Vacances insolites

Il faisait si beau dans le Midi fin septembre alors que c’est déjà l’automne en Belgique… Chute des feuilles mortes, ciel couvert, la froidure qui menace la vieille carcasse des retraités fatigués… On sent la dépression qui pointe son vilain museau alors qu’il serait si simple de retrouver le soleil, surtout la lumière, dans des contrées plus accueillantes… Comme le disait Jacques Brel… ‘Ce n’est pas d’aller à Hong Kong qui est difficile, c’est de quitter Vilvorde… Quitter Vilvorde, dieu que c’est difficile…’

Il faut être masochiste profond pour vivre et travailler en Belgique… la meilleure raison de travailler dans ce pays reste bien celle d’oublier notre environnement détestable, notre climat pourri présenté comme tempéré, une médiocrité omniprésente qui s’étale dans le quotidien, le politique, les médias, la précarité envahissante… il faut être aveugle pour ne pas s’en rendre compte… pourtant le belge, toujours bon enfant, supporte vaillamment sa situation exécrable.

Au bout du rouleau, certains d’entre eux vont même jusqu’à emprunter le petit pécule qui leur permettra de fuir le pays pour se payer des vacances en caravanes dans des campings quatre étoiles… s’endetter pour investir est un acte justifié, par contre s’endetter pour dilapider est une pratique indéfendable… elle est pourtant courante chez les gueux avec des conséquences dramatiques sur la cellule familiale qui explosera rapidement lorsque le surendettement fera ses ravages… saisie sur salaire, huissiers, condamnations, frais divers, intérêts de retard, vente publique, divorce, trottoir, cartons sous les ponts ou sur les bouches de métro.

Le surendettement menace tous les futurs précaires dont le nombre ne cesse de croître comme en témoigne l’actuelle situation désastreuse de la classe moyenne américaine… on nous a beaucoup parlé du krach des ‘Subprimes’ aux USA en 2008 mais on évite soigneusement de nous parler du prochain krach rampant qui menace tout le système bancaire mondial… ‘Le surendettement colossal des ménages américains via leurs cartes de crédit.’… des sommes qui ne seront clairement jamais remboursées comme ne seront jamais remboursées les dettes souveraines des pays endettés.

Ce ne sont en fait que de gigantesques chaînes de Ponzi, parfaitement légales, alors que le brave Bernard Madoff moisira 150 ans dans sa prison de Caroline du Nord pour quelques malheureux détournements d’une soixantaine de milliards de dollars avoués en décembre 2008, lourdement condamnés en 2009… Cette escroquerie n’aura pas fait que des malheureux puisque les avocats US auraient déjà touché la bagatelle de 300.000.000 de dollars pour tenter de récupérer l’argent des déposants spoliés… Comme quoi, on trouve toujours dans le malheur des autres une excellente raison de se réjouir.

Même en prison, Bernard Madoff s’est refait une petite santé en s’assurant le monopole de la distribution du chocolat en poudre… il la revend au détail dans la cour de récréation avec une solide marge bénéficiaire… un homme aussi malin devrait être rapidement remis en liberté pour conseiller nos ministres des finances qui font le même métier que lui mais de manière légale…

Leurs dettes souveraines ne seront jamais remboursées sauf au moyen des emprunts suivants ou par des remises de dettes généreusement accordées aux états défaillants comme ce fut le cas en Grèce et dans tous les pays africains… rembourser une dette avec l’argent qui ne leur appartient pas est une spécialité de nos dirigeants qui peuvent compter sur le soutien indéfectible de leurs très chers contribuables… nous sommes finalement tous victimes de ces Madoff aux petits pieds, travestis en gestionnaires avisés de l’argent que nous pensions naïvement posséder.

Bref, s’endetter pour partir en vacances est une hérésie regrettable… Pourquoi d’ailleurs ne pas rester chez soi si vous n’avez pas les moyens de ces escapades coûteuses ? Pourquoi vouloir absolument prendre de vacances quand tout le monde part en vacances… c’est la certitude de retrouver là-bas tous les emmerdements que vous vouliez précisément fuir ici…

Le plaisir de rester chez soi en juillet-août, alors que la ville s’est assoupie, a de douces saveurs de quiétude que vous ne retrouverez certainement pas dans les bouchons sur autoroutes, sur les plages encombrées, dans le fourmillement de ploucs en marcel qui encombrent les gares, aéroports, magasins, buvettes, hôtels, campings, restaurants, attractions touristiques… restez donc chez vous, bordel de merde.

C’est en janvier, en juin ou en septembre qu’il faut aller se reposer pendant que les masses laborieuses se pressent dans les bureaux à moins qu’elles ne descendent dans la rue pour manifester contre tout et n’importe quoi à l’appel impérieux de leurs délicats syndicats terroristes.

Je sais très bien que je prêche dans le désert mais à ceux qui peuvent me comprendre je dis qu’il ne faut prendre que les vacances dont vous avez les moyens, de préférence sobrement luxueuses car ce n’est pas le moment de vouloir recompter chaque franc, chaque centime… les véritables vacances exigent une attitude plus seigneuriale, pas celle du petit comptable en manches de lustrine qui aligne des chiffres mesquins dans des registres visés et paraphés.

Les destinations doivent également être exceptionnelles, si possible peu ou pas fréquentées… le désert, la montagne, la forêt, une mer ignorée, toujours sous le soleil chaleureux, dans une belle lumière bienfaisante… cette lumière inspiratrice, vivifiante, créative, que recherchaient tous les grands peintres du nord fuyant la grisaille vers le sud ou vers de lointaines îles exotiques.

Si vous vouliez vraiment passer des vacances de rêve, vous devriez surtout acheter ou louer un bateau… Là, je prêche évidemment pour ma chapelle après mes deux semaines passées en Méditerranée sur ‘Monade’, le bateau de mes songes d’adolescent, endormi sur les plages du golfe de Beauvallon.

Je me voyais déjà en haut de l’affiche, traversant l’Atlantique en solitaire, bercé par les vagues dont les clapots rythmeraient une mélopée de Wagner, les yeux braqués sur l’horizon d’un désert d’eau mouvante… Qui regarde l’océan embrasse la plénitude, la grande harmonie dépouillée de ses scories humaines, une beauté résolument nue qui vous tendrait les bras en souriant, la miraculeuse magie innocente rescapée d’un tas de fumier.

C’est en mer ou en montagne seulement que la pureté peut renaître, que les vacances prennent une nouvelle dimension salutaire… Sur Monade ou à l’Aiguille du Fruit, épuisé par les épreuves banales, je peux refaire le plein des forces vitales qui me permettront d’affronter la médiocrité ambiante, l’ignominie du reste.

Vacances insolites pour que notre seule vie reste exceptionnelle de beauté. (VC 1.1)

Vilain Coco

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