Une simple histoire

Il y a plusieurs manières de raconter une histoire… elle peut être vraie ou fausse… elle peut aussi être vraie mais légèrement améliorée pour la rendre plus drôle, plus intéressante, plus parlante… Il ne s’agit alors que d’une licence verbale ou littéraire que les raconteurs ou les romanciers emploient volontiers pour notre plus grand plaisir.

Je connais au moins deux excellents artistes qui peignent… ‘à la manière de’… ce ne sont pas des faux puisqu’ils signent leurs tableaux de leurs noms sans imiter la signature de Picasso, Modigliani, Gauguin, Botero, Hoover… je regarde pourtant leurs œuvres avec les mêmes yeux émerveillés que ceux de celui qui regarderait une toile originale de ces grands maîtres.

Tout l’art de la communication est basé sur cette faculté de mieux raconter des histoires vraies… il y a malheureusement aussi des paquets de communicants qui racontent avec talent des histoires complètement fausses… ce n’est plus alors de la communication mais bien de la désinformation, de la manipulation… les champions toutes catégories de la manipulation sont certainement les politiciens, assez largement devant les avocats, les banquiers ou les assureurs.

J’ai déjà dit tellement de mal des banquiers que je pourrais peut-être les épargner aujourd’hui… Dégainer contre les politiciens revient aussi à tirer sur une ambulance après le bombardement d’Alep ou Palmyre… Actuellement, en pleine campagne électorale, ces artistes vont de nouveau se couvrir de ridicule au point qu’il n’est plus vraiment nécessaire d’en rajouter une couche… il faut les voir tous s’agiter dans leurs communes de ‘Clochemerle’ pour nous expliquer tous leurs sujets favoris, lancer leurs débats palpitants, qui n’intéressent strictement plus personne…

Là, je ne vous parle encore que des élections communales à Céroux-Mousty, Bouffioulx ou Lasne-Chapelle-Saint-Lambert… Parallèlement, on votera également pour les élections provinciales, un bidule étrange dont personne ne sait très bien à quoi il sert sauf à nommer quelques créatures cornaquées par un respectable Gouverneur chamarré dont on n’entendra plus jamais parler avant les prochaines élections provinciales.

Le pouvoir communal, on le connaît mieux… ce sont ces brillants fonctionnaires qui nous emmerdent à tous les virages… excès de vitesse, ivresse au volant, tapage nocturne, abattage d’arbres, crottes de chiens, police communale, permis de bâtir, abris de jardin, salle de sports, ducasses, marchés de Noël, bal du bourgmestre… ce ridicule petit pouvoir de proximité devient rapidement une nuisance par le seul fait de sa trop grande proximité… c’est une forme de trouble de voisinage… il n’y a rien de pire que les petits pouvoirs entre les mains de jeunes crétins qui vous connaissent alors qu’ils ne vous veulent pas nécessairement que du bien.

J’ai vécu autrefois ces ambiances toxiques dans la commune de Lasne où j’ai habité pendant près de cinquante ans… les anciens brasseurs Wielemans-Rotthier règnent sur cette paisible commune ‘bucolique’ depuis deux ou trois générations… Propriétaires de nombreuses villas et de plusieurs hectares de terres agricoles, on peut comprendre leur intérêt pour la gestion de cette commune qu’ils considèrent comme leur patrimoine privé… Les Rotthier sont au grand Lasne ce que les Lippens sont à Knokke-le-Zoute… Les deux familles surveillent attentivement toutes les réglementations, surtout urbanistiques, qui peuvent valoriser ou dévaloriser leurs héritages familiaux.

