Restons Léo

Ma pauvre mère décédée avait un goût prononcé pour le ridicule bourgeois… ce ridicule qui saute aux yeux de ceux qui l’observent alors qu’il ne serait qu’une preuve de distinction aux yeux des bourgeois…

Par exemple, Mamy avait pour habitude d’habiller ses quatre enfants de la même manière… C’est ainsi que j’ai connu le traditionnel costume marin, également un déguisement tyrolien… Être obligé se s’exhiber en rue dans ces tenues grotesques était un supplice qui avait pourtant l’air de faire le bonheur de ma mère.

Pour le Royal Léopold Club, dont mes parents étaient déjà des membres fidèles, Mamy avait imaginé une culotte courte blanche, souliers de tennis blancs, socquettes blanches, chemise ouverte blanche sous un blazer d’un rouge pétaradant avec écusson à chevrons du RLC sur la pochette… Les amies sur la terrasse s’extasiaient sur l’élégance des fils Logé alors que nos copains se foutaient royalement de notre gueule avec toute cette méchanceté propre aux jeunes de cet âge.

Chaque dimanche, dans ces tenues de clowns, nous avions droit au pique-nique en famille sur la pelouse d’honneur le long du monument aux morts ombragé par les magnifiques arbres du parc… j’en déduis que le restaurant de Robert Gibon était déjà trop cher pour les finances du jeune ménage…

Juste après la guerre, le RLC était la principale distraction de nombreuses familles belges qui n’allaient pas encore à la mer du Nord… il fallait d’abord déminer les dunes et remettre les villas en état car les allemands les avaient transformées en bunkers défensifs, portes et fenêtres murées.

Je n’ai pas le souvenir d’avoir visité le Léo dans la poussette du bébé que j’étais mais ce fut pourtant bien le cas… par contre, je me souviens que, pendant la guerre, mon père et ma mère se rendaient en vélo chez le père de Gino Mezzi, tenancier du bar, qui avait une superbe propriété le long de la chaussée de Waterloo à Rhode-St-Genèse…

Mon frère Patrick et moi étions installés dans des paniers fixés sur les porte-bagages avant de pouvoir aller jouer librement dans ce grand jardin rempli de fleurs et d’arbres fruitiers… pommes, poires, prunes, reine-claudes, fraises, framboises, groseilles à gogo… des produits rares durant la guerre… des fruits qui poussaient également en abondance le long de l’avenue Dupuich ou se trouvait à l’époque une plaine de jeux et le second terrain de hockey du Léo…

Ce terrain est aujourd’hui couvert de villas puisque nos mécènes de l’époque n’ont pas jugé utile de le racheter aux héritiers Brugmann… le RLC d’après-guerre était bien plus grand que ce qu’il en reste aujourd’hui depuis qu’il est encerclé par de belles villas de luxe.

En 1954, je gagnais mon premier titre de champion de Belgique cadet à la Coupe de Borman… l’année précédente j’avais été battu par André Valentin qui était ma bête noire comme il le fut en finale des scolaires en 1955 avant de me céder la place en 1956… je prenais la place d’André Valentin quand il montait d’une catégorie d’âge comme Eric Drossart prenait ensuite la mienne.

Le tennis était notre passion à tous… nous le pratiquions avec enthousiasme en observant avec admiration nos aînés… Philippe Washer, Jacky Brichant, Gino Mezzi, Pierre Geelhand, André Jamar, Jean-Pierre Froment, Jack Vanden Eynde, Jean-Pierre Goffart, Guy Sterno, Jean-Pierre De Bodt… On ne jouait pas encore souvent au tennis en hiver car les terrains couverts étaient encore rares sauf ceux de Jean Rostenne, un peu plus tard le fameux Beau-Site qui fut le théâtre de bien belles parties.

Brichart Philippe,Washer Ivo Rinkel and Hans van Swol 1950

Pour se maintenir en forme, Jacky Brichant jouait l’hiver au Basket-Ball dans la fameuse équipe du Royal IV… ils jouaient au Palais du Midi et j’adorais aller les voir avant de jouer avec eux quand Vincent Kaisin a pris l’heureuse initiative de créer une section Basket-Tennis au RLC…

Nous avons brillé dans ce sport comme dans les autres avec de véritables vedettes… Jacky Brichant, Coco Depauw, Paul et Jacky Narinx, Michel Mantia… tout cela est oublié pour beaucoup mais avec de si beaux souvenirs pour ceux qui ont participé à cette aventure basket.

