La vérité si je mens

PEPIN – Le Grelot », 27e année, n° 1393, 19 décembre 1897

Qui suis-je encore à 77 ans, poursuivi par la plus belle armée d’imbéciles qui me font ouvertement passer pour un vieillard égrotant, mentalement déficient ? Croiriez-vous que les plus proches prient chaque matin pour que je débarrasse rapidement le plancher ?

Je vais vous le répéter puisque vous ne m’écoutez jamais… pour tous ces hypocrites, je ne suis qu’une vulgaire sous-merde dont ils léchaient autrefois servilement les doigts de pieds… ‘Sic transit gloria mundi’… Lorsque l’hiver fut venu, les traîtres estimèrent stupidement pouvoir me coller un solide coup de pied au derrière.

Malheureusement pour eux, Vilain Coco est indestructible, son esprit d’entreprise est intact, sa vision est claire, sa volonté de réaliser ses derniers rêves n’a jamais été aussi forte depuis que les adversaires, tapis dans l’ombre, osent lui montrer leurs dents cariées, lui souffler leurs haleines fétides… En bon judoka, j’utilise toujours le semblant de force de l’ennemi pour le mettre au tapis, le terrasser le plus rapidement possible après les préliminaires d’usage.

La plus belle caricature du malfrat reste bien le banquier… ils sont capables de tout avec la plus parfaite indécence… je ne connais pas de métier plus méprisable que celui du banquier dans son costume trois pièces, cravate Hermès, chaussures anglaises… on ne devrait jamais serrer la main de ces escrocs travestis, cette racaille vorace, voleurs à la tire du maigre pécule de la veuve et de l’orphelin… Quand vous aurez identifié le pire des banquiers, je vous recommande vivement de le conserver pour ne pas tomber entre les pattes d’un pire encore.

Au photo-finish, juste après les banquiers, viennent les divers acteurs de la majestueuse institution judiciaire, gardienne sournoise de nos immenses démocraties confisquées… la vérité si je mens, la vérité à géométrie variable, la vérité revue sous le prisme de codes abscons… Magistrats, avocats, médiateurs, arbitres, procureurs, parquets, experts, curateurs, notaires, huissiers, policiers, agents du fisc, politiciens…

Un véritable nœud de vipères dans un même sac au service d’un bidule qui ne produit plus rien d’utilisable dans des délais compatibles avec la réalité économique… une réalité dont ils se moquent éperdument sauf à lui pomper toutes ses forces vives, en bons écus sonnants et trébuchants.

Ces deux professions sont rigoureusement irrécupérables… il vaut mieux s’en tenir à distance respectable pour ne pas en subir les nuisances… Profiter des services d’un banquier reste chose possible à condition de ne pas utiliser ses spécialités qu’il ne manquera pas de vous proposer… tant que vous gardez la main sur un banquier, tout peut aller mais il faut s’interdire de lui confier les clefs de la voiture qu’il se ferait un plaisir d’exploser sur un platane.

Même remarque pour la Justice… il y a souvent moyen de s’en passer mais il faut craindre le pire si, d’aventure, vous étiez obligé de tomber sous ses griffes… Elle ne lâche pas facilement ses proies… je suis bien payé pour l’avoir trop souvent expérimenté, généralement en défenseur… parfois en demandeur… avec des résultats stupéfiants qui ne correspondent que fort rarement à ce que j’avais normalement espéré… On perd ce qu’on devait gagner, on gagne ce qu’on devait perdre… tout est ainsi dit.

Je me console en pensant que ces métiers connaîtront bientôt de fortes secousses telluriques… leurs acteurs gonflés d’une importance grotesque perdront alors de leur superbe, de leur arrogance actuelle… la banque classique vit déjà ses dernières belles années… la justice décalée devra complètement se transformer si elle ne veut pas simplement disparaître au profit des techniques modernes de l’intelligence artificielle.

