Belgique invivable

Dans une manchette de ce samedi, la Dernière Heure (DH) annonce que le chef de la diplomatie néerlandaise aurait déclaré que la Belgique était un pays invivable…

Belgique 1843

En fait le Ministre Néerlandais des Affaires Etrangères, Stef Blok, aurait plus exactement dit que… ‘La Belgique n’est pas plus invivable qu’auparavant’… la nuance n’est pas insignifiante mais elle n’a pas le punch médiatique de la manchette… la DH a donc préféré forcer le trait… technique assez classique du journalisme à sensation.

Mais après tout, la question mérite un débat… ‘La Belgique serait-elle invivable ?’… Avec des milliers de concitoyens, j’aurais parfois tendance à dire oui mais il faut savoir raison garder… la Belgique n’est évidemment pas invivable, elle pourrait même passer pour paradisiaque comparée à de nombreux pays devenus de véritables enfers… D’une certaine manière donc, être né en Belgique constitue une chance que je ne veux certainement pas sous-estimer

Porter un jugement sur notre Royaume insignifiant impliquerait que l’on se dégage des cas particuliers pour observer le climat général… la vision idyllique du manager de multinationale n’est clairement pas celle du petit pensionné à 1300 euros par mois, de la caissière du Carrefour, du petit personnel de chez Ryanair… En fait, Il y a deux Belgique, une Belgique de précaires inaudibles qui souffrent en silence, une autre de nantis qui vivent agréablement, tapageusement même, sans aucunement se soucier de ce qui ne les concerne pas très directement.

Les élus de la Nation le savent parfaitement mais ils sont rapidement mis au pas par un système qui étouffe dans l’oeuf leurs juvéniles idéaux pour leur faire miroiter les avantages de l’avancement dans la carrière… Même remarque dans le monde des affaires qui déteste toutes revendications déplacées… un bon manager n’a pas d’état d’âme, pas de sensibilité, pas d’humanité, du moins s’il envisage d’accéder aux sommets enviables de sa hiérarchie.

Vendre son âme au diable devient ainsi souvent ainsi une impérative nécessité pour assurer sa réussite personnelle… un exemple frappant, trop caricatural, reste bien le cercle du diable Adolf Hitler qui avait réussi à s’entourer de la plus belle bande de voyous qui se puisse imaginer… Rudolf Hess, Herman Göring, Josef Goebbels, Heinrich Himmler, Martin Borman, Reinhard Heydrich, Ernst Röhm, Adolf Eichmann, Klaus Barbie… un panier de crabes, un nœud de vipères venimeuses, une constante guerre en interne pour tenter d’approcher le ‘soleil’ du Berghof.

Netflix a consacré une série passionnante à ce sinistre… ‘Cercle du Diable’… on y découvre leurs vices, leurs motivations, leurs magouilles, leurs aveuglements, leurs délires, leurs cruautés, leurs totales indifférences aux abominables souffrances qu’ils imposaient aux autres… La question lancinante que chacun se posera reste bien… ‘Comment peut-on en arriver là ?’…

Il doit s’agir d’un cocktail de facteurs négatifs parmi lesquels notre indifférence à tout joue certainement un rôle décisif… décisives également l’ivresse du pouvoir pour le pouvoir, notre voracité pour l’argent facile comme ces hébreux qui adorèrent le célèbre veau d’or de Moïse parti chercher les tables de la loi sur le mont Sinaï.

Ce constat terrifiant en appelle un autre tout aussi alarmant… ‘La situation actuelle est-elle tellement différente ?’… Au risque de déplaire, j’ai tendance à penser que rien n’a changé globalement dans une nouvelle histoire différente… les observateurs avertis du fonctionnement des grandes multinationales ne peuvent que constater les mêmes mécanismes de fonctionnements aux sommets… Indifférence à tout sauf au profit, luttes internes pour le pouvoir, voracités financières.

