneau, sous les colonnes de l’Agora d’Athènes devant les yeux ébahis d’Alexandre le Grand… ‘Ôte-toi de mon soleil, Alex, tu me fais de l’ombre.’… Mieux encore, se promenant en plein jour une lampe à huile allumée entre ses mains pour soutenir effrontément aux promeneurs… ‘Je cherche un homme’… (un vrai évidemment).

Les philosophes cyniques de la Grèce Antique sont parmi les plus intéressants… ils devraient impérativement être redécouverts en lisant notamment le livre extraordinaire de Jeanne Hersch… ‘L’étonnement philosophique’… traduit en français par Jean d’Ormesson qui avait révélé cette immense philosophe suisse de Zurich.

Bref, Christian Jacquot écoutait mes fulgurances enthousiastes sur mes grands projets africains lorsqu’il me coupe sèchement pour me balancer… ‘L’Afrique ne s’adaptera pas à toi’… puis… ‘Le futur de l’Afrique est tellement brillant que personne ne l’a encore trouvé’… J’en reste encore sur le cul… tant de sagesse locale me laisse abasourdi sans aucunement me décourager.

Ami Christian, non seulement tu as raison mais en plus figures-toi que je sais tout cela depuis longtemps… la grande différence entre nous est que ton cynisme compréhensible ne m’empêchera nullement de passer à l’action, pour une raison très simple… je me fiche cordialement des résultats futurs de mes entreprises… je n’en espère même rien… je sais parfaitement que le chemin que j’essaye de tracer aura probablement disparu demain sous des couches de sable comme ces villes antiques qui dorment depuis des millénaires, ensevelies sous nos pieds.

Les premières œuvres de ma vie n’existent déjà plus aujourd’hui… Sogeca est morte, France Secours International n’est plus qu’un souvenir, United Brokers est englobé dans un nouvel ensemble Fintro… Systemat, mon plus gros bébé, après trente ans de batailles incessantes, vient de disparaître complètement, absorbée par un Spie-Batignolles dont je ne connais strictement rien.

Est-ce une raison pour ne rien faire ? Bien au contraire, ces disparitions prématurées sont mon meilleur moteur d’action… une action toujours plus déterminée, plus fougueuse, plus animée que jamais par ce sentiment d’urgence irrépressible de cette finale pressentie qui approche inexorablement…

Tu sais, ami Christian, qu’un coureur cycliste qui cesse de pousser les pédales de son vélo peut tomber sur les lacets du Mont Ventoux en se faisant fort mal, en mourant même ? Il faut pouvoir pédaler jusqu’au sommet du Mont-Chauve pour découvrir l’immensité des paysages de Provence, celles que le géant domine de sa masse imposante… Tom Simpson y avait trouvé la mort en 1967, la fin d’une Rock-Star de la légende du cyclisme sur la Grande Boucle.

C’est sur ce sommet sinistre, là tout en haut, que je veux alors m’asseoir, silencieux, pensif, concentré, formulant une dernière courte glossolalie à mon seul vrai dieu visible, Aton solaire, avant de rejoindre les racines de mon baobab gardien de ces ancêtres inconnus qui ne m’attendent même plus… qui ne m’intéressent même pas.

Mes dernières pensées survoleront alors ces images successives de mes entreprises, ces empreintes éphémères sur les sables mouvants, ces actions débridées qui disparaîtront rapidement, nivelées par les vagues… Rien, ni personne, n’arrête la furie du changement aux pieds des fortifications… les conquistadores, les pirates des Caraïbes, les corsaires du Roi, les Huns d’Attila, les prochains barbares, détruiront tout comme ils ont détruit toutes les civilisations depuis Thèbes, Memphis, Alexandrie, Babylone, Athènes, Sparte, Carthage, la Rome Antique, finalement Constantinople…

‘La guerre est notre métier’ pourrait écrire Robert Merle au lieu de… ‘La mort est mon métier’… l’inutilité probable de la guerre ne doit pas nous empêcher de la conduire… elle est le mouvement, la force motrice, la base même, de ces changements inévitables qui ne font qu’annoncer ceux qui vont évidemment suivre… ce que feront nos successeurs n’est qu’une nouvelle ascension de ces montagnes sur lesquelles nous avons souffert sans qu’ils n’y attachent plus la moindre importance sauf à découvrir une histoire, une archéologie, une civilisation disparue, inspiratrice d’une nouvelle vigueur motrice.

L’éternel retour du même, en espérant que le même s’améliore à chaque génération… ce  n’est malheureusement pas encore le cas pour cet immense continent africain dont l’avenir se dessine dans des lignes trop floues pour imaginer un destin… Christian Jacquot a raison… le dessin, le destin, n’est pas clair encore… on le cherche toujours mais ce n’est pas une raison de cesser les recherches, d’arrêter l’action…

J’imagine un séisme de magnitude 9,5 sur l’échelle de Richter… des gravats fumants d’immeubles écroulés sur des enfants terrorisés, des équipes de sauveteurs qui tentent de sauver ceux qui pourraient encore l’être… Faute de moyens techniques adéquats, la mission semble impossible…
Le cynique arrêterait les travaux en écoutant les sourds appels à l’aide des victimes ensevelies ? L’homme d’action, lui, tenterait encore l’impossible pour sauver ceux qui pourraient encore l’être… Qu’importent les résultats pourvu qu’on ait tout essayé…

Comme le soulignait très opportunément mon ami Jo Lernout, le champion mondial de la ‘Voice Recognition’… la reconnaissance vocale… dans cette société fabuleuse que les imbéciles belges ont littéralement massacrée… ‘Lernout and Hauspie’… j’entends encore Jo, Manager de l’Année 1998, nous dire chez Trends-Roularta à Zellick… ‘On nous avait dit que c’était impossible, alors nous l’avons fait’.

Derrière Jo Lernout, le génie visionnaire, il y avait malheureusement Pol Hauspie, le comptable frauduleux mégalomaniaque… tout le rêve fabuleux est rapidement parti en sucettes… un massacre orchestré par des ânes qui, comme de coutume, n’ont rien compris aux superbes fantasmes de Jo Lernout.

La parole est à ceux qui agissent, surtout que les autres se taisent. (VC 1.1)

Vilain Coco

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