Lettre à Roger

Voilà Roger, les vacances sont déjà finies… quinze jours sur Monade avec Dominique, Jojo et Hugues… des images plein les mirettes… il a fait magnifique avec seulement trois jours de mauvaise météo marine mis à profit pour aller revoir Sergio et Madeleine à Mougins… En souvenir de toi, on s’est payé une grande bouffe, tous ensemble, chez Michel à Castagniers… tu nous manques mon Rodger… tu imagines mal à quel point tu nous manques, on ne parlait que de toi.

 

Que de beaux souvenirs sur ‘Monade’ à La Napoule avec nos balades golfiques au Riviera, à Beauvallon, Sainte Maxime, Mougins, Roquebrune… je suis passé à la ‘Toutcaille’ en espérant revoir Françoise Toutain et Doudou Cailleau mais ils n’étaient pas là… j’aimerais les revoir mais je ne suis pas sûr qu’ils aient envie de me revoir après l’épisode Huguette.

Nous nous sommes lourdement trompés sur cette femme, Roger… ce n’était qu’une sorcière mythomane, toxicomane, alcoolique, criminelle, et nous n’avons rien vu… je repense à notre dernière visite-surprise à Ecully en présence de ta compagne, Claudine… tu étais au bout du rouleau et tu m’avais confié à elle… j’étais tellement heureux d’avoir pu te présenter l’objet de mon dernier grand amour… elle nous a roulé dans la farine, Rodger… ce n’était qu’une salope machiavélique, uniquement intéressée par l’argent, impatiente de me voler ce que je voulais simplement lui donner.

En bonne santé, tu l’aurais rapidement démasquée mais tu n’étais malheureusement plus là pour me protéger… je le paye cher, très cher, mais c’est la vie et je ne regrette absolument rien tellement la vie m’a appris ces deux dernières années.

Que ce soit dans nos montagnes à Courchevel, en mer sur Monade, au golf, tu étais le grand rassembleur, celui qui cimentait le groupe… Quand tu as décidé de tirer ta révérence, tout est parti en sucettes… on était tous présents au crématorium de Lyon mais c’était pratiquement la dernière fois alors qu’on espérait tous se revoir… Sergio et Dédé n’allaient même plus au rendez-vous de 10h00 aux œufs des Verdons puisqu’il n’y avait plus jamais personne…

Un rendez-vous avec personne, cela n’a pas de sens… alors, Sergio va skier avec sa jolie Madeleine qu’il finira par casser en mille morceaux… privée de son moniteur de boulevards, cette malheureuse Madeleine est obligée de suivre les acrobaties de ce sauvage… tout cela finira très mal, Rodger… on est bien d’accord… René et Jacques ne viennent plus, ils partent à deux, en catimini, du bas de leur immeuble… le Beauju est décédé… Dédé a vendu son appartement de Moriond la mort dans l’âme… Gaby et Nicole ont mal partout… plus de nouvelles de Mars, des Agniel, d’Anne-Marie… tout fout le camp, mon vieux, tout fout le camp.

le Prince de la Loze

Sergio m’a donné une vidéo de notre équipe admirative du grand style de Dédé Vivey descendant pour la dix millième fois sa Loze favorite à 85 ans… on y voit beaucoup le Prince de la Loze dans sa classique godille légère qui contraste avec ton style chaloupé sans le moindre planté de batons… on ne voit pas Sergio qui faisait office de cameraman pour le groupe… un beau souvenir pour Dédé qui ne skie plus alors qu’il a tant adoré nos montagnes… notre bon Roi Albert II de Belgique a bien fait d’anoblir Dédé et son épouse… ce sont de vrais Princes par le ski à défaut de l’être bêtement par le seul sang.

Sergio va bien, mon Rodger, mais avec des ennuis de genoux qu’il espère surmonter pour la prochaine saison d’hiver… on le lui souhaite tous évidemment mais ce n’est pas gagné… une affaire à suivre… Comme moi, il a abandonné le golf alors que tu te souviens certainement de son swing époustouflant dans des directions complètement aléatoires… le golf français perd un de ses meilleurs espoirs en catégorie senior… mais le pire est que Sergio a décidé de se consacrer au tennis qui est de fort loin sa plus mauvaise discipline… le tennis n’y gagnera rien alors que le golf y perdra tout.

Tiens, Rodger, en parlant de golf… pas un seul français dans l’équipe européenne de Ryder Cup cette année 2018 au National de Paris… tu te souviens qu’on regardait la Ryder Cup sur ‘Monade’ en laissant les portes de nos cabines ouvertes pour nous faire les commentaires… Cette année, les Européens ont mis la pâtée aux Amerloques qui pariaient sur le retour en forme de Tiger Woods…

Après une longue traversée du désert, le Tigre était soi-disant revenu au meilleur niveau… mal leur en a pris car le Tigre a perdu toutes les parties dans lesquelles son capitaine l’avait engagé… la joie des vainqueurs Européens faisait plaisir à voir… tu te serais régalé, amigo… Francesco Molinari, Tommy Fleetwood et Sergio Garcia, El Nino, ont été époustouflants… je te déconseille un concours de putting avec Sergio… le type était juste diabolique sur les greens du National… sincèrement, je pense que nous avons bien fait d’arrêter le golf… pour nous c’était la Ryder Cup ou rien… il valait mieux choisir le rien, ne pas risquer une trop lourde déception.

A part le sport, la vie continue son train-train pour ceux qui la conservent… plus l’âge avance, plus on mesure le vide laissé par les absents, surtout ceux qu’on a aimés… le cerveau fonctionne encore bien mais le corps ne suit plus comme il devrait… la vieillesse est un naufrage pensait votre Général… il avait raison, ce n’est vraiment pas une bonne option quoi que sur la mer ou en montagne les belles sensations restent les mêmes…

Magie de la nature dans sa douceur lumineuse, sa puissance soudaine, sa fureur démutipliée… calme, clarté, sérénité, réflexion, introspection, vision… on se croirait seul dans une cathédrale déserte en admiration devant le travail des confréries d’artisans… architectes, maçons, tailleurs, sculpteurs, peintres, verriers, décorateurs… des hommes-dieux qui en célébraient un autre, fruit vénéneux de leurs imaginaires empoisonnés, une sorte de perfection totale à laquelle ils pensaient trop modestement ne jamais pouvoir prétendre… il n’y a pourtant rien de plus beau qu’un homme qui se dépasse pour accéder au divin… la métamorphose de la chrysalide devenue papillon.

Ce qui me manque le plus depuis ton grand départ, Rodger, c’est ton amitié attentive, ton écoute, tes avis, ta protection efficace… je ne suis pas abandonné mais tout de même trop seul depuis que j’ai perdu mes deux épouses, mes quatre enfants, la majorité de mes petits-enfants, une quantité ‘d’amis’ qui se sont fait tellement rares lorsqu’il a fallu affronter les tempêtes de la vie…

Toutes ces difficultés m’ont au moins permis de mieux mesurer la friabilité, le manque d’épaisseur, de ces amitiés intéressées… tant de choses auraient été tellement différentes si j’avais eu l’occasion de t’en parler… je t’en parle d’ailleurs souvent mais tu ne me réponds plus… alors on parle de toi avec Sergio et cela nous donne du courage, même de la joie.

A Dreux, mon Roger, tu vis comme personne dans nos souvenirs. (VC 1.1)

Vilain Coco

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