Banque d’épargne

Depuis une dizaine de jours, les bourses mondiales se sont résolument orientées à la baisse… les experts à la solde bataillent ferme pour expliquer qu’il n’y a pas lieu de paniquer… il ne s’agirait, comme de coutume, que d’une correction normale après de nombreux mois de hausses que la majorité des épargnant s’est contentée d’observer sans réellement en profiter…

Un bénéfice n’est acquis qu’après un rachat ou une vente de positions dûment enregistrées… le reste ne constitue que de passagères écritures comptables sur des relevés de comptes bancaires… L’épargnant, hilare ou en larmes, ne retrouve sa sérénité technique que dans quelques coups de téléphone à son gestionnaire de fortune qui lui rappelle doctement les deux grandes stratégies perdantes… Forte diversification du portefeuille… Politique d’investissement sur le long terme.

Pendant que les capitaux placés s’érodent lentement mais sûrement chez les épargnants toujours perdants, les vrais gagnants restent bien les seuls opérateurs du marché : banquiers, fonds de placements, Sicav, Hedge funds, plus particulièrement leurs jeunes traders dont on apprend que 177.000 ont encaissé en 2017, sur la seule place de Wall Street, un modeste bonus de 31 milliards de dollars… bagatelle.

Ce que recommande le banquier à ses épargnants est exactement l’inverse de ce qu’il pratique dans sa salle des marchés avec ses traders ou ses robots informatiques… pas la moindre diversification pour ses traders concentrés sur un seul sujet précis qu’ils maîtrisent parfaitement… des stratégies courtes, le day-to-day, voire ultra-courtes, le scalping, pour profiter immédiatement des tendances successives du marché.

L’épargnant n’a pas cette possibilité, ni la capacité, de réagir immédiatement… la diversification minorise ses profits sur certaines valeurs gagnantes qu’il conservera ne sachant pas par quoi les remplacer… le long terme ne lui permettra que de réduire lentement les pertes encaissées durant les crises successives qui tendent à se rapprocher dangereusement.

Dans ce contexte, parler de ‘Banque d’Epargne’ devient un bel oxymore du genre ‘Sombre Lumière’, ‘Soleil Noir’, ‘Généreuse avarice’, ‘Se hâter avec lenteur’, ‘Hideusement belle’… Confier votre épargne à un banquier revient à enrichir le banquier qui vous appauvrira cyniquement tandis que vous lui manifesterez régulièrement votre étrange sympathie… C’est un bon exemple du syndrome de Stockholm… la victime masochiste qui finit par tomber amoureuse de son bourreau sadique.

Le professionnel gagne toujours… à la hausse comme à la baisse… Dans la microseconde, il est acheteur à la hausse, il est vendeur à la baisse… L’amateur, lui, perd toujours… trop lent, il ne prend pas ses gains à la hausse ne sachant pas comment les réinvestir… il pleure ses pertes à la baisse en espérant se refaire sur le long terme s’il ne vend pas… cette stratégie est bien sûr suicidaire mais nécessaire au marché car s’il y a des professionnels gagnants, il faut bien qu’il y ait des amateurs perdants pour payer la casse

Les bourreaux banquiers l’ont bien compris… le discours lénifiant est magnifiquement rôdé pour éviter la panique… On ne ménage rien pour inspirer la confiance que ces filous en cols blancs habillent d’un luxe tapageur : sièges sociaux somptueux, collections de tableaux, sponsoring coûteux, campagnes de publicité agressives, services ciblés VIP, événements dispendieux en tous genres… le tout à vos frais bien sûr… la confiance des ploucs est à ce prix, elle doit se mériter dans la durée pour éviter les catastrophes genre Fortis, Dexia, BNP-Paribas, Deutsche Bank, HSBC, Islande, Malte, Grèce, Italie, USA avec la trop fameuse Lehman Brothers.

Heureusement pour les banques, les déposants ne sont pas trop regardants… ils ont la mémoire qui flanche quand on leur évoque les expériences vécues, ils ne se souviennent plus très bien des leçons du passé… tous les avertissements du krach de 2008 sont déjà largement oubliées… Les analystes – techniciens mettent d’ailleurs tout en œuvre pour expliquer aux gueux que la bérézina de 2008 ne pourrait plus jamais se reproduire en 2018.

Il est pourtant parfaitement clair qu’elle va se reproduire… que les mêmes causes produiront évidemment les mêmes effets, que les conséquences systémiques ne feront encore que s’amplifier… En effet, les sommes colossales mises en jeu ne cessent d’augmenter sans parler des risques des décisions automatiques de la robotique, de l’intelligence artificielle, qui définissent de plus en plus souvent ces prises de positions financières, anonymes, moutonnières.

Le grand défaut du système actuel réside dans le fait que les amateurs passent trop de temps à gagner de l’argent, pas assez de temps à le gérer sérieusement… gérer de l’argent demande autant de boulot que celui de le gagner… Comme on n’a pas le temps de le gérer, on confie naïvement cette mission à des banquiers professionnels qui préfèrent engraisser la banque que d’engraisser leurs clients… Les conflits d’intérêts sont visibles à l’œil nu… leurs conseils, fumeusement documentés, ne valent pas un radis.

Sans audience significative, je passe mon temps à le crier, à le répéter, dans un climat de méfiance, soigneusement entretenu par les autorités bancaires, médiatiques, politiques… tant que vous ne travaillerez pas vous-même vos économies, seul ou avec quelques amis, il est inutile d’espérer un quelconque bénéfice, au mieux une érosion lente de vos capitaux grignotés par l’impôt, la dépense, les taxes, l’inflation, les pertes irrécupérables.

Dans ces conditions, il vaut effectivement mieux acheter le logement que vous occupez… cela ne rapporte pratiquement rien mais c’est mieux que le marché financier… vous économiserez un loyer avec une jolie plus-value à terme si vous conservez votre bien au moins une bonne dizaine d’années… A tout prendre, c’est encore une solution acceptable dans la mesure où vous ne prenez pas le temps de gérer vous-même vos économies.

La seule vraie bonne solution reste bien de vous transformer en votre propre banquier pour devenir riche à sa place… Faites-le seul, ou avec quelques amis proches, éventuellement avec l’aide d’un professionnel qui ne travaillerait que pour vous… Vous m’en direz des nouvelles…

Prenez votre décision rapidement avant qu’il ne soit trop tard pour pleurer à chaudes larmes… le prochain tsunami se prépare dans l’oxymore de l’ombre lumineuse… c’est un conseil amical qui vaut son pesant d’or fin.

Épargnez la banque à votre épargne, le banquier ne vous épargnera pas. (VC 1.1)

Vilain Coco

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