Salaud de pauvre

Alfred Stevens (1823-1906)  Ce que l’on appelle vagabondage

La France est un pays ingouvernable… Pour un oui ou pour un non, ces salauds de pauvres descendent dans la rue, brûlent des voitures, lancent des pavés sur des forces de police chaleureuses qui n’ont qu’un malheureux bouclier pour défendre leur peau… vous m’avouerez que se faire défoncer la tronche pour un SMIG de 1300 euros par mois relève de l’héroïsme patriotique le plus élevé… je crains néanmoins que les prochains recrutements de nos gardiens de la paix ne se tarissent rapidement.

Après la disparition des curés de race aryenne, nous devrions donc assister prochainement à la disparition des forces de police, ce qui favoriserait alors une chienlit galopante, celle que stigmatisait le Grand Charles, épuisé le 29 mai1968, fuyant les émeutes de la Sorbonne à Baden-Baden pour rencontrer le général Massu…

Dans son palais de l’Elysée, entre ses visites à Vladimir Poutine, Donald Trump ou Angela Merkel, Emmanuel Macron doit se masturber les neurones pour tenter de comprendre les curieuses motivations de ce grand peuple gaulois qui passe sa vie active à foutre le bordel dans les rues fracassées, les gares sans train, les nombreuses ZAD, les cités-dortoirs de non-droit, les universités en grèves sauvages, les hôpitaux étranglés sous les urgences…

Bref, un monumental foutoir qui explique le goût des excursions du petit Marquis poudré, plus habitué aux salons feutrés de la Banque Rothschild qu’à ces bagarres de trottoirs crottés qu’il n’a que fort rarement arpentés… Giscard d’Estaing connaissait aussi ce problème avec le peuple… Mitterrand, méprisant, le manipulait avec un art florentin… Chirac s’en accommodait bien… Sarkozy le saoulait littéralement par son agitation gesticulatoire… Hollande n’y comprendra jamais rien à rien… Macron cherche encore les bonnes réponses pour sa prochaine leçon didactique.

Plus beau pays du monde, la France doit devenir le dernier paradis des touristes, des gourmets, des amateurs de vins fins… Il faut y aller pour dépenser agréablement son argent, surtout pas pour en gagner… la créativité française est à ce point débridée, indisciplinée, qu’il est pratiquement impossible de la canaliser dans une stratégie marchande crédible… la France est un foutoir… c’est d’ailleurs probablement ce qui en fait tout le charme… il faut donc prier le ciel pour que surtout rien ne change.

La question cruciale reste bien ces salauds de pauvres qui n’y comprennent rien… on ne s’en étonnera pas sachant qu’ils ont été délibérément exclus du plantureux festin des riches dont Macron tient visiblement à se faire le meilleur champion… il n’a d’ailleurs pas tort de penser qu’il est plus facile, surtout plus rentable, de taxer à 1000 euros quelques millions de français que d’essayer de faire payer quelques millions d’euros à des malins singes qui feront tout pour ne pas vous donner un centime.

Je l’ai déjà dit et répété… on ne fera jamais… je dis bien jamais… payer les riches dans la complexité du système actuel… les états devront donc bien se rabattre sur tous ces salauds de pauvres qui rechignent à financer des gouffres sans fonds alors qu’ils n’ont aucun moyen de se défendre sérieusement…

Justice, fisc, huissiers, police, banquiers, caméras, informatique, prisons, se chargeront aisément de détrousser tous ces ploucs récalcitrants… les mêmes se révèlent paralytiques quand il s’agit d’affronter la haute technicité financière des vrais riches, ces rapaces qui les narguent cyniquement, fumant leurs gros havanes, verres de Chivas à la main, sur leurs yachts somptueux dont les ponts-salons luxueux sont envahis par de ravissantes jeunes starlettes désintéressées, aux formes plus qu’appétissantes.

‘Le changement c’est maintenant’… proclament en chœur tous ceux qui se jurent bien de ne surtout rien changer… ‘Pourquoi changer une équipe qui gagne ?’… Quel est l’imbécile qui scierait la branche sur laquelle il est assis ? Détruire les conditions même d’une confortable sinécure relève clairement de la psychiatrie lourde… les riches doivent rester riches, les pauvres doivent rester pauvres… c’est une évidence lumineuse que les grands de ce monde ont parfaitement assimilée… nous pouvons donc compter sur eux pour que rien ne change jamais sauf une improbable révolution réussie qui ne ferait finalement qu’inverser ces rôles précis que chacun doit normalement assumer.

