L’audace Trump

A Singapour, durant la nuit de lundi à mardi, se jouait une formidable partie de poker planétaire entre l’Amérique de Donald Trump et la Corée du Nord de Kim Jong-un… Les deux hommes sont parfaitement imprévisibles tout en connaissant parfaitement leurs cartes stratégiques depuis l’armistice de 1953… comme il est impossible qu’ils aient la même donne, il y en a forcément un des deux qui devrait avoir une meilleure main.

Comment alors atteindre ce fameux… ‘Art of the Deal’… cher à Donald Trump qui s’en est fait une spécialité durant toute sa vie de milliardaire ? Il est de bon ton en Europe de présenter ces deux dirigeants politiques comme de véritables fous furieux… Le récent fiasco du G7, à Malbaie au Canada, fut une nouvelle occasion pour les Européens de déverser leurs aigreurs d’estomac contre ce Président Trump qu’ils détestent positivement… Ce type chamboule tous leurs schémas classiques de négociations interminables.

Depuis son élection, que j’ai toujours tenue pour certaine, j’ai encore la faiblesse de penser qu’un fou furieux devient rarement milliardaire, surtout dans un métier aussi complexe que l’immobilier de grand luxe… Quant au jeune leader Nord-Coréen, j’avais soigneusement étudié son passé sulfureux pour apprendre avec surprise qu’il avait très discrètement fait d’excellentes études à Berne en Suisse avant de succéder à son père en 2011 comme Président à vie de la Corée du Nord.

Kim serait un bon mathématicien, un fin connaisseur du basket-ball NBA, un grand admirateur de Mike Jordan… Un personnage compliqué qui cultive le goût du secret, le sens de la manipulation, la mégalomanie familiale… l’homme ne recule devant rien… il est clairement dangereux mais sans nullement correspondre à la caricature que veulent nous en donner les médias européens… Comme de coutume, la réalité est tellement plus complexe.

Donald et Kim savent très bien que le monde entier les regarde pendant qu’ils écrivent une nouvelle Histoire qui n’appartiendra qu’à eux… Inutile donc d’inviter les pique-assiette habituels qui s’agitent vainement dans des palabres sans fin pour se donner la prétentieuse importance qu’ils affichent volontiers… les G7, G8, G20 ne sont qu’autant de fiascos inutiles, présentés dans de longs communiqués, pesés millimétrés, pour expliquer aux badauds que strictement rien n’a finalement été décidé…

La principale décision de ces ‘brols’ consiste généralement à fixer la date et le lieu de la prochaine rencontre au sommet… Je vous accorde qu’il ne s’agit pas d’une décision mineure… il faut un environnement agréable, une sécurité maximale, des hôtels de grand luxe, une logistique impeccable, un aéroport capable d’accueillir la déferlante de Business-Jets qui vont atterrir dans la localité sélectionnée… chaque minute compte pour ces hautes personnalités qui ne supportent plus la moindre contrariété… il suffit d’observer la fougue de Christine Lalouette-Lagarde, en importante mission FMI, pour comprendre, dès la descente chaloupée de son Corporate-Learjet, que ce ne sera pas une partie de franche rigolade.

Après la déroute du G7 la semaine dernière au Canada – Québec Libre, la média-sphère a crié au scandale … On croyait entendre brailler Georges Marchais comme à sa plus belle époque sur TF1… ‘Taisez-vous Elkabbach, c’est un scandale’… Donald Trump n’aura même pas attendu le communiqué final de cette cour de récréation G7 pour s’envoler sur Air Force One à destination de Singapour… il devait rejoindre son nouvel ami, autrement plus important…

‘De minimis non curat Praetor’… ‘le Chef ne se soucie pas des détails’… traduction pour les jeunes incultes, genre Judas Iscariote Lescot dont la dernière lecture remonte à sa rhétorique de Catteau avec son album Tintin préféré… ‘On a marché sur la Lune’…

Donald Trump se fiche pas mal des gamins qui se la pétaient grave dans ce G7… inutile d’ailleurs de les affronter en groupe… ‘Divide ut imperat’… il faut diviser pour régner en Maître… Les prendre un par un, avec de grosses claques USA dans le dos, pour faire exploser leur belle unité apparente… Une bonne fessée d’abord, les bonbons de demain sont déjà prêts dans les tiroirs du Bureau Ovale.

