Pire que le pire

place des Lices St Tropez Matisse 1904

Les grandes vacances sont presque terminées… les derniers pétards de la fête doivent encore exploser au Riverwoods du Zoute, sur la place des Lices à Saint-Tropez… Depuis début juillet, Bruxelles dort paisiblement avant de retrouver fin août son agitation, ses embouteillages, ses hordes de furieux qui se jettent dans les files matinales sur les autoroutes d’accès à l’immense capitale du Royaume des Saxe-Cobourg Gotha.

J’adore cette migration annuelle qui annonce mes prochaines vacances dans la quiétude retrouvée des zones désertées par les hordes de laborieux… Maria Sarrachi, ma seconde mère italienne, me surnommait… ‘Bastien Contrario’… elle avait parfaitement raison… je reste à Bruxelles quand tout le monde part vers le soleil, je pars vers le soleil quand ils reviennent tous à Bruxelles… je vends quand ils achètent, j’achète quand ils vendent… Cela peut paraître con mais il se fait que c’est mon mode de fonctionnement auquel je suis fort attaché.

Vous me direz que c’est le comportement de ceux qui peuvent se l’autoriser… ce n’est pas complètement faux mais, une fois encore, je ne vois pas pourquoi je devrais imiter tous ceux qui ne peuvent pas se le permettre… Après tout, il leur suffisait de se donner les moyens de m’imiter s’ils jugent ma situation tellement enviable… Curieusement, j’ai souvent tenté d’expliquer ma martingale tout en constatant qu’elle n’intéressait pas grand monde.

Après tout, comme le disait Coluche… ‘Si tous les gens qui n’ont rien n’en demandaient pas plus, il serait alors bien facile de contenter tout le monde.’… c’est d’ailleurs la stratégie gagnante utilisée par nos éminents politiques dont on va voir fleurir en septembre les mines patibulaires sur tous les panneaux construits à grands frais dans la capitale de l’Europe.

Sourire carnassier aux lèvres, promesses éternelles, amitiés trompeuses, poignées de mains moites, les faiseurs de voix vont hanter les marchés, les cafés, les événements, les réunions Tupperware, la gay pride, les lieux de cultes, pour tenter de vous faire croire que votre bonheur les intéresse au plus haut point… Quand on en a strictement rien à foutre, c’est un exercice d’empathie simulée qui n’est pas si facile.

Coluche, une fois encore, l’avait remarquablement formulé en nous disant… ‘Si vous avez besoin de quelque chose, appelez-moi… je vous expliquerai comment vous en passer’… la salle hurlait de rire mais paradoxalement c’est cette même salle qui prendra très au sérieux ce que d’autres guignols vont lui raconter le mois prochain… Allez comprendre ?

Je voudrais pouvoir en rire puisqu’on peut rire de tout mais la tragédie vécue est devenue telle que mon rire se transformerait rapidement en rictus nerveux… Quand on ne peut plus rire de tout avec tout le monde c’est parce que la plaisanterie est devenue une insulte… Saviez-vous, par exemple, que plus de 500.000 Belges sont fichés à la Banque Nationale pour défauts de paiements d’un crédit quelconque… Qui leur expliquera comment se passer d’un revenu décent ?

Ce nombre effrayant ne cesse d’augmenter d’année en année car la précarité se nourrit d’elle-même dans une spirale infernale dont il est normalement impossible de s’extraire pour le commun des mortels… La justice, saisie par leurs créanciers, s’en sortira majestueusement en leur imposant un médiateur de dettes, lequel leur expliquera péremptoirement comment vivre avec 1.000 euros par mois, parfois encore moins, pour espérer rembourser ce qu’ils auraient autrefois fort malencontreusement emprunté.