‘Coco, vous n’êtes qu’un cynique.’… C’est exact… mais ne le dites pas à mon père décédé, il pensait que je n’étais qu’un vil commerçant… il n’avait d’ailleurs pas tort… puisque nous sommes en veine de confidences je vous ferai tout de même un aveu qui me coûte… il n’y a qu’un seul moyen de faire payer les riches… lequel ?… les mettre brièvement au gnouf pour réfléchir… vous imaginez mal la vitesse à laquelle ils vont vous supplier de reprendre leur bon argent… Enfermez les cardinaux à la chapelle Sixtine pour que le successeur de Saint-Pierre soit rapidement désigné.

La pénalisation quasi-immédiate des graves infractions financières constatées est le seul moyen de les abolir à bref délai… Mohammed Ben Salam Al Saoud, Roi d’Arabie Saoudite, a récemment expérimenté cette méthode expéditive avec de rapides résultats exceptionnels… Comme lui, il faut pénaliser la criminalité en col blanc pour y mettre un terme définitif… le reste n’est que de la musique d’ambiance pour détourner l’attention, pour endormir les naïfs aux quarante enfants.

Aux salauds de pauvres, je dirais enfin de se choisir un bon maître riche… ils sont rares, c’est vrai, mais il en existe qui adoucissent alors leurs vies misérables, la norme retenue pour 97 % de la population mondiale… la misère également partagée n’est pas trop choquante, ce sont les contrastes criants qui choquent les manants… si les riches étaient moins cons, moins frimeurs, moins exhibitionnistes, s’ils éclaboussaient moins, s’ils étaient même parfois meilleurs que d’autres riches, personne ne se formaliserait trop de cette différence de statut.

Le parallèle avec l’esclavage dans les civilisations antiques est évident… un esclave dans l’antiquité pouvait être heureux chez un bon maître… il ne pouvait pourtant pas le choisir alors que les salauds de pauvres actuels sont libres de se choisir un meilleur maître… il leur suffirait donc de profiter de cette liberté de choix au lieu de perdre leur temps dans des luttes syndicales qui ne débouchent généralement sur rien de concret.

Jules Adler. 1865-1952. Paris. La soupe des pauvres

La lutte ouvrière était sympathique au 19ème siècle, elle n’a malheureusement pas évolué malgré ses véritables acquis nécessaires de l’époque… Aujourd’hui, les syndicats détricotent ces acquis qu’ils contribuent à détruire consciencieusement par une incompétence crasse en se mettant finalement tout le monde à dos… une cause trop impopulaire est une cause condamnée, n’en déplaise à ces ayatollahs rabbiniques de la cause ouvrière.

En définitive, le seul monde idéal serait un monde avec des pauvres moins pauvres, juste un peu plus heureux… avec des riches moins riches mais tout aussi heureux… imaginer une révolution plus radicale relève des grandes utopies classiques si mon fantasme d’un monde meilleur n’était pas déjà celle d’un vieillard dégoûté… Qui réaliserait un tel beau et grand projet raisonnable ?  Vladimir Poutine, Donald Trump, Angela Merkel, Emmanuel Macron, Jean-Claude Juncker, Christine Lagarde, Didier Reynders ? Inutile de rire aussi bruyamment… je vous entends.

Il me suffit déjà de lire dans l’Echo les dernières déclarations de notre volubile génie du Boulevard d’Avroy pour comprendre qu’on n’est pas sorti de l’auberge… Comment oser soutenir que l’introduction en Bourse de Belfius-Dexia n’a aucun besoin d’attendre la solution du problème Arco, son casse du siècle en 2008… 800.000 petits actionnaires du Mouvement Ouvrier Chrétien ont perdu leurs maigres économies dans cette faillite mémorable…

La même année, 500.000 familles bourgeoises belges, actionnaires de Fortis Banque, avaient également été plumées par ce pirate liégeois… des milliers de cadres moyens et supérieurs ont été spoliés, démotivés, dans un scandaleux programme de stock-options orchestré par l’immense nain d’Outremeuse qui fut le grand penseur de cette malversation au seul profit de l’État Belge… Quel grand patriote…

Toute cette boue financière, cette économie du casino, m’est devenue simplement irrespirable comme la gestion de notre dette souveraine… cette gigantesque chaîne de Ponzi légalisée pour ruiner en douceur les petits épargnants belges, ceux qui ont encore la naïveté de faire confiance à un individu dangereux qui devrait partager la cellule d’un Bernard Madoff, rempli d’admiration devant autant d’audace.

Salaud de Pauvre, dis-nous de quoi tu as besoin, nous t’expliquerons comment t’en passer. (Coluche 1.1)

Vilain Coco

 

 

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