En 2008, j’avais visité deux usines électroniques chinoises de Shenzhen… un spectacle horrifiant qui m’avait immédiatement fait penser à ces camps de concentration nazis… il n’y manquait que les pyjamas rayés et les squelettes humains, astucieusement remplacés par des tabliers unicolores et une tambouille propre à améliorer le rendement de ces esclaves condamnés aux travaux forcés.

Sous la surveillance de kapos, de contrôleurs de qualité, sortaient en fin de chaînes toutes les grandes marques de l’informatique mondiale… IBM, Lenovo, Hewlett Packard, Dell, Apple… le spectacle ne doit pas être fort différent en Corée du Sud ou au Japon…

Heureusement, personne n’ose vous regarder dans ces usines… ils n’auraient pourtant vu que ma honte, mon envie de vomir, mon sale sentiment de mal-être, au spectacle proprement dégueulasse de cette monstruosité concentrationnaire que nous avons délibérément mise en place pour maximiser nos profits…‘Comment avons-nous pu en arriver là ?’.

Rentré en Belgique, j’ai raconté ce que j’avais vu… mais à quoi bon… tout le monde s’en fout royalement, l’indifférence aux autres est généralisée… c’est probablement d’ailleurs la seule bonne recette pour vivre paisiblement dans un pays qui est certainement vivable comparé à l’enfer parfaitement invivable dont je venais de sortir en… Business Class Lufthansa.

Si vous acceptez le principe… ‘Pour vivre heureux, vivons cachés’… vous devriez pouvoir considérer que la Belgique est vivable, même relativement agréable à vivre pour ceux qui en ont les moyens… Stef Blok a raison, la Belgique n’est alors pas plus invivable qu’elle ne l’était autrefois… les bourgeois sont les mêmes, les pauvres sont toujours aussi pauvres, les élus racontent les mêmes billevesées depuis soixante ans.

Pour les écorchés vifs qui trouveraient la Belgique invivable, je leur recommanderais de se réfugier dans le pieux silence d’un monastère ou de s’acheter une arme de poing, d’en finir comme Primo Lévi, Romain Gary ou Ernest Hemingway… ils devraient pourtant préférer le monastère en souvenir d’Emil Cioran qui ne s’est jamais suicidé car, disait-il… ‘la mort me dégoûte autant que la vie’…

Personnellement, je vais tout prochainement choisir la fuite, l’exil, un nouveau projet de vie, pour échapper à cette pestilence existentielle belge que je ne supporte plus tant elle m’empêche de respirer librement… la Belgique n’est pourtant pas invivable mais elle n’est plus à mes yeux qu’une triste caricature de la médiocrité bourgeoise avec ses platitudes, ses bassesses, son indifférence, son aveuglement obscurantiste.

En fin de vie, j’ai besoin de retrouver des valeurs d’innocence, d’amitié, de simplicité, de droiture, de justice, qui n’ont plus aucun cours dans la sous-préfecture de notre royaume d’opérette… un retour en enfance, un besoin utopique de transmission aussi, avant de tirer ma révérence, pour espérer laisser quelques dernières empreintes… Espérons ces traces plus durables que les précédentes… ce n’est pas gagné mais il faut encore, toujours, essayer.

Tout ce que j’ai fait en Belgique durant quarante ans a été balayé par le temps, massacré par mes anciens managers, dévoré par une première épouse et ses enfants, escroqué par une autre épouse criminelle et ses complices… Ainsi va la vie d’un hédoniste anarchiste-athée qui sait que rien n’est jamais acquis, que tout est toujours à conquérir, que tant qu’il y a de la vie, il reste tellement d’espoir.

La puissance d’exister d’un Condottiere, sculpteur de son image, n’a besoin que d’un terrain propice à l’exercice de son métier… la Belgique n’est pas invivable, elle est juste insuffisante… sa méchante platitude ne favorise aucun projet d’entreprise responsable… il faudra donc la quitter pour des cieux plus favorables à mes dernières ambitions.

Il n’y a pas de grand homme pour son valet de chambre. (VC 1.1)

Vilain Coco

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