La vie ou la mort

La vie est un combat à mort… peu le gagneront, beaucoup le perdront, heureusement souvent sans même s’en rendre compte tellement l’échec relatif finira par leur ressembler à la simple normalité de l’existence… le nombre faramineux de vies gâchées, loupées, massacrées, anéanties, au nom de je ne sais trop quels grands principes pétaradants qui ne sont qu’autant de menaces sur ces fameux droits de l’homme éternellement bafoués… une fumisterie supplémentaire à destination des naïfs, ces gueux qui oublient parfois de se taire au lieu de baiser respectueusement le cul nu de leurs honorables maîtres.

La vie, c’est comme la pratique du vélo… il ne faut jamais s’arrêter de pédaler, même dans l’ascension du Mont Ventoux si les jambes refusaient soudainement tous services… la chute dans le fossé devient alors inévitable, y compris pour celui qui pensait pouvoir faire la course en tête… évanoui, mourant, vous ne verriez passer la caravane publicitaire, puis le peloton indifférent, exclusivement concentré sur l’importance de l’enjeu… il ne se retournerait pas… à la rigueur un arrêt du camion-balai pour terminer piteusement la course au cimetière des  ‘has-been’.

On ne peut accepter l’indifférence des autres qu’en imaginant les problèmes qui sont aussi les leurs, probablement les mêmes que les nôtres d’ailleurs, avec cette obsession de devoir s’en tirer seul sans jamais pouvoir compter sur personne… les beaux discours, les grandes promesses, les suppliques humiliantes, les prières inutiles, n’y changeront strictement rien… il faut assumer seul, assurer seul le quotidien qui n’est que le nôtre sans intéresser grand monde venu de l’extérieur.

Laissons donc la solidarité aux pauvres qui ne partagent que l’amour et la misère… Laissons la philologie morale aux professeurs d’université et aux imbéciles qui font semblant d’y croire… Laissons la charité et l’amour d’autrui aux religieux qui l’exploitent habilement depuis la nuit des temps… Laissons les droits de l’homme ou les droits acquis aux syndicats de ploucs qui feignent de penser que leurs fragiles avancées sont définitivement indestructibles.

Je fais malheureusement partie de cette petite troupe de masochistes profonds qui tentent de respecter une éthique de vie devenue à l’usage une source de graves souffrances récurrentes… A force de défendre des positions devenues indéfendables, voire risibles, on finit par passer pour un débile mental, un ahuri, un doux rêveur utopique, le Candide de Voltaire qui ferait mieux d’aller cultiver son propre jardin… ne vous avisez pas de défendre des positions éthiques durant votre carrière au risque d’être rapidement massacré avant d’être mis à l’écart.

Les grandes sociétés, toutes les multinationales, rédigent de longs textes officiels abscons pour se draper dans l’image des vertus… inutile de vous préciser qu’elles n’en respectent pas une virgule à moins qu’elle ne serve leurs intérêts immédiats dans la course folle à la maximisation du profit… elles vous expliqueront toutes, par exemple, les batailles qu’elles conduisent pour respecter cette pauvre planète qu’elles exploitent voracement… elles prétendront glorifier l’homme dans sa seule dimension économiquement rentable, certainement pas les laborieux qu’elles réduisent cyniquement à l’esclavage.

Comment expliquer qu’il y ait des centaines de millions d’euros pour acheter des joueurs de football, des villas de luxe, des jets privés, une toile de Modigliani, le chapeau de Napoléon, alors qu’il n’y a pas un sou vaillant pour apporter du riz, de l’eau potable, de l’électricité dans des villages lointains… tout cela est éthiquement révoltant pour les hommes de bien qui sont fermement priés de la fermer s’ils veulent faire la brillante carrière que le système leur propose sournoisement pour subvenir aux besoins croissants de leurs adorables petites familles en demandes exponentielles.

Nous imaginons mal les nombreux obstacles qui se dressent sur les chemins caillouteux de l’éthique dans les affaires, même dans la vie de tous les jours… la puissance du pouvoir s’y oppose, la concurrence féroce la lamine, les investisseurs la refusent, la maximisation du profit la prohibe, la justice la condamne, les syndicats la craignent, les divers groupes de pression la paralysent.

Je me souviens qu’en Casamance, en 2013, j’avais décidé d’augmenter sensiblement les salaires ridicules de mon personnel… mal m’en a pris car les européens informés m’ont rapidement fait comprendre que j’avais intérêt à respecter leurs barèmes locaux… j’ai été obligé de remplacer ces augmentations salariales envisagées par des avantages en nature nettement plus discrets… nourriture, potager gratuit, boissons, cigarettes, médicaments, médecins, logements, Canal+, frais de scolarité, permis de conduire, véhicules de services, le beau mouton de la Tabaski, les aides individuelles ciblées.

Les chemins de l’éthique sont tortueux, le labyrinthe de Dédale dans lequel rugit le monstrueux Minotaure enfermé… Pour l’amour d’Ariane, Thésée se porte volontaire pour affronter la bête humaine à mains nues… Il finira par occire le monstre ne laissant ensuite à la belle Ariane que la bobine du fil conducteur qui assurait son salut et sa liberté retrouvée…

La mythologie grecque est une source intarissable de réflexions utiles sur la tragédie de la condition humaine… les dieux ne se conduisaient pas mieux que les hommes qui les créaient alors à leur image, à leur ressemblance avant que les monothéismes n’inventent la fable de la perfection divine, miroir déformant de nos évidentes imperfections… Bien joué les gars… plus c’est gros, mieux cela passe… cela s’est d’ailleurs fort bien passé depuis vingt siècles déjà, malgré les récentes anicroches.

François-Joseph Heim, Thésée vainqueur du Minotaure, 1807, Paris.

L’éthique n’a pas progressé pour autant… elle est même en voie de complète disparition dans un monde qui n’adore plus que le veau d’or des puissants, les brisures de riz pour leurs esclaves… je ne l’aurais pas dit hier mais je peux le dire aujourd’hui n’ayant plus rien à attendre de l’association de malfaiteurs qui nous dirige alors que la retraite méritée me rend une liberté de parole qui m’était interdite durant la carrière.

La semaine prochaine sera d’ailleurs le début d’une nouvelle grande bataille éthique contre la goujaterie vorace de deux proches individus malfaisants qui imaginaient stupidement pouvoir me faire taire… cette aventure croustillante sera réservée à la presse, à la justice, au monde des affaires, à mes fidèles lecteurs que je remercie encore ici de leur soutien bienvenu.

L’éthique du bien doit survivre dans la tempête immorale qui veut la noyer. (VC 1.1)

Vilain Coco

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