Un ascenseur monte et descend

Depuis ma fuite du Sénégal le 21 mai 2016, ruiné, menacé, humilié, insulté, massacré, par des imbéciles qui pensaient pouvoir achever un vieux lion fragilisé, j’ai au moins fait l’expérience d’une précarité passagère après avoir caressé les sommets… cet acquis est probablement le plus enrichissant d’une vie tumultueuse dont je suis passablement satisfait… on peut toujours faire mieux mais il faut aussi apprendre de ses erreurs, se contenter de ses succès relatifs.

En cette fin d’année 2018, je reviens rapidement à meilleure fortune avec tout l’enthousiasme qui était le mien au début des années 1980… je vois plus clair, je décide mieux, je travaille plus vite avec ce sentiment d’urgence que l’âge m’impose pour parachever une carrière que je comparerais assez volontiers à un ascenseur qui monte, qui descend, qui remonte… c’est son métier… il suffit de pousser sur le bon bouton… au fond, je me borne à faire ce que le commun des mortels ne fait que trop rarement.

En montagne, vous pouvez grimper, admirer la majesté des sommets mais, le soir venu, viendra l’heure de la descente… En croisière hauturière, vous pouvez profiter d’une mer d’huile avant de devoir vous battre contre les éléments en furie… Dans la vie, il faut être capable d’encaisser les hauts et les bas qui se nourrissent mutuellement, soit pour amortir la descente, soit accélérer la remonte.

Il faut démarrer au bas de l’échelle tel Jacob endormi sur la pierre du destin, une roche de grès choisie sur le Mont Moriah à Béthel qui domine la plaine de Canaan… Jacob voit en songe les anges monter et descendre, une à une, les septante marches qui assuraient la liaison directe entre le ciel et la terre… un parallèle avec le mythe, ou le supplice, de Sisyphe roulant sa roche jusqu’au sommet de la montagne avant de la voir chaque fois dégringoler… une variante du tonneau percé des Danaïdes dans la voluptueuse mythologie grecque de mon adolescence.

Abraham and Isaac walking toward the land of Moriah. Mozes Cohen 1935 Joods Historisch Museum

La tragédie de la vie reste qu’il faut l’avoir vécue pour commencer à la comprendre… j’ai cette chance de commencer à la comprendre alors qu’il m’en reste encore un morceau à vivre… mon ascenseur était au dernier étage, celui de la direction, quand les accidents de la vie m’ont obligé à redescendre… mon avantage est que je sais aujourd’hui comment remonter rapidement.

C’est au rez-de-chaussée que vous rencontrez les braves gens, de simples gens honnêtes mélangés aux médiocres cons, aux petits escrocs, aux fieffés gredins, aux faux-culs, aux lâches, aux traîtres, qui pullulent dans les bas-fonds… En les fréquentant, on apprend à discerner les bons des mauvais, à parler leur langue, à séparer le bon grain de l’ivraie.

Le bon grain doit recevoir toutes ses chances de monter dans l’ascenseur social s’il est capable de les saisir… l’ivraie doit être éradiquée par tous les moyens disponibles… j’irais même jusqu’à utiliser le Round-Up de Monsanto si je n’avais rien d’autre sous la main… Nicolas Sarkozy recommandait d’éliminer cette racaille au kärcher… sur ce point, je ne peux pas lui donner tort.

Le problème de nos élites, comme de la bourgeoisie en général, est qu’à force de vivre dans de la dentelle ils ont perdu le contact avec cette base qu’ils n’ont jamais fréquentée… ils ne comprennent pas sa langue qu’ils refusent d’entendre, ils jonglent avec des chiffres macroscopiques qui ne tiennent aucun compte de la dure réalité du quotidien, ils oublient la nécessité impérative de parler au cœur de la Nation avant de lui parler de son pouvoir d’achat… ils ont tout le charisme de la borne d’autoroute.

Comment voudriez-vous que cela ne finisse pas mal ? Cela ne peut évidemment que mal finir comme en témoignent les mouvements sociaux auxquels nous assistons actuellement… Quand on cherche l’accident, on finit par le trouver… Ce n’est pas le discours d’énarque du Petit Marquis Poudré ou les zozoteries de Charles Michel qui vont calmer l’exaspération, la colère qui enfle, à juste titre, dans les couches populaires.

Manu ou Charles, quand allez-vous finalement comprendre qu’on ne peut plus vivre en Europe avec 1500 euros par mois… ce n’est pas du chinois tout de même… alors qu’attendez-vous pour prendre les mesures nécessaires avant que la situation n’explose… Nous vivons une autre forme de mai 68… vous n’en prenez pas la mesure, vous n’en parlez pas la langue…

Au fond, on dirait même que la situation les indiffère complètement comme s’il ne s’agissait que d’une grogne passagère que les frimas de l’hiver finiront bien par calmer avant de l’éteindre… Ces milliers de manifestants dans les rues ne sont que des casseurs, des extrémistes de gauche ou de droite, des tenants de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen qui tirent certainement en coulisses toutes les ficelles de cette chienlit…

J’y verrais même des communistes russes instrumentalisés par l’infâme Tsar de la Grande Russie Eternelle, Vladimir Poutine… La Libre Belgique, elle, pencherait plutôt pour une action en sous-main de son malade mental, Donald Trump, visant à déstabiliser, si c’était encore possible, une Europe à l’agonie.

Le bas de l’échelle est dans la rue, le haut de l’échelle est en prison au Japon… Carlos Ghosn vivait mal la ponction fiscale de ces faces de citron… Pour avoir dissimulé la moitié de ses revenus après quelques abus dérisoires de biens sociaux, voilà notre Carlos confiné dans une cellule de 12 m2… une punition insupportable pour ce top-manager habitué aux suites des plus grands hôtels du monde.

Il est vrai que vivre avec une quarantaine de millions d’euros nets par an est un statut difficile que comprennent bien les Gilets Jaunes qui compatissent à la souffrance morale de cet homme du peuple, sauveur d’une Nissan qui n’espère qu’une chose… divorcer de Renault, se débarrasser de Carlos dont ils céderaient volontiers les hautes compétences tant ce top-manager est impayable.

Quelle ingratitude de la part de ces nippons qui nous déclarent soudainement la guerre sans le moindre préalable… on retrouve bien là toute la fourberie asiatique qui s’était déjà manifestée à Pearl Harbor en décembre 1941… il y a 77 ans déjà… il est l’heure de remonter dans mon ascenseur.

Arx Tarpeia Capitoli proxima. (VC 1.1)

Vilain Coco

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