Alcoolisme mondain

Mardi dernier 19h30, le journal télévisé de notre excellente RTBF nous apprenait que l’alcoolisme ferait des ravages dans la profession médicale, principalement en gynécologie et en chirurgie… Vous imaginez le type qui doit prendre trois solides whiskys avant de vous placer un pacemaker ? Suivaient différents témoignages de médecins alcooliques qui expliquent comment le stress de la profession les aurait progressivement amenés à plonger dans la bibine.

Le sujet m’intéresse car j’ai moi-même toujours picolé jusqu’à ce qu’une épouvantable crise de foie, ou du pancréas, me terrasse au début du mois de janvier 2018… depuis lors, je ne bois plus une goutte d’alcool remplacée par de l’eau gazeuse, des jus de fruits, parfois une grenadine…Et c’est bon cela ? Bof, non, ce n’est pas bon mais les gains de productivité compensent largement la perte de cette redoutable addiction.

Au-delà de l’évidente satisfaction immédiate, de la joyeuse convivialité avec des amis qui partagent ce penchant que peu consentent à s’avouer, il y a malheureusement tous les effets secondaires qui sont loin d’être anecdotiques… perte de lucidité, de mémoire, de vision, d’organisation, de maîtrise, de sommeil, de vitalité, de santé tout simplement…

Les alcooliques mondains vous diront généralement qu’ils boivent raisonnablement et jamais avant une certaine heure… il y a parfois du vrai dans ces déclarations d’ivrognes mais à condition de vérifier les quantités et à partir de quelle heure… Prenons l’exemple de Michel Daerden, ancien Ministre socialiste, bourgmestre d’Ans… le type buvait comme un trou mais uniquement à partir du déjeuner quotidien entre amis…

Sa brillante intelligence du matin était réservée aux affaires sérieuses avant d’aller se noyer dans des flots de grands vins, de bières d’abbayes, d’alcools divers et variés… cela nous a valu de véritables sketches télévisés dont le célèbre… ‘remplissage des trous’… qui lui valut l’indulgence du parti, même la réelle sympathie du grand public venu en masse assister à ses obsèques.

Michel Daerden est un bon exemple de l’alcoolisme joyeux, drôle, plein de cette faconde liégeoise teintée du meilleur accent chantant des vallons du bord de Meuse… il fallait le voir à Seraing fêter une victoire du Standard de Liège pour comprendre que cette vedette politique n’avait que le plus profond mépris pour l’eau gazeuse dont je m’oblige à m’abreuver.

Pour le buveur d’eau, la compagnie des alcooliques mondains devient rapidement une punition… plus le ton monte, plus les tournées défilent, plus le buveur d’eau s’emmerde prodigieusement avec un terrible sentiment de culpabilité, incapable de se mettre dans l’ambiance, faisant rapidement figure de rabat-joie dont on souhaiterait qu’il rentre rapidement chez lui pour que disparaisse cette image dérangeante du reproche-vivant… ce que je fais de plus en plus souvent.

Pour le buveur d’eau, la compagnie des alcooliques mondains devient rapidement une punition

Pour s’amuser ensemble, il faut partager des valeurs… les buveurs d’eau feront rarement bon ménage avec les alcooliques mondains dont ils finiront pas éviter la compagnie tant ils s’en sentiront assez normalement rejetés… Se faire mettre en touche comme buveur d’eau me semble assez normal… ce qui l’est moins c’est de se faire mettre en touche comme alcoolique par des alcooliques.

Ce fut pourtant bien mon cas au Royal Léopold Club, fin août 2017, lorsque mes compagnons de beuveries décrétèrent soudainement que mon alcoolisme modéré ne leur était plus tolérable… Pour se donner bonne conscience, ils y ajoutèrent quelques babioles risibles comme mon racisme ou les propos salaces que j’aurais tenus à des gamines impubères…

On trouve toujours un bâton pour battre son chien, surtout quand on décide de s’en séparer… derrière ce ramassis de sottises inventées, il faut évidemment apprendre à lire entre les lignes pour découvrir les véritables intentions, éminemment malveillantes, de traîtres opportunistes téléguidés par mon cher Judas Isnogood Lescrot.

