Parricide

Pulsion freudienne décrite dans la mythologie grecque, les héritiers mâles voudraient assassiner le père, pire encore, s’accoupler avec la mère pour effacer jusqu’à la trace du géniteur dans le temple de la maternité… il s’agit clairement d’un profanation sacrilège mais elle serait courante dans la fantasmagorie des jeunes éphèbes qui veulent prendre la place du Patriarche.

Un premier pilier de la philosophie grecque, l’immense Parménide d’Elée, devait ainsi se faire assassiner par un vulgaire étranger dans… ‘Le Sophiste’… sous la propre plume de Platon puisque Socrate avait prudemment préféré quitter le salon où l’on causait maïeutique, probablement pour ne pas devoir se mouiller… l’accoucheur des esprits était un rusé renard.

Ce premier crime littéraire en engendrera tant d’autres plus sanglants dans notre Histoire que je préfère vous les épargner pour ne pas sombrer dans une perspective trop pessimiste sur les joies pauliniennes de la nécessaire famille judéo-chrétienne… L’avorton de Dieu ne n’est pourtant jamais marié, n’a jamais eu d’enfants, déconseillait vivement les galipettes pour le seul plaisir des sens…

Il fallait par contre s’y adonner, avec sobriété s’entend, pour que la parole de Dieu à Adam et Eve au Paradis Terrestre soit couronnée de succès… ‘Dieu les bénit, Dieu leur dit… Soyez féconds, croissez, et multipliez, et remplissez la terre, et l’assujettissez.’ (Genèse 1.28)

Le jardin d’Eden; Jacob de BACKER, Huile sur bois; Musée Groningue, Bruges

Le moins que l’on puisse dire est que nos premiers ancêtres croquèrent dans la pomme avec trop d’appétit, s’ adonnant probablement avec une ardeur frénétique à des accouplements bestiaux qui devinrent ainsi le péché originel, celui qu’il allait falloir racheter par la crucifixion d’un rabbin hérétique aux yeux de ses propres contemporains.

On notera au passage que c’était dans ce cas le Père qui tuait le Fils comme voulait le faire Abraham avec son fils Isaac si un Ange de passage n’avait miraculeusement arrêté le bras du vieux criminel potentiel… C’est un bélier innocent, passant là par un regrettable hasard, qui fut finalement victime du sacrifice exigé.

L’idéal pour ne pas risquer de se faire occire par ses héritiers serait clairement de ne pas en avoir… Friedrich Nietzsche pensait qu’un philosophe marié, avec des enfants de surcroît, était un philosophe ridicule… Michel Onfray, moins catégorique, recommande le mariage à bail 3-6-9 s’il fallait absolument régulariser un compagnonnage qui exigerait une finalité socialement respectable.

Je partage ces points de vue qui me semblent mieux correspondre aux réalités de nos sociétés modernes… Jean d’Ormesson, un fieffé coquin, attirait l’attention de Marc Fogiel sur la longévité de la vie moderne qui rendait plus délicate les promesses de fidélité éternelle du sacrement… Il y a quelques siècles, avec une espérance mathématique de vie de l’ordre de cinquante ans, il était relativement aisé de respecter ces engagements solennels… la longévité actuelle, grâce aux progrès de la science médicale, devrait être mieux prise en compte dans les contrats de mariage.

Ajoutons-y que la vie de château permettait alors de réserver une aile à Madame pendant que Monsieur s’ébattait tranquillement avec sa soubrette dans l’aile opposée… la vie des Bourbons depuis le Vert-Galant, comme celle des Orléans, foisonne de ces arrangements possibles dans de vastes demeures qui le permettaient alors facilement…

Les crises répétitives, les prix astronomiques de l’immobilier, la morale chrétienne, le féminisme exacerbé, contraignent aujourd’hui les mâles en rut à fréquenter discrètement des lieux de débauche que la moraline catho-bourgeoise condamne avec véhémence. (Voir Dernière Heure en pg 25).

