Balade du bonheur

Premières véritables vacances depuis le 21 mai 2016, ce samedi maudit où toute ma vie a brutalement basculé dans le gouffre… un cauchemar complètement inattendu, la chute d’Icare dans les profondeurs de l’Enfer de Dante Alighieri… Tabula Rasa à partir de laquelle il a fallu pratiquement tout reconstruire… une expérience de vie que je ne souhaite à personne même si je l’ai appréciée à sa juste valeur.

Je vous rappelle que le Baron Edouard Empain, aux mains de ses ravisseurs, avait fini par préférer négocier avec eux qu’avec ceux qui auraient dû se soucier de le sauver… finalement relâché par ses kidnappeurs sur un trottoir de Paris, il a parfaitement pu mesurer l’hypocrisie de son entourage direct comprenant son épouse, sa famille, ses plus proches collaborateurs… une extraordinaire leçon qui valait le fromage de la fable, sans nul doute…

Découvrir sa propre solitude dans les aléas de l’existence n’est pas une expérience du commun réfugié dans la banalité de son quotidien… Edouard Empain y fera souvent référence plus tard… En haut de l’échelle, on ne peut plus faire confiance à personne tout en observant les moutons serviles qui se prennent à hurler comme des loups affamés.

Ce que l’être humain est capable de faire pour de l’argent, du pouvoir, quelques hochets ridicules, dépasse l’imagination… contempler autant de bassesses étalées est un spectacle qui vaut son pesant de cacahuètes… je le savoure donc à sa juste valeur en méditant le vieil adage… ‘A quelque chose malheur est bon’.

Tourner les pages, changer de vie, repartir à zéro, ne fait pas peur à ceux qui savent ce dont ils sont capables… il suffit de reprendre la boîte à outils, de se remettre au travail, un travail de fourmi laborieuse que rien, ni personne, ne peut jamais arrêter… ce n’est évidemment ni facile, ni rapide, mais c’est extrêmement motivant quand le travail est devenu une passion que trop de gens ignorent.

Le travail, le sport, la montagne et la mer ont toujours été mes passions, celles que j’ai essayé de transmettre à mes proches qui n’ont pas su en faire bon usage… Agissant ainsi, je pensais naïvement avoir rempli ma mission paternelle… la déception fut malheureusement à la hauteur de mes candides ambitions… Échec et mat, mon Général… Caramba, encore raté… tant pis pour eux, tant mieux pour moi qui apprend tellement, surtout quand je perds.

Ce que j’ai retrouvé alors que je risquais de la perdre, c’est ma belle ‘Monade’, mon beau bateau acheté en 2007 au salon de la plaisance de Cannes, accidentellement incendié en janvier 2015 après un stupide court-circuit d’un radiateur électrique qui coupait l’humidité hivernale… j’ai longtemps pensé me séparer de l’épave avant de décider sa remise en état, terminée fin mai 2018…

Complètement rénovée, Monade est encore plus belle qu’avant son sinistre… ses deux gros moulins Volvo ronronnent joyeusement dans les cales quand elle s’élance en Méditerranée… depuis huit jours, nous avons refait tous les pèlerinages qu’imposaient nos retrouvailles… Le Lion de Terre, le Lion de Mer à Santa Lucia, l’île noire de Tintin, La Brocherie à La Napoule, l’Estérel majestueuse, la Guérite aux Lérins, la Bouillabaisse à Saint Tropez, chez Mario à Sainte-Maxime, Pasta & Via à Port Grimaud, la baie de Canebiers pour saluer Madame Brigitte Bardot, l’Eden Roc, la Baie des Milliardaires au Cap d’Antibes, chez César à la plage Keller, chez Germaine à Villefranche…

Que de beaux endroits, que de beaux souvenirs, que de festins, que d’amitiés lointaines dans les brouillards du soir qui pointe son triste nez… Hugues et Jojo nous ont quitté dimanche dernier pour rentrer à Bruxelles dans l’enfer du grand Nord… Grand calme à bord mais ils nous manquent alors que le Mistral s’est mis à souffler en rafales comme s’il nous manifestait son mécontentement rageur…

Je m’amuse à regarder les photos du bonheur partagé durant ces huit jours de rêve en Méditerranée… elles font d’ailleurs le buzz sur Facebook avec plein de commentaires adorables de nos innombrables amis… curieusement pas un seul commentaire de mes chers trop proches qui supportent si mal l’idée que j’irais bien, que je serais de nouveau tellement heureux de vivre encore… certainement plus pour eux relégués dans leurs silences coupables après l’échec de toutes leurs trahisons.