Parallèlement au tennis, il y avait surtout le hockey au Léo avec une équipe du feu de dieu qui se jouait de la concurrence… Davis, Brigode, Dubois, Jadoul, Verdussen, Goossens, Cattoir, les Roersch, Hanssen, De Merechy… nos ennemis de l’époque étaient la Rasante, Uccle Sport, Beerschot, Gantoise, Daring, Racing… le hockey de haut niveau était encore un sport bruxellois francophone.

Moins bon au hockey qu’au tennis, j’ai tout de même vécu toute la montée en première division du Sukkelweg qui fut longtemps l’équipe des retraités du Léo, ceux qui voulaient encore s’amuser au meilleur niveau… une section de copains qui aimaient la fête, les beuveries, les fêtes, les revues avec les Pille, des grands moments de la vie du club.

Avec l’âge, on se calme, on se marie, on fonde des familles, on fait carrière, mais on garde cet esprit sportif, cet amour en rouge et blanc, ce bonheur de fréquenter ce qui reste un des plus beaux clubs européens.

J’allais oublier le Brussels Squash Racket Club, sous la Présidence de Hubert Dumonceau à qui j’avais succédé… Un sport qui connut également ses heures de gloire avant de tristement disparaître… Une fois encore, le RLC aura formé les meilleurs joueurs de l’époque avec des Ceurvorst, Goossens, Dieudonné, Shéridan, Narinx, Roersch, Steininger et même votre serviteur qui y a laissé les derniers débris de ses ménisques usés jusqu’à la corde.

Une fois rangé du sport de compétition, il vous reste le passage du témoin, le spectacle des jeunes, les appuis nécessaires pour que la belle aventure continue… je m’y suis employé avec toute la sympathie sportive qui fut toujours la mienne pour le Léo… Systemat fut un annonceur fidèle du ‘Petit Royal’… Nous avons pris tous les panneaux demandés pour financer les terrains en Astro… Nous avons sponsorisé le ‘Club Business’ comme l’équipe en division d’honneur… Nous avons fourni des voitures et des emplois à certains joueurs…

En 2006-2007, c’est encore chez Systemat que fut gérée la contre-attaque des petits actionnaires qui voulaient conserver le club tel qu’il est sans passer sous les griffes immobilières d’Aspria et des héritiers des anciens mécènes qui voulaient rentabiliser leurs participations…

Grâce au travail acharné de Eric Van Oye dans notre ‘Fondation des Amis du RLC’, la bataille fut gagnée de toute justesse en mai 2007 devant un huissier de justice venu contrôler la validité des votes à la demande de la famille Washer…

Pour sauver définitivement le Léo, j’avais décidé à l’époque de racheter les 550 actions RLC de John Vercoutere et Yves Cousin pour garantir la victoire finale… un investissement de 55.000 euros que personne ne voulait décaisser… certainement pas Judas Iscariote-Lescot qui ose soutenir aujourd’hui qu’il en serait devenu le seul propriétaire par un tour de passe-passe dont il a le secret byzantin-florentin.

J’en resterai là de cette carrière au RLC puisque ma seule récompense fut de m’en faire éjecter comme un malpropre sous les prétextes les plus infâmes, les plus diffamatoires… je ne serais qu’un ivrogne invétéré tenant des propos salaces à des gamines que je ne connais pas… je serais de plus un raciste et un véritable trouble à la franche convivialité qui se doit de régner dans un club familial…

Les bons amis qui m’ont tendu cet infect traquenard ont mis 77 ans à découvrir qui j’étais… Judas Iscariote, mon Isnogood de trente ans, y a surtout vu une belle occasion de devenir Calife à la place du Calife…

Puisqu’une juge l’a rapidement confirmé, après une audience de 90 minutes, je dois donc bien être tout ce que ces médiocres crétins racontent de moi… J’irai évidemment en appel de ce jugement inique mais, pour être honnête avec vous, je n’en ai très exactement plus rien à foutre… Vite le mois d’octobre prochain pour m’enfuir définitivement de ce pays devenu franchement toxique.

Belgique calamiteuse, Justice désastreuse, Léo contagieux… A Dreux. (VC 1.1)

Vilain Coco

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