Le dogme des bobards

On oublie trop volontiers que la Révolution Française est une révolte des bourgeois du Tiers-Etat contre la caste de leurs maîtres, aristocrates ou religieux… Plus nombreux, animés par un même ressentiment haineux contre leurs dirigeants, les bourgeois se sont alors débarrassés de leurs chaînes dans le sang des gueux envoyés en première ligne au combat… le bourgeois pense, organise, la révolution… il verse volontiers le sang des autres, rarement le sien.

Comme de coutume, les sans-culottes y ont cru partant du principe qu’ils n’avaient rien à perdre sauf une vie de merde qu’ils rêvaient d’améliorer en changeant simplement de maîtres… on leur a donné quelques colifichets… la Déclaration des Droits de l’Homme pour amuser la galerie… la Propriété Individuelle, inviolable – sacrée, pour une petite minorité de possédants… la belle Démocratie que les bourgeois se promettaient de rapidement confisquer grâce à l’émergence de leurs fameux partis traditionnels gardiens de l’ordre public chargés de soigneusement protéger leurs rentes.

Les anciennes rentes de la terre ou de la naissance ont été remplacées par les rentes du commerce, du capital, de l’héritage, du mariage, parfois même celle de la compétence, sous haute surveillance d’un système cadenassé chargé de faire respecter l’ordre public par la loi bourgeoise que nul n’est censé ignorer.

Malgré quelques guerres toujours utiles en période de crise, quelques débâcles financières particulièrement graves, le système n’a pas trop mal fonctionné durant deux siècles avant de commencer à déraper dangereusement ces vingt dernières années… Que s’est-il passé ?

Il se passe simplement que la masse des gueux n’avale plus les bobards tièdes qui lui sont généreusement servis par ses maîtres… les classes laborieuses vivent de moins en moins bien avec leurs salaires de misère… les classes moyennes se battent pour tenter de grimper dans la classe supérieure plutôt que de descendre aux enfers… la classe supérieure ne sait plus quoi inventer pour éteindre les incendies, le feu qui couve sous les cendres brûlantes arrosées par leurs pompiers.

On a pourtant tout essayé mais voilà que plus rien ne fonctionne… le dernier gros bobard grandiose va bientôt s’écrouler comme un château de cartes… cette magnifique Europe dont on attendait tant n’est même pas capable de s’entendre sur la définition d’une heure commune en fonction des fuseaux horaires de Greenwich…

Il faudra des années de discussions stériles pour régler la question planétaire de l’heure hiver-été qui avait récemment fait l’objet d’un vote favorable au Parlement Européen… Cette Union Européenne n’est véritablement d’accord sur rien sauf à mener de longues discussions sans issues sur la flexibilité des queues de vaches… Allez ensuite vous étonner des tempêtes en Italie, en France, en Allemagne, en Autriche, en Grande Bretagne, en Hongrie, en Turquie, aux Etats-Unis, en Amérique Latine.

Coup de tonnerre cette semaine au Brésil… Croiriez-vous que 55 % des Brésiliens soient soudainement devenus des nazis fascistes d’extrême-droite qui veulent laminer une vieille gauche traditionnelle corrompue ? Jair Bolsonaro devient donc le nouveau Président du plus grand pays d’Amérique Latine, battant la gauche classique de plus de 11.000.000 de voix… les magouilles de la pulpeuse Dilma Rousseff comme celles de son mentor, Lula da Silva, ont finalement fait déborder la délicieuse coupe brésilienne.

Capitaine dans l’armée, parlementaire régulièrement élu depuis 1991, le nouveau Président Bolsonaro serait un catho intégriste, raciste, homophobe, nostalgique de l’ancien ordre de la dictature militaire… c’est du moins le dernier portrait que viennent de nous en faire les médias européens qui se trouvent une nouvelle cible de choix après Trump, Poutine, Macron, Merkel, May, Orban, Le Pen, Wilders, De Wever, Jambon, Francken, Conte, Di Maio, Salvini, Erdogan.

Les héritiers d’Adolf Hitler sont donc fort nombreux avec de nouveaux bobards propres à remplacer les anciens qui n’ont strictement rien démontré… les manants qui les ont tous élus veulent encore y croire tout en se doutant très bien qu’après la fête, ce pourrait être la gueule de bois… mais que faire d’autre quand catholicisme, socialisme, communisme, libéralisme, vous ont enfarinés pendant des dizaines d’années ?

La montée des extrémismes, des populismes, n’est que la réponse normale de peuples exaspérés qui espèrent cette vie meilleure grâce à une révolution douce, sans effusion de ‘leur’ sang… ce qui est éminemment souhaitable mais nullement garanti tant le fleuve du sang des autres reste une alternative intéressante en géopolitique, même en froide économie.

Parmi ces électeurs dévoyés il y a bien-sûr un noyau dur d’excités radicalisés mais certainement pas cette majorité de nazis, fascistes, racistes, antisémites, homophobes… Encore un gros bobard des partis classiques qui craignent le prochain coup de balai qu’ils méritent amplement… ils n’ont rien fait de ce pouvoir durant un siècle, ils débarrassent donc le plancher comme récemment en France sous les coups assassins du Petit Marquis Poudré.

Parmi tous les bobards qui les différencient, il en est un qui les unit curieusement presque tous… c’est le fabuleux bobard religieux… On ne doit jamais oublier que les religions font très bon ménage avec les dictatures fascistes si celles-ci les les caressent dans le sens du poil… Les cathos ont adoré Hitler, Mussolini, Pétain, Salazar, Franco, Péron, Pinochet… ils feront très bon ménage demain avec les dictatures qui défendront plus ou moins leurs vieilles idées rétrogrades.

Après tout, le bobard politique ne vous promet que le paradis sur terre alors que le bobard mystique le propose dans l’éternité, au septième ciel de leurs fantasmes… ils ne se concurrencent donc pas… ils se consolident au contraire mutuellement… Depuis Henri IV et Napoléon, les politiciens de tous bords l’ont compris depuis longtemps… ils pactisent volontiers avec les religions pour consolider leurs rentes de situation.

Un bobard n’est jamais qu’un sophisme répété ‘ad nauseam’ pour lui donner force de dogme… nous sommes gourmands de ces bobards politiques, religieux, bourgeois, démocratiques, légaux, économiques, juridiques, boursiers, sociaux, familiaux, qui bercent notre bref passage aveugle sur cette terre de misère.

Les bobards deviennent les dogmes obscurantistes de nos vies minuscules.  (VC 1.1)

Vilain Coco

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