Avoir autant menti, autant trahi, autant magouillé, autant prié, pour que disparaisse leur généreux bienfaiteur dont ils ne souhaitaient que le rapide trépas doit être une bien cruelle déception dont je me délecte chaque matin sur Monade comme si je savourais les gros grains blancs Beluga de Nicolas II, Alix et Raspoutine, au Palais de Tsarkoïe Selo.

Le bonheur est un concept éminemment relatif… certains le voient dans l’argent thésaurisé, d’autres dans la banalité luxueuse d’une médiocre existence en famille… Sécuriser une famille est à mes yeux le pire des freins Westinghouse sur la voie escarpée du véritable bonheur qui exige une activité, une créativité, une curiosité débordante…

Le rentier paresseux ne peut pas être véritablement heureux car le vrai bonheur est dans l’action individuelle réussie, renouvelée, pétillante… pas dans la sinistre platitude comptable qui accompagne toujours la crainte de tout perdre alors qu’on pouvait aussi bien tout gagner… Il ne suffit pas de manager la vie, il faut surtout l’entreprendre avec un courage réservé aux meilleurs, aux plus talentueux… ils sont aussi les plus rares, les plus admirables.

Hier soir, avec mon amie Dominique, nous avons fait une grande promenade musicale sur Youtube… tout y est passé en mélangeant le classique de Maria Callas, Magdalena Kozena, le gospel de Mahalia Jackson, la soul d’Aretha Franklin, la batterie de Phil Collins, le son métallique d’Abba, la trompette de Louis Armstrong, le piano de Ray Charles, Tracy Chapman en duo avec Pavarotti, Dalida, Michel Berger, Luc Plamandon, Daniel Balavoine dans Starmania, les Beattles…

L’enceinte JBL-Bluetooth a résonné jusque tard dans la nuit sur le pont arrière de Monade avant d’aller s’endormir la tête dans les étoiles… Que de talents, que de bonheurs généreusement partagés par des hommes et des femmes qui frôlent le divin, des dieux et des déesses qui n’ont nul besoin de s’en inventer d’autres même s’ils ont souvent fréquenté leurs paradis artificiels.

‘Oh, la belle vie’ chantait Sacha Distel, ‘My Way’ lui répondait Frank Sinatra en choeur avec Dean Martin et Sammy Davis jr au César Palace de Las Vegas… tout donner à un public qui vous crie son amour… ne serait-ce pas là le plus beau des cadeaux ? Mais tout donner pour ne rien recevoir devient aussi une grande frustration qu’il faut surmonter pour se reconstruire courageusement après une longue traversée du désert en solitaire.

Les humains malades de la peste… un mal qui répand la terreur, mal que le ciel en sa fureur inventa pour punir les crimes de la terre… la peste, puisqu’il faut l’appeler par son nom, capable d’enrichir en un jour l’Achéron, faisait aux êtres humains la guerre… ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés… plus d’amour partant, plus de joie… (A méditer)

Retrouver sa capacité d’aimer après l’avoir perdue, retrouver la joie sur Monade… aimer d’autres personnes, aimer différemment, aimer plus lucidement… quel beau programme en phase de réalisation pour 2019, l’année du bonheur retrouvé au-delà de tous les obstacles dressés par des imbéciles qui n’arrivaient pas à hauteur de mes chaussettes.

Je viens te chanter la balade, la balade des gens heureux. (G. Lenormand 1.1)

Vilain Coco

Un commentaire

  1. Enfin ! J’aime entendre (lire) cela… ça te sort de la morosité dans laquelle tu as été enfermé trop longtemps, JC !!
    Amitiés Bernard

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