Arrogance des cons

Week-end de rêve en Belgique… on se serait cru en Casamance… la Belgique au soleil mérite les détours par Lasne, Uccle, Knokke-le-Zoute… la terrasse du Messager de Bruxelles à Lasne, le Rallye des Autos à Uccle, le Clubhouse du Royal Golf Club du Zoute, Royaume incontesté du vieux Comte Léopold Lippens.

Dans ces lieux privilégiés, le bourgeois belge est persuadé de se trouver au centre du monde… mieux encore, il imagine être ce centre du monde… c’est à mourir de rire mais c’est ainsi… c’est ridicule mais il se fait que le Belge est généralement assez ridicule…

Rassurons tout de même le bourgeois belge, le ridicule est équitablement réparti dans le monde depuis qu’il ne tue plus, s’il avait jamais tué… Avec les bourgeois belges, nous tenons évidemment des champions de ce ridicule mais, à leur décharge, ils n’en ont aucunement le monopole.

Les trois moments cruciaux de la journée sont d’évidence le lever, le coucher, le zénith d’Aton, seul vrai dieu solaire visible, dans son incompréhensible Sainte Trinité, laborieusement expliquée par son Prophète… Vilain Coco… le fils chéri, né d’une vierge, envoyé sur notre terre de misère pour annoncer aux humains criminels la bonne nouvelle d’un nouveau monde d’amour.

Il est cinq heures, Paris s’éveille, Paris s’éveille… les travestis vont se raser… les stripteaseuses sont rhabillées… les traversins sont écrasés… les amoureux sont fatigués… Jacques Dutronc chante Paris, bien sûr au centre de ce monde immonde.

Premier café avant la brève glossolalie matinale… j’imagine New-York – Los Angeles qui s’endorment d’épuisement… Rio-de-Janeiro – San-Paulo ronflent encore profondément… Tokyo, Pékin, Shanghai, Hong-Kong, Bangkok, se préparent à déjeuner rapidement dans une véritable fourmilière humaine, une foule angoissante pour un Européen terrorisé, perdu dans ce grouillement presque inimaginable.

Il faut avoir vu l’aéroport de Shanghai pour remettre Zaventem à sa juste place dérisoire… il faut être monté dans un train filant à 400 km/heure pour qualifier le Thalys de tortue… il faut accéder à la grande place centrale de Shanghai pour mesurer le sens profond d’une cohue humaine dont on supplie Aton de vous sortir sain et sauf…

Je serrais nerveusement la main de mon ingénieur chinois pour être certain de ne pas le perdre… ‘Be nice, Jacky, it’s so crazy… I beg you, Jacky, my good friend… save my life… I’ll pay you… your price is definitely mine.’… C’est marrant tout ce qu’on donnerait volontiers quand le danger nous menace soudainement… les bourgeois, toujours indifférents, devraient parfois s’en souvenir… Grand ouf de soulagement en retrouvant le lobby d’un hôtel international… les mêmes que chez nous… Bizarre, n’est-il pas ?

Des mois plus tard, Jacky est venu nous visiter chez Systemat à Lasne… A Bruxelles, il se croyait à la campagne en circulant Avenue Louise… le Palais de Justice, le Palais Royal lui semblaient bien modestes comparés à la Cité Interdite, le Palais d’Eté, la Grande Muraille de Pékin… l’Atomium, un drôle de jouet amusant, probablement construit en deux semaines avec leurs échafaudages en bambous… Si Bruxelles est le centre du monde, alors Shanghai, Pékin, Hong-Kong, Bangkok doivent être des planètes intergalactiques.

Après un mois passé en Chine, j’avais retrouvé le Royaume de Groland avec un soupir de soulagement… Mieux me valait le petit ridicule belge à l’agitation délirante de ces tronches de citron aux yeux bridés… Un effet d’échelle tellement démesuré que je me demande encore comment il peut complètement échapper à nos concitoyens parfaitement indifférents à tout ce qui ne les concerne pas très directement.

Plus j’y réfléchis, plus tout cela me semble dingue… Demandez à un bovin américain où se trouve la Belgique… neuf de ces boeufs sur dix seront bien incapables de vous situer notre immense Royaume sur une mappemonde offerte en appui d’une question-piège aussi délicate…

Posez à un Africain n’importe quelle autre question sur la très grande actualité belge… Souriant, le noir vous proposera certainement d’en discuter… Une longue palabre à l’ombre d’un fromager en buvant l’Ataya… brûlant, amer, trop sucré… indispensable à la lente maturation d’une réponse impossible… Heureusement pour vous, rien n’est impossible pour un Africain… Essayez, vous verrez.