Le drame des philosophes mondains reste bien celui de philosopher sans mettre en pratique les sages recommandations des grands philosophes… Vers la soixantaine, je m’étais piqué de creuser ces obscures questions existentielles… Comme de coutume, quand je me découvre une nouvelle marotte, je commence par acheter tout ce qu’il y a moyen de trouver sur le sujet… le fait de posséder une large bibliothèque d’ouvrages philosophiques me rend déjà curieux, donc peut-être plus intelligent… je ne suis pas certain de tout lire mais le seul fait d’avoir ces ouvrages sous la main, à disposition, me rassure déjà sur la probabilité de cet apprentissage souhaitable.

Je vous rassure, je n’ai évidemment pas tout lu… j’en ai même éliminé beaucoup, décidant d’autorité que certains ouvrages étaient rigoureusement illisibles… Platon, Heidegger, Sartre, Bergson, doivent être sauvagement remis sur les étagères aux côtés de Marcel Proust… Par contre, Nietzsche, Onfray, Cioran, Camus, Gombrowicz, Revel, Debray, sont devenus de véritables compagnons de route avec le Mémorial de Sainte-Hélène, la Bible TOB, le Coran… c’est déjà un fort bel effort.

Quand vous vous plongez dans ces mondes d’idées, vous passez votre temps à vous questionner… pourquoi vous avez fait ceci, pourquoi vous n’avez pas fait cela… c’était tellement évident… c’est probablement parce que c’était évident que nous ne l’avons pas fait… ce qui est évident donne souvent envie de passer outre, pire encore, de juste faire le contraire… ma mère italienne me surnommait… ‘Bastien contrario’… elle avait raison… c’en est une preuve supplémentaire.

Il ne faudrait jamais se marier, donc je me suis marié… il ne faudrait jamais faire d’enfants, donc j’ai fait des enfants… il faudrait toujours être fidèle en amour, donc je ne l’ai jamais été… il suffit d’ailleurs de m’interdire quelque chose pour que je le fasse immédiatement… Après tout, je suis un vieux soixante-huitard attardé qui n’a retenu de cette mémorable chienlit que le… ‘Il est interdit d’interdire’.

La philosophie qui ne se traduit pas concrètement dans les actes du soi-disant philosophe n’est finalement qu’un inutile exercice intellectuel, une pathologie masturbatoire, un onanisme condamnable, le fameux crime d’Onan, fils de Juda, qui préférait jeter sa semence à terre plutôt que de féconder, comme il convenait, la femme de son frère décédé…

Pour avoir enfreint la loi du ‘lévirat’, Dieu aurait puni Onan de mort… la femme d’Er faisait partie de son héritage hébraïque, il se devait de l’honorer au lieu d’abuser de lui-même avec le secours de la main… Pas de circonstances atténuantes pour le crime de veuve ‘Poignet’ dont il se murmure qu’il serait encore discrètement pratiqué dans certaines familles bourgeoises… je n’en crois pas un traître mot.

A force de ne pas faire ce que je savais philosophiquement devoir faire, je n’ai plus aucune raison valable de m’étonner des conséquences fâcheuses de mes actes posés… les épouses, s’estimant abandonnées, n’ont légitimement trahi qu’un traître… les enfants se sont révoltés en rêvant du parricide d’un géniteur dont ils imaginaient qu’il n’aurait rêvé que d’infanticides… il suffit ensuite d’y ajouter la vulgarité de la dimension financière pour faire de cette banale taupinière un Himalaya de revendications injustifiables.

1725 Jan Wandelaar, Roman execution for parricide

Mais ainsi va la vie… c’est la règle du jeu qui s’impose à tous, même à ceux qui s’étaient bien jurés de ne jamais la respecter… l’anarchie n’est plus qu’une posture qui a fait son temps… il est l’heure de rentrer dans les rangs… Merde, alors.

Le parricide est devenu nécessaire puisque l’infanticide n’est plus toléré. (VC 1.1)

Vilain Coco

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