Caramba, la berezina

Mardi soir devait être un jour de gloire, un rendez-vous avec l’Histoire, une Renaissance pour un Royaume d’opérette… Le bon peuple était dans les rues, sur les places, les terrasses, les bistrots… Aton avait choisi discrètement son camp… il faisait moche, nuageux à couvert, bruines, la grisaille bien de chez nous… on espérait le soleil d’Austerlitz, ce furent les eaux gelées de la Bérézina.

Nous avions pourtant tous les atouts… la donne était superbe… un carré d’as servi qui ne craignait qu’une improbable quinte-flush au roi de pique… il était écrit quelque part que cette probabilité nulle serait pourtant la nôtre durant cette nuit funèbre du 10 juillet 2018… la guigne, la poisse, la mélasse, la scoumoune, nous collent au cul comme de la confiture aux fraises… ‘Bonne Maman’… dont ces maudits cousins Français viennent de tartiner le fond de nos falzars.

Nous avions pourtant aligné nos meilleurs chevaliers trilingues, souvenir de la bataille des Eperons d’Or du 11 juillet 1302… Notre cavalerie cuirassée flamande aurait faire rêver Joachim Murat ou Michel Ney dans les pâtures boueuses de Kortrijk où s’était aventurée la rutilante aristocratie française… ce fut un massacre aux cris terrifiants de… ‘Schild en Vriend’… sous les coups mortels des ‘Goedendags’ qui explosaient le contenu des heaumes d’armures chaussées d’éperons d’or.

Bataille des éperons d’or (étude), Nicaise de Keyser, 1836.

Malheureusement pour nous, le Kortrijk de 1302 n’est pas la Saint-Petersbourg de 2018… le vieux lion flamand a vaguement rugi mais il n’a jamais mordu… les assauts furent nombreux mais les résultats médiocres… la bataille fut trop brève alors que, jusqu’à la dernière minute, un peuple en sanglots espérait encore prolonger l’agonie voire même la conclure par des duels individuels entre deux gardiens héroïques dont les qualités au combat furent évidentes.

Les petits Belges battus devront donc se contenter d’une petite finale pendant que la France victorieuse tiendra le rôle que nous avions rêvé d’être le nôtre… ‘Caramba… encore raté’… se lamentent Alcazar contre Tapioca, Roberto Martinez contre Didier Deschamps, Philippe 1er contre Emmanuel… ni Titi ni Zizou, tapis dans l’ombre, n’y changeront plus rien.

Funèbre 11 juillet 2018 avec une solide gueule de bois au réveil en rangeant tristement dans les placards les drapeaux, perruques, bonnets, colifichets, confettis, serpentins, achetés à grands frais… Ils serviront peut-être un jour lointain à nos héritiers mais plus à notre splendide génération ceux qui espéraient vivre cette magie d’un moment unique… l’Histoire repasse rarement les plats… les chances passent, encore faudrait-il être capable de les saisir… l’occasion était trop belle, elle ne se représentera plus de si tôt.

Vilain Coco conserve cette chance rare d’avoir longuement vécu en France, d’imaginer parfois qu’il en fait autant partie qu’Annie Cordy, Hergé, Salavtore Adamo ou Jacques Brel… Ma versatilité native me permet de choisir un nouveau chevalier blanc… Un deuxième titre français au Mondial 2018 me conviendrait maintenant à merveille alors qu’une troisième déception serait lourde à digérer.

Je fus tirailleur sénégalais avant de devenir attaquant Belge unitaire, finalement véloce Français d’adoption… Avec trois patries, je devrais bien finir par m’en sortir, me consoler de ces deux premières défaites qui me tapent sur le système nerveux… Élimination de mes amis sénégalais au nombre de cartes jaunes était une première escroquerie intellectuelle aux dépens des lions de la Teranga… Subir nonante minutes de nos héros belges à l’attaque perpétuelle contre une défense française inexpugnable fut un nouveau calvaire insupportable…

L’heure est maintenant venue de tourner casaque, de jouer la dernière carte acceptable… Allez les Bleus… Allez les Bleux… Aux armes, citoyens… Formez les bataillons… Marchons, marchons… qu’un sang impur abreuve nos sillons…

Oserais-je ajouter que mon unitarisme belge en a pris un sérieux coup dans l’aile… Car, soyons de bon compte, à part un Eden Hazard du Borinage, il ne s’agit aucunement d’une défaite des belges mais plutôt d’une lourde défaite flamande avec la complicité de quelques immigrants basanés, complètement transparents durant ce combat entre frères ennemis.