‘Qui paye ses dettes s’enrichit’ affirme le dicton populaire… Une sottise de plus… Payer ses dettes n’enrichit que le pauvre qui décide obstinément de rester pauvre… Le riche ne cesse de s’endetter pour devenir tellement plus riche encore… cela s’appelle faire du ‘Leverage’… vous achetez une proie avec un minimum de cash, un maximum de dettes remboursées par les profits de la proie… les bénéfices évaporés dans ces remboursements de dettes ne sont donc plus taxables à l’impôt… le Fisc vous offre pratiquement 30-40 % du prix de votre achat que vous revendrez avec une confortable plus-value, à votre meilleure convenance, quand tout ou partie aura été remboursé.

Ainsi va le monde… un gigantesque casino pour les riches autorisés à venir s’y attabler… des tickets à gratter du Lotto ou un bulletin d’Euromillions pour des zozos désemparés si, par le plus grand des hasards, la chance venait à les désigner comme gros gagnant.

Un ami, soi-disant riche, à qui je sollicitais un prêt d’urgence me le refusait récemment… ‘Coco, un homme riche n’a pas d’argent cash, tout son capital est investi… ce sont les pauvres qui ont de l’argent cash… leurs réserves pour les coups durs, les mauvaises surprises, pour aider les chers petits.’

En y réfléchissant, il n’a pas tort… c’est d’ailleurs bien la raison pour laquelle les états ont cessé de poursuivre fiscalement les riches… la chasse aux optimisations fiscales est trop compliquée, elle fait fuir les capitaux, elle encourage les délocalisations, elle menace le tabou de l’emploi… il est tellement plus facile de taxer la masse des futurs pauvres qui payent leurs dettes sans rechigner pour sombrer lentement dans la précarité.

Ce ne sera pas le sujet de nos prochaines élections communales… elles ne concernent que les grandes questions de la gestion de Clochemerle-Crupet… Ma boîte aux lettres regorge de prospectus stupides que je lis pourtant avec la plus grande attention… les sujets sont gravissimes… Sécurité, Mobilité, Aménagement du Territoire, font l’objet de débats d’idées qui devraient nous passionner alors que, pour être honnête, je n’en ai strictement rien à foutre.

J’assure ma sécurité moi-même tout en souhaitant surtout que la police communale s’occupe le moins possible de moi… j’ai confié cette mission délicate à des mercenaires plus efficaces qui évitent de sanctionner mes parkings scabreux, mes excès de vitesse dérisoires, les crottes de mon chien en forêt de Soignes… même plus la peine de me faire souffler dans un ballon, je ne bois plus une goutte d’alcool depuis huit mois.

En matière de mobilité, tout va pour le mieux puisque je travaille chez moi en programmant mes sorties entre 10h00 et 16h00, évitant soigneusement de circuler en centre-ville comme dans les innombrables artères explosées par des travaux interminables… je ne roule plus qu’en Smart, ma limousine allemande étant rangée au sous-sol pour les seules distances sur autoroutes.

L’aménagement du territoire m’indiffère complètement, mon quartier n’étant plus susceptible de rien y construire, motif pour lequel j’avais d’ailleurs décidé à l’époque de m’y installer… En résumé, je dispense volontiers les hautes autorités libérales du MR de remplir ma boîte aux lettres avec des documents dispendieux qui ne me servent à rien… leurs promesses idiotes n’engagent que les imbéciles qui veulent encore y croire.

A mon âge, on a finalement compris qu’on y changera plus jamais rien, que ceux qui prônent le soi-disant changement ne prônent finalement que l’amélioration de leurs propres statuts personnels, que ces élections ne sont qu’un simulacre de démocratie théorique, confisquée par une minorité qui mendie humblement nos suffrages durant la ‘campagne’ avant de retrouver toute son arrogance pour massacrer ses propres électeurs… Si je suis encore en Belgique au mois d’octobre, je me contenterai donc, comme de coutume, de voter libéral, sans aucune illusion, juste par habitude…

C’est la politique du pire, pour éviter pire encore. (VC 1.1)

Vilain Coco

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