Libéralisme social

Libéralisme social… encore un bel oxymore à noter soigneusement dans vos tablettes… c’est pourtant bien celui utilisé par Vincent De Wolf, le bourgmestre libéral d’Etterbeek, chef de groupe MR au Parlement bruxellois qui commentait la raclée historique que les libéraux venaient de se prendre aux élections communales dans l’immense capitale de notre minuscule pays.

Un autre bourgmestre libéral ne mâche pas ses mots… Boris Dilliès à Uccle… Non sans amertume, il constate lucidement les dégâts alors que la haute direction du parti libéral tentait une fois encore de nous faire avaler qu’il s’agirait d’une quasi-victoire… les libéraux reculent sensiblement à Uccle, avec le bémol de la liste dissidente libérale de Marc Cools qui accentue de près de 10 % le médiocre score de la liste principale MR conduite par Boris Dilliès.

Comme de coutume, le départ brutal d’Armand De Decker a suscité des ambitions, des divisions, des scores chahutés, mais sur le fond pas grand-chose n’a finalement changé à Uccle… un peu comme dans le Brabant Wallon, cette verte ceinture campagnarde dans laquelle se réfugient les bourgeois libéraux pour surveiller jalousement le seul bien-être de leurs merveilleuses familles nucléaires.

Les libéraux bruxellois souhaitaient une bonne raclée aux socialistes alors qu’ils maintiennent plutôt mieux leurs dernières positions… Ce sont finalement les libéraux qui boivent la tasse… Comment est-ce possible après les nombreux errements socialistes ? Il faut être aveugle pour ne pas le voir, surtout quand des voix plus intelligentes, comme celles des bourgmestres De Wolf et Dilliès, vous mettent les doigts dans vos blessures béantes.

A force de se moquer du monde, de nier l’évidence, d’accentuer la fracture sociale, de l’accompagner d’une rigueur administrative constamment alourdie, on finit assez normalement par se mettre à dos sa meilleure clientèle historique… les classes moyennes disparaissent lentement mais sûrement pour sombrer dans une précarité relative avant de rejoindre bientôt les exclus du système qui se cachent honteusement dans leurs masures pour se retrouver dans les parcs ou sous les ponts quand les huissiers interviendront avec leur légendaire délicatesse.

Depuis ma fuite du Sénégal en mai 2016, j’observe cette dégradation progressive qui devient la nouvelle norme, ces difficultés récurrentes de vivre en Belgique avec des budgets insuffisants, cette précarité qui menace des personnes que rien ne semblait devoir atteindre, une bêtise administrative, policière, judiciaire, qui aggrave encore le sentiment d’exclusion, l’impression de se battre contre un mur d’indifférence malveillante.

La Belgique à deux vitesses devient une évidence… il y a ceux qui jouent le match avec enthousiasme, les autres qui se contentent de le regarder s’ils peuvent se payer une coûteuse place en tribune, à la télévision s’ils peuvent s’offrir le bouquet sports de Canal+, au café du commerce s’ils en sont réduits à la Cara Pils de notre ami Jeff Colruyt… c’est l’ambiance ‘Germinal’ d’Emile Zola.

Si les libéraux persistent à vouloir se contenter de leur électorat bourgeois qui se rétrécit comme une peau de chagrin… celui d’Uccle, Etterbeek, Rhode, Waterloo, Lasne, Rixensart, La Hulpe, Braine, Gerpinnes, Sart Tilman, Knokke… ces libéraux-là disparaîtront bien avant d’avoir réussi à tailler des croupières aux socialistes wallons… les caciques du MR feraient bien de réfléchir au sort tragique des partis traditionnels français avec la quasi-disparition des Républicains, divisés puis laminés par le petit marquis poudré.

Une amie Facebook me fait parvenir un article paru récemment dans Trends Tendances… un dialogue entre mon neveu à la mode de Bretagne, le cher Vicaire Episcopal du Diocèse de Liège, Eric de Beukelaer, et Bruno Colmant l’ancien brillant président de la Bourse de Bruxelles… deux individus que tout devrait normalement opposer si leur intérêt commun pour la dignité humaine ne les rapprochait opportunément… le curé économiste débat avec l’économiste laïc des défauts flagrants du système avec des points de vue finalement assez proches.

Autant vous dire tout de suite que j’ai adoré l’intelligence de cet échange de vues alors que je déteste généralement les élucubrations religieuses de mon neveu Eric de Beukelaer dans sa Libre Belgique… Mais quand Eric parle de la dignité bafouée de l’homme, je ne peux qu’y souscrire à 100 %… un fleuve furieux doit clairement être canalisé pour ne pas devenir un marécage comme en témoignent encore les récentes inondations catastrophiques de l’Aude.

Les positions fermes de Bruno Colmant, éduqué catholiquement, devenu laïc convaincu, sont également fort intéressantes quand il souhaite une société d’inclusion en lieu et place de notre société d’exclusion… le professeur a dépassé les naïvetés de sa jeunesse pour se forger de solides convictions nourries de ses belles expériences dans le monde de la haute finance.

L’un et l’autre sont assez pessimistes sur l’avenir d’un système capitaliste dans sa configuration présente… le système montre ses criantes limites, ses dérives voraces, son mépris complet de l’être humain… on ne peut pas accélérer sur cette voie sans issues… il est temps que les chefs d’entreprises, les bourgeois libéraux, les politiques, en prennent conscience, que ces élites changent de cap avant l’apocalypse qui serait financière pour Eric De Beukelaer, politique pour Bruno Colmant.

Les deux discours sont économiquement compatibles à défaut de l’être religieusement… c’est ce qui rend intéressant ce débat de deux intellectuels… je laisse à Eric son fantasme de vie éternelle dans la mesure où il commence par se préoccuper des morts-vivants… je laisse à Bruno son fantasme du bel ordre économique dans la mesure où il est conscient du sort détestable réservés aux plus fragiles.

Pour ne rien y avoir compris, les libéraux et le MR viennent de se prendre une claque en pleine figure… elle n’est qu’un premier avertissement avant le second en 2019 pour annoncer la disparition possible d’un parti qui cesserait d’avoir mal aux autres… même remarque d’ailleurs pour leurs électeurs qui devront réapprendre les vertus de la solidarité, dernier rempart défensif de leurs fragiles statuts de privilégiés.

Le bonheur de quelques-uns ne peut être cause de la misère du nombre. (VC 1.1)

Vilain Coco

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