‘Pas de panique, Angela… une bonne taxe de 20 % sur tes Mercedes – BMW – Audi… mes bœufs américains payeront sans rechigner… ils n’ont plus la moindre envie de rouler dans leurs vieilles caisses de Detroit… Cadillac – Chrysler – Chevrolet – Ford.’

‘Pourquoi tu tousses, Justin… laisse moi faire, my friend… On est voisins et amis, non ?… entre voisins, on finira toujours, plus tard, par trouver une solution.’

‘Emmanuel, tu es mon seul héros européen, tu le sais quand même ?… Alors cesses de m’emmerder avec ta grande Union Européenne à l’agonie… Notre ennemi commun c’est le Chintok… ensemble, on va se payer Xi Jinping.’

Chacun son tour, little guys… Dans un an, ce sera la bataille rangée dans la cour de l’école primaire jusqu’à ce que Donald Trump siffle la fin de la récréation pour les G-machin, les COP-bastringue, les Summits-bazar, les Nations-Désunies, la Croix-Violette, le Croissant-Orange… Je comprends parfaitement l’angoisse de ces armées de fonctionnaires qui comptaient sur cette pestiférée d’Hillary Clinton pour protéger la confortable paralysie du système en honneur… Avec Hillary, tout était prévisible, un scénario bien connu puisque rien n’aurait jamais changé…

Qu’allons-nous devenir avec ce Donald Trump qui prétend gérer notre avenir ? Gérer ‘à l’instinct’ qui plus est, comme il l’expliquait en 1987 dans son bouquin… ‘The Art of the Deal’… Si les hommes d’affaires se mettent à gérer la planète à l’instinct, comme ils gèrent leurs entreprises, nous allons prochainement recevoir notre congé sans solde… Ils n’ont pas tort… Quel est en effet le chef d’entreprise responsable qui accepterait de payer des milliards de dollars pour de gigantesques ‘Brols’ qui ne servent foutrement à rien ?

Donald Trump est à la politique ce que l’Informatique – Internet est à l’économie globale… Un tremblement de terre force 9 sur l’échelle de Richter, donc dévastateur… tout bascule, tout vacille, tout s’écroule, sous les coups de boutoir d’un changement en accélération prodigieuse… le changement, c’est le pire des cataclysmes pour les loufiats installés dans le savoureux fromage dégoulinant… Quand un volcan entre en éruption, il n’y a plus rien à faire sauf à déguerpir en abandonnant tout à la coulée de lave… on court se mettre à l’abri dans la salle de gymnastique de la commune perchée la plus proche.

Hagards, fiévreux, horrifiés, nos prétentieux fonctionnaires, en élégants costumes trois pièces, vont enfin connaître le sort peu enviable des chômeurs, des victimes, des immigrés, des déplacés, dans les camps de toile de leurs superbes organisations humanitaires… on leur apportera le copieux secours alimentaire… un quignon de pain sec, une bouteille d’eau potable, un bol de brisures de riz, une paillasse sur châlit pour échapper aux rats qui infestent leurs camps d’urgences, des solutions provisoires qui durent depuis quelques dizaines d’années.

Auguste Lucas Glaize – The Purveyor of Misery 1860

Ils n’avaient aucune solution humaine pour les miséreux, les réfugiés, les estropiés, les malades, les blessés, les assoiffés, les affamés… Ils ne connaissaient que leurs réunions interminables, leurs droits de veto, leurs communiqués à la graisse de noix, leurs apparitions barbantes à la télévision pour nous expliquer sentencieusement l’inexplicable… N’importe quelle société commerciale gérée par des kloufs de cette espèce connaîtrait un sort funeste quelques mois après sa création… ces zozos internationaux tiennent le coup depuis trois-quart de siècle aux frais du Prince qui en a complètement marre de raquer pour d’aussi maigres résultats.

Avec Donald Trump, Kim Jong-un, Poutine, Xi Jinping, Internet, le monde entre dans une nouvelle ère dont il est impossible de prédire l’avenir… De toute manière, faire pire que ce que nous avons fait jusqu’ici relève de la mission impossible…

Nous avons tout subi, il n’y a donc plus grand-chose à craindre… A 77 ans, je ne crains strictement plus rien… je me marre simplement de pouvoir encore assister au dernier… ‘Big Deal à l’instinct’… de mon ami Donald Trump, n’en déplaise aux hordes d’imbéciles qui se gaussent toujours de lui.

L’audace de Trump n’a d’égale que la lâcheté de l’Europe. (VC 1.1)

Vilain Coco

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