La banque comme la justice devraient être au service des citoyens honnêtes alors qu’elles ne servent plus que leurs seuls intérêts propres… les citoyens honnêtes ne sont plus aujourd’hui qu’un fonds de commerce exploitable, taillable, corvéable à merci… le banquier lui confisque son argent, la justice lui confisque ses droits élémentaires qu’il n’arrive plus à faire respecter dans un imbroglio de procédures sournoisement exploitées par des robins qui font métier de raconter des fariboles pour mieux traire la vache à lait

La vérité originale est finalement noyée dans des montagnes de paperasses que personne ne lit sauf pour en utiliser quelques passages hors-contexte, propres à relancer une machine essoufflée qui risquerait de s’arrêter en tarissant la source des richesses du système… le cochon-payeur ne doit pas pouvoir quitter sa soue avant d’avoir donné son dernier jambon, son dernier boudin.

Bref, si vous voulez régler vos problèmes, réglez-les vous-mêmes en évitant de faire appel à des tiers qui finiront par se vautrer dans votre propre lit… Le Baron Edouard Jean Empain, surnommé Wado, affirmait qu’il ne faisait plus confiance à personne après avoir été abandonné de tous ses proches durant son kidnapping de janvier 1978… il avait parfaitement raison… sans rien oublier, il avait même pardonné à ses ravisseurs…

Il les aurait presque remerciés de lui avoir offert cette douloureuse occasion de mesurer la bassesse des sentiments de son entourage direct… Epouse, enfants, amis, collaborateurs, l’avaient déjà enterré… il n’y eut en définitive que son labrador, Love, pour lui manifester sa joie de le retrouver lors de sa libération deux mois après son enlèvement.

A quelque chose malheur est bon… mais, bon Dieu, comme la vie peut être décevante… Pourquoi faut-il que des proches à qui vous n’aviez fait que du bien se retournent soudainement contre vous ? Pourquoi tant de haines, tant de mensonges, tant de magouilles, tant de procédures, pour tenter d’anéantir, de massacrer des hommes qui ne vous voulaient que du bien ?

J’ai attentivement écouté Wado Empain mais j’en écoute aussi beaucoup d’autres… leurs histoires se ressemblent étrangement… bêtise, jalousie, envie, amour-propre, argent, sexe, pouvoir… les ingrédients de la malédiction sont toujours les mêmes sous des formes différentes… Heureusement, ces bombes à retardement n’éclatent généralement qu’après le décès d’une majorité d’entre nous… Le mort se fiche bien de ces guerres successorales, il ne se retourne même pas dans sa tombe.

Par contre, de son vivant, connaître les prémisses de ces déchirements reste un cadeau empoisonné qui n’est, fort heureusement, pas donné à tout le monde… Ce sont alors des leçons de vie qu’il est impossible d’oublier tant elles sont déjà difficiles à pardonner… il faut une fameuse cuirasse pour encaisser ces coups de poing à l’estomac, rester debout en chancelant, repartir au combat, tourner les pages, reconstruire des vies brisées par des proches qui persistent à vous accabler.

‘Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde, prends pitié de nous (2x)… Donne-nous la paix (1x)’… je n’y comprends rien, je n’y comprendrai jamais rien alors que je serais pourtant coupable… Pourquoi toujours coupable ? Coupable de quoi d’ailleurs ?

‘Courbe la tête, fier Sicambre’… me murmurait l’ami Rémy de Reims… ‘Tu as travaillé comme un bagnard, ce n’est pas bon… Tu as fait fortune, ce n’est pas bien… tu l’as donnée à tes proches, c’est idiot… ils te détestent, c’est normal… tu les aimais trop, c’est très con… Reconnais tes fautes, demande humblement le pardon de tes péchés… va dans la paix du Seigneur.’

La reconnaissance est une maladie animale non transmissible à l’homme. (VC 1.1)

Vilain Coco

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