Ce mercredi vers 09h00 du matin, la Comtesse Bérangère de Moulebourre quitte la villa familiale de Lasne dans sa nouvelle Porsche Cayenne 4×4 pour son deuxième brushing hebdomadaire chez ‘Biguine’ face à ‘La Tartine’… La bonne quarantaine dépassée, la Comtesse a déjà refait son nez, ses lèvres, ses paupières, quelques petites ridules… les seins affaissés seront rénovés après les grandes vacances aux frais de son généreux amant du moment, le Baron Del Fossetto di Farniente al Porco Fresco

Parfumée en ‘Rive Gauche’ de Saint Laurent, impeccablement maquillée, lèvres roses pulpeuses, des yeux de biche aux abois, confortée par le contact léger de sa fine lingerie La Perla, la Comtesse jette nerveusement un regard sur son douzième I-Phone X 256 Go Argent… Rien… le Baron doit encore dormir… Le temps presse pourtant… Pas question de rater le rendez-vous crucial de 11h00 au Delhaize – Mazerine avec Chantal et Ludovine, ses deux partenaires préférées du jeudi matin au Women’s Day du Royal Golf Club Waterloo…

Elles déjeuneront d’ailleurs ce midi, déjeuner entre filles, sur la terrasse ombragée qui domine le parcours mythique de ‘La Marache’… un parcours rendu impossible, impraticable pour la grande majorité de ploucs maladroits, grâce à l’action décisive, déterminée, de Philippe Relecom qui ne rêvait que de grands sommets golfiques internationaux pour marquer sa transition présidentielle… Tout ici respire l’élitisme, le savoir-vivre entre gens convenables, la grande tradition bourgeoise mercantile, comme nous l’expliquait… l’Echo du 10/08/2017… meilleur journal économique de notre immense Royaume de Gotha.

Le Comte Edouard de Moulebourre est parti au bureau vers 06h30 du matin pour éviter les embouteillages quotidiens du Béwé… Gestionnaire de fortunes chez… ING Private Banking… le Compte est devenu riche à force de fabriquer des nouveaux pauvres avec d’anciens riches à qui la banque répète ses éternelles fariboles abracadabrantesques…

Calme, patience, privilégier les stratégies à très – très long terme, surtout ne jamais céder à la panique, diversification salvatrice, déposer ses précieux œufs de Fabergé dans différents paniers… Impossible de ne pas se ruiner dans une équation aussi diabolique à laquelle il ne manque que la gestion discrétionnaire pour accélérer, si c’était encore possible, la descente vertigineuse aux enfers de la précarité… Appauvrir le client pour enrichir le banquier… la martingale gagnante depuis le Moyen-Âge.

Le Comte ne rentrera à Lasne que vers 20h00 pour éviter les embouteillages du soir… épuisé, il ne raterait pourtant pas pour un empire le journal de TF1, les nouvelles boursières en boucle de Canal Z, la clôture de 22h00 à Wall Street, signal d’aller s’endormir profondément car demain est un autre jour… Le couple se parle peu… Ils font chambre à part car le Comte ronfle comme un bûcheron canadien… Les trois merveilleux enfants qui cimentent la réussite de cette heureuse union ont été rapidement fabriqués, douloureusement mis bas au début d’un mariage qui avait marqué, par son luxe exagéré, l’actualité mondaine du mois d’août 1997 sur les terrasses apéritives de la place Mas-tu-vu après de brèves fiançailles festives lors de la fête des Belges, le 21 juillet sur les plages de Pampelonne.

Il est donc devenu inutile de se livrer encore à ces exercices acrobatiques bestiaux, déconseillés par la moraline de la culpabilité judéo-chrétienne… la copulation n’est tolérable que pour la reproduction de jeunes croisés hallucinés au service du Christ-Roi… Comme leurs parents tendrement aimés, les trois enfants de Moulebourre pratiquent le golf au Waterloo sous la houlette du Capitaine, Frédéric Ropsy… le Hockey sur Astro chez les canards du Watducks… Un sport individuel, un sport d’équipe, de quoi produire une race saine de jeunes blancs-bleus belges, sains, conquérants, victorieux, à l’abri des dangers de l’alcool, de la drogue, de la pornographie, des débauches juvéniles.

Les après-midis piscine, les barbecues de week-end, les rallyes mondains de jeunes boutonneux, le bal de débutantes au Concert Noble, sont autant de précieuses occasions pour favoriser les meilleures rencontres au sommet… il faut préparer les futures élites qui assureront à la famille de Moulebourre une expansion de leur incontestable influence dans un minuscule monde de frimeurs irrespirables… ils sont très exactement ce centre de ‘leur monde’, celui qui n’existe que dans leurs esprits délabrés alors que le reste du monde les ignore tout aussi superbement quand il ne s’en moque pas ouvertement.

Heureusement pour les de Moulebourre, depuis la mort de Jean-Baptiste Poquelin, le ridicule ne tue plus les bourgeois anoblis… Malheureusement pour moi, l’émission ‘Striptease’ a fermé la boutique… ils tenaient là des champions toutes catégories du ridicule pour l’organisation d’un fabuleux ‘dîner de cons’… A Lasne, à Uccle, au Zoute, à Courchevel, à Saint-Tropez, ils n’auraient eu que l’embarras du choix des acteurs principaux.

La prétentieuse arrogance des cons insignifiants creuse encore la souffrance du génie. (VC 1.1)

Vilain Coco

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