L’ennui est que, toujours à la direction du service d’urbanisme, ils s’occupent également de l’héritage des autres avec une étrange pugnacité négative qui étonne parfois leurs victimes dont je fis autrefois partie… je ne vous raconte plus les obstacles dressés par cette grande famille libérale pour me nuire, pour empêcher l’installation de ma société Systemat en bordure de la chaussée de Louvain, donc sur leur terrain de chasse favori…

Nous avions heureusement connu une accalmie avec Brigitte Defalque après la fuite opportune de Thierry Rotthier vers son paradis fiscal en Uruguay… Brigitte Defalque partie ensuite vers de plus hautes destinées politiques, c’est la jouvencelle, Laurence Rotthier, qui s’est installée dans le fauteuil mayoral MR de Papa… Elle n’a pas eu trop le temps de me laminer les burnes mais j’avais déjà compris que la ferme intention y était… j’avais heureusement pris ma retraite en 2011, juste avant de divorcer pour quitter définitivement cet apparent havre de paix qui camoufle mal un nœud de vipères dans un solide panier de crabes.

Bref, moins le pouvoir vous connaît, plus il est lointain, mieux on se porte… c’est un expert qui vous le dit… J’ai pour habitude de bien raconter mes histoires… le fond est rigoureusement exact, la forme est généralement la mienne… il n’est donc pas complètement inexact d’affirmer que je raconterais les histoires ‘à ma manière’… Une manière qui reste la stricte vérité présentée dans les formes rhétoriques qui me conviennent…

Elève assez moyen au collège, j’avais pourtant toujours un premier prix de Diction et d’excellentes notes en Dissertation… c’est probablement ce qui faisait croire à mon père décédé que je ferais plus tard un excellent avocat… il me l’a souvent répété alors que j’éprouvais déjà pour ce métier une vive répulsion inexplicable… peut-être simplement parce que c’était la profession de ce père que Freud me suggérait vivement de tuer… je n’en sais rien… je trouvais ce métier barbant, surtout peu rentable… j’entendais trop souvent à table parler de cet argent qui semblait toujours nous manquer.

Bien plus tard, dans les affaires, j’ai appris à vivre entouré d’avocats… Chaque jour, j’ai alors remercié les dieux de l’Olympe de m’avoir épargné cette sinistre profession qui eut probablement été rapidement ma tombe… Défendre l’indéfendable, servir de poubelle aux ennuis de mes clients, composer avec l’incompétence comme les paralysies d’un système judiciaire exsangue, respecter des adversaires-menteurs méprisables, raconter des montagnes de fariboles au prétexte qu’on m’aurait payé pour le faire… Tout ce bal des faux-culs m’eut été rigoureusement impossible pour une raison simple… je n’y crois pas… or je ne fais bien que ce en quoi je crois fermement.

Vous devriez avoir le temps d’aller vous asseoir dans un chambre du Palais de Justice de Bruxelles pour écouter les plaidoiries contradictoires de nos robins… il y en forcément un des deux qui se fiche du monde… pourtant je vous défie de débarquer dans une affaire pour vous en faire une idée exacte en écoutant les arguments des deux champions… c’est pourtant bien le rôle du Président qui semble s’ennuyer à mourir, autant que son greffier, l’air de dire… ‘cause toujours, mon lapin’.

En moins de nonante minutes, la messe est dite avec promesse, rarement tenue, d’un jugement à trente jours… une histoire a été racontée à la manière de chaque baveux… pourtant l’une est vraie alors que l’autre est fausse… le tout est habillé dans un charabia qu’ils font tous mine de comprendre… l’innocent se met lentement à trembler tandis que le coupable savoure déjà les fruits potentiels de sa forfaiture… Curieusement, ils font l’un et l’autre confiance à la justice de leur pays.

Le verdict tombera plus tard avec une bonne probabilité de voir l’innocent condamné, le coupable acquitté… Le plaignant comme le défendeur se quittent avec des regards de haine tandis que les deux acteurs principaux, souriants, se serrent confraternellement la main en se promettant le plaisir d’une prochaine rencontre dans une autre affaire juteuse pour les seuls initiés.

Remerciez le ciel si vous aviez gagné un quelconque procès… qu’il vous serve de leçon pour ne pas en entamer d’autres moins heureux… Vous gagnerez souvent ceux que vous deviez perdre alors que vous perdrez généralement, contre toute attente, ceux que vous estimiez naïvement imperdables.

Le vogelpik se joue au café du commerce comme au palais de justice. (VC 1.1)

Vilain Coco

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