Par contre, à l’époque, me reprocher de boire exagérément n’était pas complètement inexact… mais que le reproche m’en soit fait par des gens qui, de notoriété publique, boivent comme des trous, voilà qui avait de quoi me surprendre… Peu importe finalement, cela sonnait comme un bon avertissement dont j’ai radicalement tenu compte depuis le mois de janvier 2018.

Ayant la chance d’occuper un agréable appartement dont la chambre à coucher donne directement sur les terrains de hockey du RLC, je peux savourer du jeudi soir au dimanche soir de chaque semaine les beuglements lointains des grands sportifs imbibés de cervoises qui prolongent tard dans la nuit une joyeuse troisième mi-temps consacrée aux libations à Bacchus…

Le Léo n’est plus alors qu’un repaire d’alcoolos noctambules qui bénéficient d’ailleurs d’une bien curieuse protection de la police communale dont nul n’ignore la généreuse propension à massacrer ses chers électeurs libéraux ucclois… il suffirait pourtant de bloquer habilement le cul-de-sac de l’avenue Dupuich pour faire une ample moisson nocturne de chauffards en état d’ivresse caractérisée…

Mais cela ne nous regarde pas, inutile de cracher dans cette bonne soupe dont je me suis autrefois largement régalé… Pour revenir à notre profession médicale, je m’étonne d’ailleurs qu’elle soit la seule mise en cause par la RTBF… aurait-elle le monopole des excès alcooliques ? Je n’en crois pas un traître mot, persuadé que ces excès sont équitablement partagés dans toutes les professions, toutes les classes sociales, tous les genres, toutes les régions… les femmes boivent autant que les hommes, les jeunes un peu plus que les vieux devenus plus raisonnables avec l’âge, voire mieux conscients de leurs limites physiques.

Le problème n’est d’ailleurs pas l’alcool… l’alcool n’a rien de mauvais en soi, il est même source de convivialité, il crée du lien social s’il est consommé avec modération… modération, le grand mot est lâché… Le vrai débat, c’est évidemment cette modération qui n’a malheureusement jamais été ma qualité principale, raison pour laquelle je me suis condamné à l’eau gazeuse… combattre un excès par un autre excès ? Nous sommes bien d’accord, mais comment faire autrement quand l’un est joyeusement dangereux alors que l’autre est tristement inoffensif…

‘In medio veritas’, l’excès en tout serait un défaut… c’est ce que prétendent les sages qui racontent autant de conneries que les crétins… Etant un excessif par nature, je pense pouvoir affirmer que les excès peuvent souvent être de puissants moteurs d’action quand on est capable de les maîtriser… par contre maîtriser l’excès alcoolique finit par devenir impossible avec la descente aux enfers de la déchéance… ce qui n’est souhaitable pour personne.

J’ai vécu au milieu de ces alcooliques mondains… je ne compte plus ceux qui ont sombré dans l’alcoolisme tout court avec des conséquences dramatiques, même des morts précoces pour certains de mes proches… je n’ai jamais vu personne mourir à l’eau gazeuse ou aux jus de fruits que je dois donc chaudement vous recommander avec un dernier clin d’oeil.

Vivons dans l’espoir qu’un médecin alcoolique annonce une prochaine issue fatale à un buveur d’eau pétillante… il serait alors temps de déboucher les meilleures bouteilles de votre cave pour les boire rapidement plutôt que de les abandonner à des héritiers qui seraient encore capables de les revendre pour financer des achats de vulgaires piquettes en cubitainers de provenances hasardeuses.

L’eau ferrugineuse, oui, l’alcool, non. (André Bourvil 1.1)

Vilain Coco

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