La courte victoire française me semble amplement méritée… une défense en béton armé dont nous n’avons jamais trouvé les failles… des contre-attaques d’une rapidité phénoménale pour porter immédiatement le danger dans notre camp… deux gardiens magnifiques avec des arrêts superbes de Hugo Loris comme de Thibaut Courtois… les Belges n’ont pas montré grand-chose en attaque alors que les Français étaient meilleurs que nous dans tous les secteurs du jeu… l’expérience des grands rendez-vous sportifs a parlé… il faut s’incliner sportivement, tristement certes, devant l’évidence des faits.

Ce grand souffle d’unitarisme patriotique va rapidement s’estomper sous les coups de boutoirs de nos séparatistes qui voyaient d’un très mauvais œil une victoire de la Belgique dans ce Mondial… il y avait de quoi faire capoter tous leurs minables petits calculs électoraux qui empoisonnent l’atmosphère de ce pays courtelinesque depuis sa création au forceps en 1830.

Une victoire au Mondial eut évidemment été un événement fondateur d’une unité belge retrouvée au-delà d’un slogan qui fait sourire dans les chaumières d’Uccle ou Lasne… l’Union qui devrait faire notre Force n’est plus aujourd’hui qu’une carabistouille supplémentaire dans un Etat qui les cultive avec une ardeur surréaliste… Il faut quand même imaginer la trombine des nationalistes séparatistes qui passent le plus clair de leur temps à attiser nos divisions idiotes pour décrocher des mandats électoraux qui reposent principalement sur la haine de l’autre.

Patriotisme et Nationalisme sont filles jumelles de la même mère mais l’une prône l’amour du prochain alors que l’autre l’examine minutieusement, de la tête aux pieds, avant de lui ouvrir les bras… autant vous dire que ‘tentacule’ n’est pas équivalent au ‘cul de ta tante’… Nos vertus patriotiques se sont manifestées ces deux dernières semaines dans un enthousiasme qui contraste furieusement avec le prurit du rejet de tout ce qui ne nous ressemble pas exactement.

Comprenons-nous bien, cet élan patriotique, s’il faisait chaud au coeur ces derniers jours, ne doit pas obligatoirement nous conduire à nier ce à quoi nous sommes très attachés comme, par exemple, les vraies valeurs modernes de notre civilisation judéo-chrétienne…

Que vous aimiez Roméo Lukaku, Marouane Fellaini ou Thibaut Courtois ne vous impose en aucune manière… le culte vaudou des ancêtres dans un bois sacré de l’Afrique profonde… la fréquentation d’une mosquée le vendredi à l’heure de Salât el Dohr, généralement vers 14h30… la célébration de la fête nationale flamande du 11 juillet en souvenir de la fameuse bataille des Eperons d’Or durant laquelle la chevalerie française de Philippe le Bel fut littéralement laminée par la piétaille hurlante.

Nous acceptons volontiers l’assimilation contrôlée de l’étranger qui respecte nos us et coutumes, les autres peuvent rentrer chez eux à leur meilleure convenance… ceux qui les encouragent à rester en leur permettant stupidement de nous imposer leurs pratiques médiévales ne sont que des opportunistes hypocrites en chasse d’avantages personnels qui ne sont pas ceux de l’ensemble de la population…

Le véritable ennemi ce n’est jamais le peuple mais bien les politiciens et les pasteurs qui orientent insidieusement ces peuples vers des destins qui ne servent que leurs médiocres intérêts personnels.

Ni maître, ni guide… écrivait Friedrich Nietzsche dans son extraordinaire ‘Généalogie de la Morale’, un livre de chevet pour agnostique insomniaque, une nouvelle bible pour une laïcité militante, une lumière étincelante dans la nuit noire de la bêtise universelle.

Qu’il nous suffise d’aimer ceux qui nous respectent. (VC 1.1)

Vilain Coco

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